Les multiples relations de parenté et d’alliances matrimoniales liant le Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et le Damel Lat Dior Ngoné Latyr DIOP

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Les multiples relations de parenté et d’alliances matrimoniales liant le Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et le Damel Lat Dior Ngoné Latyr DIOP

Au niveau de la société wolof, le Damel Lat Dior Ngoné Latyr DIOP et le Cheikh Ahmadou Bamba MBACKE ne sont pas des figures historiques opposées, ils appartenaient tous les deux à des familles de l’aristocratie guerrière et maraboutique, qui ont eu à gouverner ensemble pendant des siècles le Cayor et le Baol. 

En tant que classe dirigeante de la société wolof, de solides liens matrimoniaux, sociaux ont toujours uni ,ces noblesses d’épée et de turban faisant qu’il n y avait pas d’un côté les thiédos païens et de l’autre les marabouts, ils étaient tous de la même classe sociale, les garmis et les domi sokhna , celle qui a eu à gouverner ensemble pendant des siècles les royaumes wolofs  du Cayor , du Diolof , du Walo, du Saloum et du Baol.

Avec l’avènement de la révolution toorodo en 1776, l’Almamy Abdou Khader KANE instaura au Fouta un gouvernement fondé sur des principes du droit coranique. Comme toute révolution celle des Toorodo essayera de s’exporter au niveau des royaumes voisins.

C’est ainsi que, comptant sur le soutien du Fouta théocratique les marabouts du Ndiambour coalisés autour du Serigne Koki Amàdou-Fakhoudia DIOP se soulevèrent contre le Damel Amary Ngoné Ndella FALL en 1795 . Les marabouts coalisés furent écrasés lors de la bataille à Palo par les ceddo du Damel, le grand père paternel de Lat Dior Ngoné Latyr, Médoune sokhna Niane figurera parmi les marabouts blessés. La répression du Damel sera féroce beaucoup des marabouts et talibés capturés seront vendus aux négriers de Gorée et déportés aux Amériques. Certains échappèrent à ce sort cruel grâce à la demande de grâce adressée au Damel par un  de leurs collègues du Dara de Koki originaire du Diolof Mame Maharame Mbacké.

A la suite de ces évènements, le  Damel Amary Ngoné Ndella FALL va octroyer à Mame Maharame Mbacké un grand fief dans la contrée de Laa ou il créa le village de Mbacké Baol.

Elles furent ensuite intellectuelles et spirituelles liant leurs ancêtres :le Bër Guet Saxéwaar Fatma Diop grand père de Lat Dior Ngoné Latyr Diop et Mame Maharame Mbacké. Ce dernier, père de Balla Aïssa, père de Mame Mor Anta Saly, père de Cheikh Ahmadou Bamba fut durant sept ans un talibé de Matar Ndoumbé Diop au daara de Koki avec comme condisciple le Bër Guet Saxéwaar Fatma Diop qui abandonna le pouvoir pour se consacrer uniquement à la religion. 

Très satisfait du séjour de Mame Maharame Mbacké au Daara le Vénéré Matar Ndoumbé Diop avait prédit à « Mame Maharame qu’il aura un arrière petit-fils qui sera qutb al zaman dont le nom fera la tour du monde ». 

Ces relations furent ensuite renforcées par des multiples relations de parenté et d’alliances matrimoniales.

Chez les wolofs « mbook ndey moo koy diour », on appartenait à la famille de sa mère  qui déterminait  sa  classe statutaire.

 Ainsi le Damel Lat Dior Ngoné Latyr DIOP était de la famille maternelle garmi Guedj qui a fourni le plus de damels au Cayor  et  cheikh Ahmadou Bamba MBACKE  de la famille maternelle garmi Gondiokh dont sont issues plusieurs grandes figures maraboutiques. Des liens inextricables unissent ces deux familles.

 Le demi-frère de Lat Dior, son plus grand chef de guerre le Gankal Amadou Makhourédia DIOP et son grand père le Marabout Médoune Sokhna Niane DIOP étaient de la même famille utérine Gondiokh que le Cheikh. Notons aussi que le Damel Birima Fatma Thioubou FALL avait pris une épouse dans cette famille gondiokh la nommée Ballé Niane DIENG.

