L’insulte des députés aux universitaires !

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L’insulte des députés aux universitaires ! 

L’Assemblée nationale a voté le 26 décembre 2015 la loi autonomicide portant sur les universités publiques. Les péripéties relatives au vote de celle-ci commencent à être connues.  Il est revenu aux enseignants du supérieur que le chef du projet gouvernance et financement de l’enseignement supérieur (PGF-Sup) de la Banque mondiale a rendu visite aux députés pour les décider, avec des arguments forts, de voter le texte du projet dans les meilleurs délais.  Apparemment, il n’a pas eu de difficulté pour y arriver. En effet, 37 députés, sur les 150 que compte la chambre parlementaire, se sont précipités pour adopter à l’unanimité le projet de loi rejeté par toutes les instances délibérantes des universités. En outre, les universitaires ont pu obtenir le rapport de la  Commission de l'Education, de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs de l’Assemblée qui s'est réunie le mercredi 17 décembre 2014 à l'effet d'examiner le projet de loi n° 18/2014 relatif aux universités publiques du Sénégal avec le gouvernement représenté par le Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, accompagné de ses collaborateurs. Il importe ici d’examiner ce rapport afin de voir dans quel état d’esprit étaient, au moment de l’examen, les représentants du peuple et le ministre qui est, en principe, le « protecteur des sciences et ses acteurs ».

 

L’insulte des députés aux professeurs d’université            Le projet de loi en question était soumis aux Assemblées des universités bien avant l’avènement de ce régime. L’actuel Ministre était alors le recteur de l’UGB. Le texte n’a reçu aucun avis favorable des instances délibérantes des cinq universités que comptait le pays. L’actuel gouvernement, sous la pression de la Banque mondiale qui a mis la réforme de la gouvernance universitaire comme conditionnalité de décaissement de l’aide accordée au Sénégal, a retouché le texte pour le soumettre au Conseil des ministres directement sans l’avis des universités. Mais après l’adoption du texte, les universitaires, pour avoir le cœur net, ont cherché en vain à connaitre la mouture adoptée par le gouvernement. Ce n’est qu’à la suite du décès de l’étudiant Bassirou Faye, que le Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES) a pu découvrir le décret d’envoi du texte à l’Assemblée nationale. Alors, on a pu constater que celui-ci était signé le 21 août 2014, une semaine après le décès de l’étudiant pendant que le Sénégal baignait dans la tristesse. En plus, le contenu du texte envoyé aux députés n’est pas différent de celui que les universitaires avaient rejeté.

 

Respectueux des institutions, le SAES a cru bon de saisir les représentants du peuple pour les mettre au courant de ce qui s’est passé. L’organisation des enseignants tenait à démontrer aux députés que ce projet va à l’encontre des recommandations de la Concertation Nationale sur l’Avenir de l’Enseignement Supérieur (CNAES) auxquelles le ministre de tutelle aime tant se référer. En effet, la CNAES n’a jamais fait allusion à ce type de gouvernance. Mieux, elle a recommandé l’élection des recteurs par leurs pairs.  Et les directives présidentielles vont dans le même sens en retenant l’appel d’offre pour le choix des recteurs. En réalité, contrairement à ce qui est répandu, la proposition de remplacer les actuelles Assemblées d’université par des Conseils d’administration dirigés par des externes, est sortie des Assises sur la Normalisation du Fonctionnement de l’Enseignement Supérieur organisées en octobre 2010 par le SAES. Toujours est-il que les membres de la commission éducation de l’Assemblée, après avoir rencontré l’organisation des universitaires et visité l’UCAD, avaient décidé de retourner le texte aux gouvernements pour modification. Le SAES avait ainsi rassuré ses membres et les a encouragés à faire tout pour terminer l’année académique 2013/20014 en beauté. Mais à la grande surprise de tout le monde, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi le 26 décembre 2014. Le moins qu’on puisse dire, à la lecture du rapport de la commission éducation, est que les universitaires n’ont pas bonne presse auprès de nos honorables députés. En effet, ils affirment : « Dans ce contexte, poursuivent-ils, disposer d'organes de conduite adaptés aux réalités changeantes est essentiel. Pour obtenir des résultats dans ce sens, ils ont suggéré de sortir des inerties provoquées par le comportement des acteurs du système, notamment les enseignants et les étudiants mus par leurs propres intérêts. » Ce qui constitue plus qu’une insulte proférée à l’encontre des universitaires et de leurs étudiants !

Mais, au-delà de ces insanités gratuites, les modalités du vote de cette loi suscitent moult interrogations. Comment un nombre inférieur au quorum peut-il valoir le tout ? Autrement dit, comment se fait-il qu’un nombre (37) si infime de députés puissent décider au nom des 150 mandatés pour légiférer ? Il faut savoir que l’effectif du Conseil de la faculté de lettre qui avait, comme les autres instances, rejeté le texte dépasse de loin 37 membres. Espérons que le vote des autres lois ne se passe pas ainsi. Sinon, il y aurait lieu de s’inquiéter fortement.

Cela dit, on aimerait bien connaître la réaction du ministre de tutelle des enseignants qui est censé être leur protecteur. Apparemment il n’a pas cru bon de redorer le blason de ses administrés !

