L’intellectuel, Qui l’est ? Qui ne l’est pas ?

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  • Article ajouté il y a 17 octobre 2012
  • Author: babacar diop

Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates.

 

   En effet, sous d’autres cieux que les nôtres propres, s’interroger sur l’identité de l’intellectuel pourrait être une impertinence avérée, dans la mesure où de pareilles interrogations y sont  dépassées et que le statut de l’intellectuel y revêt une certaine clarté, une certaine stabilité. On  s’y interrogerait plutôt sur la situation de l’intellectuel et sur ses fonctions que détermine telle ou telle circonstance historique. Quant à l’intérieur de nos murs, il est indéniable qu’une certaine confusion y règne dans des champs cognitifs, rendant ainsi le concept même d’intellectuel, parmi d’autres, imprécis. Il est par conséquent urgent de rappeler certaines données élémentaires qui délimitent le vaste champ d’application du concept pour qu’on distingue celui qui est intellectuel de celui qui ne l’est pas. Ainsi évitera-t-on de faire de l’intellectuel un fourre-tout. La question sur l’identité de l’intellectuel n’est ni dépassée ni superflue. Seulement il est bon de préciser que définir celui qui est intellectuel n’est goutte plus important que de dire celui qui ne l’est pas: toute définition idéale est à la fois inclusive et exclusive. Elle inclut tout ce qui répond aux normes et critères conventionnels du champ ou de l’objet et exclut ce qui est hors normes.

 

   Tenez d’abord ! Il est dit que l’intellectuel manie les idées. Le maniement des idées, à mon humble avis, est plutôt l’une des multiples fonctions de l’intellectuel. Or c’est fatalement faire fausse route que de confondre identité et fonction. Même un inculte est en mesure de manier des idées et des concepts s’ils revêtent une certaine clarté dans son entendement. En dernière analyse, le maniement des idées est loin d’être l’apanage de l’intellectuel. Cette conception fausse résulte de la prétention que le goût de la lecture et de l’écriture ouvre automatiquement les portes du royaume des intellectuels. En effet savoir lire et écrire n’est pas l’unique passage qui mène vers le paradis de l’intellect. L’extrémisme va plus loin dans une perspective élargie, en voyant l’intellectuel, dans nos sociétés de classes, comme le héraut de l’idéologie bourgeoise. Il est difficile d’adhérer à une telle position. Car les temps et les mentalités ont beaucoup évolué. L’histoire a mis fin à l’ère des idéologies.  

 

    Pour Chomsky, l’intellectuel est un homme apte à se départir des spéculations théoriques et académiques stériles ; apte à se poser de véritables questions vitales qui touchent la vie des hommes et non seulement des questions artificielles ou importées des horizons situés au-delà des continents et des océans ; apte à affronter les forces agissantes qui gèrent et orientent la société, prêt qu’il  est à les dénoncer, si nécessaire, lorsqu’elles se jouent et se moquent de la conscience des hommes.

 

   Des auteurs égyptiens se sont attaqués à la question, pour qui l’intellectuel est un individu qui se soucie inlassablement des problèmes de réflexion ; qui connaît de tout un peu et un peu de tout ; qui cherche les racines des illusions perdues et tente de les éradiquer ; qui enfin a un sentiment fort et solide de soi.

 

   Grâce à ces vues certes lapidaires, l’image de l’intellectuel se précise : il est celui qui sent réellement son existence, se respecte, œuvre à sauvegarder sa dignité et son intégrité morale, mène la combat contre les illusions et les incertitudes, formule, avec précision, les problèmes d’idées, met ses capacités réflexives au service de l’homme et de la vie et mène une lutte farouche, sans répit ni relâche, contre les forces du mal.   

 

     D’autre part, l’intellectuel n’est pas un individu couvert de grâce et d’aura. Il est parfois victime de sarcasmes. Certaines tournures et expressions de langage dénotent un certain dégoût, voire un certain mépris pour celui qui se targue d’être intellectuel. Lorsqu’on parle d’ «intellos» on s’en moque. On se moque de l’intellectuel et de sa vaste culture qui fait de lui un prétentieux au-dessus de la mêlée, ou même au-dessus du vulgum pecus. Il arrive souvent que ses vues soient rejetées et que l’unique raison de ce rejet soit sa prétention à détenir seul la vérité sur toute la ligne, et qu’il voit l’ordre là où règne le chao, ou le chao en lieu et place de l’ordre.

 

    Etre intellectuel n’est donc pas chose aisée. Il peut bien être un « salaud »- j’emprunte ce mot curieux à Sartre- s’il œuvre à affaiblir les valeurs vitales, positives, et à consolider les valeurs mortelles, négatives.

 

  N’est pas intellectuel celui qui n’a pas de respect pour les nobles principes qu’il annonce partout. Ne l’est pas non plus celui qui a de bonnes idées mais n’a pas le courage de les exposer sans ambages, pour une raison ou pour une autre. N’est pas intellectuel celui qui prône la méchanceté à la place de nobles sentiments.

 

   N’est pas intellectuel celui qui, pour convaincre ne dispose que de la brutalité et de la force physique. En intellectuel, la raison agit seule et parle seule au prime abord, alors que les muscles se taisent et on n’en use qu’avec parcimonie et sobriété. Quand même n’est nullement intellectuel un poltron. L’on dispose de la masse musculaire pour se défendre, entre autres finalités.

 

   Cependant l’intellectuel doit savoir se soustraire, se sauver des situations difficiles et, s’il le faut, prendre la fuite et détaler. Car la résistance sans raison, en dehors des situations limites, peut bien être  une folie suicidaire. Mais cela ne veut pas dire que ce qui intéresse l’intellectuel dans sa culture c’est seulement de trouver les voies et moyens de l’échapper belle. Il ne doit non plus s’isoler de la dynamique sociale, afin d’éviter de courir le risque d’être régulièrement en situation de ne faire que cogiter.

 

   Etant donné qu’il a toujours du génie et du talent, et que le soleil du génie inonde le monde réel de lumière, la mission la plus noble de l’intellectuel est d’être constamment à l’œuvre pour sortir l’Humanité de l’univers chaotique.

 

 

Babacar Diop,

Professeur d’arabe.

Lycée mixte Maurice Delafosse.

Dakar.

 

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À propos de Roman Polyarush

Donc en ouverture pharaonique (écran gigantesque, des stars par douzaines, des spectateurs par milliers. De cette quatrième édition de Lumière. J'avais vu le film de Schatzberg il y a quelques mois et l'avais aimé. Cette fois j'ai vu plus de défauts qui tiennent pour beaucoup.

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4 commentaires à Le blues de Christian Eckert, député socialiste "normal"

Roman Polyarush

Personnellement, si des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 16 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Sara Gordon

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Rio Ferdinand

Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 11 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Victor Kirkland

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

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