Notons aussi que le Damel Lat Dior Ngoné Latyr donna en mariage à son marabout Momar Anta Sally MBACKE sa nièce Thioro Marosso DIOP , ainsi que son ex épouse Isseu Dieye DIOP d’où seront nés les demi-frères de Serigne Touba à savoir Cheikh Balla Thioro, Cheikh Thioro, et Cheikh Massamba Isseu.     

Rappelons aussi le mariage de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke avec la petite fille du Bër Guet Saxéwaar ,Sokhna Aminata Lô qui est la mère de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, et de Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké .

Toutes ces alliances matrimoniales montrent qu’ils n y a avait pas d’un côté les thiédos païens et de l’autre cote les marabouts, ils étaient tous de la même classe sociale celle de la caste supérieure des garmi.

Le Damel Lat Dior Ngoné Latyr de meen garmi Guedj avait pourtant une ascendance maraboutique. Son arrière grand mère Aissata DIOP de Saaxewar Faatma, fut donné en mariage  au Serigne  Ndiamé Djeumb Khourédia Aladje Diakhate qui était aussi garmi dorobé qui engendra Absa Mbounoune Diakhaté  qui mariée au Damel Meissa Teinda Dior FALL engendra Ngoné Latyr qui est la mère du Damel Lat Dior.

Actuellement Beaucoup de Mbacke Mbacke descendent des lignées matrilinéaires garmi du Walo ,du Diolof , du Baol du Cayor (Wagadou , Loggar , Tedieck, Dyoss , Guedj ,Mouyoye , Sonio, Guelewar, Dorobé ,Weugeuthie ,Diafougne Séyye ) , et Serigne Touba lui même est de meen garmi Gondiokh. 

Lat Dior Ngoné Latyr Diop Damel du Cayor pendant son régne, avait pour mission essentielle la défense des intérêts de son royaume hérité de ses ancêtres et la primauté de sa lignée maternelle des Guedj . Samba Linguere,il était héritier des traditions militaires des armées ceddo wolofs, qui depuis leur victoire en 1796 à Bounghoye sur les troupes de l’Almamy Abdou Khadr KANE était la principale force militaire de l’espace sénégambien. 

A travers les relations des combats menés (Bataille de Ngol-Ngol : 29 décembre 1863 ;Bataille de Loro : 16 janvier 1864 ; Bataille du Rip : 30 novembre 1865 ;Bataille de Mékhé : 03 juillet 1869 ) contre Lat Dior ce sont ses ennemis , les militaires colonialistes français qui sont les premiers à rendre hommage à la pugnacité et la valeur militaire de ses soldats ainsi qu’ à sa capacité de grand stratège militaire. 

Aucun résistant armé en Afrique de l’Ouest n’a infligé des pertes aussi considérables aux troupes coloniales que Lat Dior .Pour rappel le compte rendu des combats par les militaires français. 

"Le village de Louga fut traversé sans qu'un seul coup de fusil révélât la présence de l'ennemi, lorsque longeant une haie épaisse, au-delà du village, les tirailleurs furent assaillis à bout portant par un feu si violent, que 80 des leurs furent tués, y compris le capitaine Salmont qui les commandait. La reconnaissance dut battre en retraite et rejoindre le camp, où l'on prit des dispositions pour résister aux attaques que Lat-Dior, enhardi par ce succès, ne manquerait pas de tenter. En effet, aussitôt le jour tombé et pendant une partie de la nuit, les noirs vinrent tirailler contre le camp, mais du reste sans succès.