 

Les universitaires méprisés par leur tutelle.

Le rapport révèle une attitude intéressante du ministre de l’enseignement supérieur. A la proposition suivante des députés : « Dans un souci de pacification et de stabilité dans l’espace universitaire, il serait préférable que le Conseil académique propose parmi les professeurs des profils au poste de recteur que le Président de la République entérinera, par la suite, par décret », le ministre-professeur répond sans aucun état d’âme : « Concernant la nomination des recteurs sur proposition du Conseil académique. Monsieur le Ministre a jugé prudent de ne pas trop s'y avancer, pour l’instant, au regard des expériences africaines en la matière et qui n'ont pas semblé être concluantes. ». N’est-ce pas étonnant comme réponse pour qui connaît l’actuel ministre, Recteur de l’UGB de 2007 à 2011 ? Alors, il montait dans toutes les tribunes pour dénoncer le retard du Sénégal en ce qui concerne la gestion démocratique et l’autonomie universitaire. Un pays qui était le dernier de la classe, discourait-il au Conseil économique et social, parce qu’on n’y élit pas les recteurs.

Il va sans dire que face à un universitaire de cette trempe, les députés comme d’autres Sénégalais, peuvent se permettre d’insulter les enseignants et les étudiants comme bon leur semble. Dans ces conditions, on devrait aisément comprendre l’attitude des enseignants après le vote du texte. Ils étaient ballottés entre le respect d’une loi votée, considérée comme un écrit sacré et son contenu blasphématoire. En tout cas, le message à envoyer aux tenants du pouvoir et à la Nation pour leur montrer combien l’Université est atteinte dans son essence n’était pas facile à trouver ni à expliquer.

 

Le sens de l’Incinération de la loi

 Il faut d’emblée rappeler ici que le Sénégal compte deux Ecoles avec des traditions et des valeurs différentes parfois. Et le SAES de 2015 n’est pas composé que des Marxistes Léninistes produits de l’Ecole officielle, les sortants de l’Institution classique(Daara) y ont maintenant voix au chapitre. Si pour certains toute incinération de l’écrit renvoie à l’époque des autodafés et rappelle l’Inquisition, pour ceux qui ont fréquenté les Daaras cet acte signifie simplement une volonté de préserver les textes sacralisés, Coran ou autres écritures en caractères arabes, de l’impureté ou de défauts. Autrement dit, dans cette école, on ne jette jamais de l’écrit à la poubelle, mais on peut l’incinérer ou l’enterrer quand il est corrompu pour qu’il ne soit pas diffusé avec des fautes. La crainte que cette loi soit promulguée et publiée au journal officiel, avec des tares qui ont motivé son rejet par le monde académique, ont poussé le SAES à opter pour cet acte pédagogique fort (trop) afin de montrer le caractère sacré de toute loi et la nécessité que celle-ci soit pure de tout défaut.  Avouons que le message n’était pas facile à décrypter pour les gens qui ne sont pas imbus des valeurs que nous a léguées Qaadi Amar Faal de Pir Saniokhor. Mais, vu le brassage des deux cultures scolaires, il faut désormais faire avec. Espérons que les autorités politiques et les médias de ce pays intégreront un jour ces traditions pour mieux comprendre cette façon de communiquer. C’aurait été un sacrilège que de transformer ce texte en déchets recyclables même si  on a enlevé les symboles de la République.

 

Mais au-delà de ce message qui a dû heurter la conscience profane de nos honorables représentants parlementaires, au-delà des péripéties de l’adoption du projet de loi et des convictions volatiles des acteurs politiques, il convient de voir dans quelle mesure notre Assemblée pourrait rendre service à la Nation et jouer son rôle comme il sied pour contrôler les politiques scientifiques et leur mise en œuvre.  A cet effet, il serait intéressant que notre auguste Assemblée convoque le gouvernement pour s’enquérir des causes de la récession scientifique qui mine le Sénégal depuis deux ans et susciter un débat autour de cette question cruciale.  Comment se fait-il que tous les indicateurs pédagogiques soient au rouge (Taux de réussite au CFEE à 34% ; au BFEM à 35% ; au BAC à 31% ; en Licences pas encore de résultats au niveau national) et qu’aucun parlementaire ne daigne lever son doigt pour avoir des éclairages ou demander de comptes aux responsables du secteur. On fait comme si cette récession scientifique ne pourrait pas hypothéquer l’émergence économique du pays.

Mamadou Youry SALL

Chercheur-Enseignant à UGB .

Le 5/3/2015

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À propos de Roman Polyarush

Donc en ouverture pharaonique (écran gigantesque, des stars par douzaines, des spectateurs par milliers. De cette quatrième édition de Lumière. J'avais vu le film de Schatzberg il y a quelques mois et l'avais aimé. Cette fois j'ai vu plus de défauts qui tiennent pour beaucoup.

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4 commentaires à Le blues de Christian Eckert, député socialiste "normal"

Roman Polyarush

Personnellement, si des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 16 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Sara Gordon

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Rio Ferdinand

Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 11 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Victor Kirkland

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

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