Le lendemain, à six heures du matin, le lieutenant-colonel Lecamus forma sa troupe en carré autour du convoi et se dirigea sur Louga. Le carré, bientôt entouré par près de 7000 ennemis, continua sa marche tout en faisant feu des quatre faces. Pendant trois heures et demie il résista à toutes les charges des cavaliers de Lat-Dior, aux assauts furieux de ses fantassins qui venaient se faire tuer jusque sur la pointe des baïonnettes. Enfin on atteignit Louga dont on s'empara. Lat-Dior s'enfuit abandonnant plus de 700 cadavres sur le terrain et emmenant un plus grand nombre de blessés. La colonne n'avait eu que 25 hommes mis hors de combat. " 

Le Capitaine français Valois, rapporte la funeste bataille de Dékheulé qui eut lieu le 27 octobre 1886." Ils nous livraient un combat acharné. Pendant un quart d'heure on se fusillait de si près que beaucoup d'ennemis eurent leurs vêtements brûlés par la poudre. Lat Dior restait sur le Champ de Bataille avec deux de ses fils et soixante-dix-huit de ses guerriers les plus renommés." (Archives du Sénégal - Fonds A.O.F. I-D-48). 

Quel que soit ses errements et « trahisons » politiques rendons hommage au grand capitaine, au grand chef de guerre , au grand résistant armé face à la conquête coloniale le Damel Lat Dior Ngoné Latyr DIOP. 

Lors des confrontations avec les colonialistes l’armée de Damel Lat Dior Ngoné pouvait mobiliser jusqu’à 7000 hommes ; rares sont les armées modernes ouest africaines capables actuellement d’aligner dans un théâtre d’opérations des milliers d’hommes.

  Avec la mort de Damel Lat Dior Ngoné , et l’exil du Bourba Alboury Ndiaye le guerrier ceddo n’avait plus la prééminence dans la société Wolof . Face au colonialisme triomphant ,la prédication de Serigne Koki Matar Ndoumbe Diop se vérifia, de ses frêles épaules le qutb al zaman Cheikh Ahmadou Bamba reprit à lui seul le flambeau de la résistance du peuple wolof qui devient pacifique .  Comme le montre ce texte de Paul Marty : « Dans ce Cayor, qui fut le centre de la résistance acharnée de la race Ouolof à notre domination, les indigènes ne se sont convertis à l’islamisme que pour retrouver sur un autre terrain une base de résistance passive (…).Amadou Bamba ami et marabout des damels, et aspirant visiblement à leur succession, a été érigé en quelque sorte en représentant du sentiment de l’ancienne indépendance ». 

Il en est de même de Merlin, directeur des affaires politiques au Conseil Privé du 5 septembre 1895, quand il affirme dans son du rapport:

  "Les agissements de ses talibés disciples et le passé même du marabout Cheikh Ahmadou Bamba montrent clairement que nous avons affaire en lui à un homme fort intelligent, très avisé, habile à ne pas se compromettre, et dont l'esprit d'hostilité, les projets de conquête, les rêves d'ambition sont certains et poursuivis avec une obstination qui, si elle dénote un esprit de beaucoup supérieur à celui de ses congénères, n'en est que plus dangereuse à notre influence..." 

Depuis l’arrestation du gouverneur français Brue en 1701 par Damel Lat Soukabe Fall qui luttait contre le monopole commercial colonial , en passant par la révolte des guerriers wolofs réduits en esclavage aux Amériques ,les combats armées de Linguere Ndate Yalla ,de Bourba Alboury Ndiaye, du Damel Lat Dior Diop , la résistance pacifique de Serigne Touba, le peuple wolof n’a cessé de se battre pour son identité. 

Au Sénégal au niveau de notre Panthéon plusieurs héros nationaux méconnus méritent d’y entrer. Thierno Souleymane Baal , Almamy Abdou Khadr Kane ,Amadou Cheikhou Ba, El Hadj Omar Tall ,Sidya Ndate Yalla Diop, Linguere Ndate Yalla Mbodj, Aline Sitoe Diatta ,Mamadou Lamine Drame, Mactar Diop ,Bour Sine Coumba Ndoffene Diouf. 

En conclusion le Damel Lat Dior Ngoné Latyr DIOP et le Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké sont considérés tous les deux comme un continuum  de la résistance à la conquête colonialeau Sénégal, à  Touba plus particulièrement  à Darou Khoudos , Darou Mousty  et à Porokhane . 

le Diawdine Amadou Bakhaw DIAW [email protected]

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