PRÉSIDENTIELLE 2019 : DIALOGUE AVEC UN JEUNE THIESSOIS

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PRÉSIDENTIELLE 2019 : DIALOGUE AVEC UN JEUNE THIESSOIS

 

Tu m’as dit que tu ne voteras pour mon candidat par allégeance à ton leader local qui t’a aidé à trouver un emploi. Tu dis que la valeur d’un homme politique doit se mesurer par le service qu’il doit à ses concitoyens. Tu m’as aussi dit que certes Idrissa Seck a la carrure d’un homme d’État, tu es même convaincu qu’il ferait un bon Président, mais tu ne peux trahir ce leader. Tu m’as enfin dit que Idrissa Seck n’a jamais été suffisamment proche des Thiessois, tout le contraire de ton leader….

 

Je respecte ta position, mais tu comprendras aisément pourquoi les raisons que tu avances pour justifier ton choix me semblent faibles.

 

1. C’est normal d’être reconnaissant envers son bienfaiteur, mais n’est-il pas plus normal d’être redevable de son pays ? Ne crois-tu pas qu’il est temps de passer de l’objectif-famille à l’objectif-Nation ? Et si celui qui t’a trouvé un emploi t’utilisait sans que tu t’en rendes compte ? Je vais te préciser le fond de ma pensée : aussi longtemps que tu dépendras directement d’un homme politique pour prendre en charge ta vie, tu ne seras pas le maître de ton destin. La seule chose qu’un citoyen modèle doit exiger d’une autorité, c’est qu’elle daigne faire preuve d’écoute envers ses administrés et qu’elle soit prompte et diligent dans la conduite de leurs affaires en tant que communauté.

 

2. Je suis d’accord avec toi qu’un homme politique doit être jugé en fonction de sa capacité à prendre en charge les problèmes de sa communauté, les préoccupations de ses administrés. Mais il faut qu’on s’entende d’abord sur la notion de préoccupations de la communauté : elles ne sauraient être perçues comme les problèmes du plus grand nombre, ni même comme la somme des problèmes individuels des habitants de la localité.

 

Une communauté a des problèmes qui sont incommensurables à ceux des individus : l’électrification des rues, l’assainissement, les soins de santé, les moyens de transport, les écoles, etc. A titre comparatif, considère l’impact que le système d’assainissement moderne, les infrastructures routières, les immeubles, les places publiques, les marchés, la réfection et la modernisation des stades, les usines de montage, (projets de 2004) ont sur les Thiessois. L’impact que ces investissements ont sur la vie de la communauté est-il comparable à celui que ton emploi a eu sur ta famille ?

 

Tu as droit à un emploi stable, décent et totalement affranchi des aléas politiques : alors ne sois pas pressé, ne vote pas pour quelqu’un simplement pour avoir un emploi. Vote pour que le pays soit mieux géré et que, nanti de ta qualification et de tes diplômes, tu puisses t’insérer facilement dans le tissu économique et dans le marché du travail ! Le droit à un emploi ne saurait se transformer en une faveur qu’il est loisible aux autorités de donner en fonction de leurs humeurs ou de leurs affinités politiques.

 

3. Si vraiment, comme tu dis, Idrissa Seck ferait un bon Président, mais tu ne peux pas trahir ta fidélité à un homme, c’est que sans le savoir tu es en train de trahir ton pays pour les beaux yeux d’une personne. Alors tu ne te plaindras plus de ce que la plupart des politiciens sont des entrepreneurs qui considèrent les citoyens comme des moyens dont ils peuvent se servir indéfiniment. Que dis-tu de ces jeunes militaires qui abandonnent parents, épouse et enfants pour aller mourir au front pour que tu puisses vivre en paix ? Sont-ils alors plus dignes du sentiment patriotique que toi ?

 

4. Quant à la question de savoir entre Idrissa Seck et ton leader qui est proche des populations, je dois dire que nous ne comprenons pas la même chose par la notion de proximité. Si par proximité, on entend cette disponibilité à plein temps pour recevoir tous les demandeurs d’emploi et toutes les sollicitations personnelles, je crois qu’elle n’est pas forcément une bonne chose ni pour le pays ni pour une autorité politique. Ce que vous exigez de nos leaders politiques s’appelle clientélisme et c’est un facteur inhibant pour leur leadership. Le mal de ce pays, c’est justement cette façon de faire de la politique : nous demandons des privilèges aux hommes politiques et en même temps exigeons d’eux qu’ils soient performants, justes et équitables dans la gestion du bien public.

 

Pour illustrer les méfaits de cette politique qui vous charme tant, je vous renvoie à ces multiples alertes que le FMI a lancées à l’attention du gouvernement sénégalais relativement à la Poste. Selon le Fonds monétaire international (Fmi), la Poste traîne une dette de 150 milliards de FCFA auprès du Trésor public. Le sous-directeur du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Michel Lazare disait à propos de la Poste qu’il y a « un financement élevé de la société nationale La Poste par le Trésor qui a encore contribué à une situation budgétaire difficile. Cela a conduit à une accumulation d’obligations non remplies envers les secteurs de l’énergie et à des impayés vis-à-vis de fournisseurs et autres opérateurs économiques » (Novembre 2018). Savez-vous pourquoi la Poste est si mal en point ? Savez-vous pourquoi la MECAP que le régime de Wade avait mise sur pied pour mettre fin à la pratique d’usure qui ruinait les fonctionnaires tend à devenir une petite banque ? La réponse est dans la pratique clientéliste qui consiste à vouloir caser tous les militants dans la boite et à faire de celle-ci une société, non au service de l’État, mais du parti.

 

Alassane K KITANE

 

PS. (Légende) photo de l’état actuel de la route « Angle Maïssa » dont l’inauguration avait été pourtant annoncée par Abdou Mbow lors des législatives de 2017. Les ordures et le sable l’ont inaugurée à leur façon… C’est dire que le mensonge éhonté est devenu le levier essentiel de gouvernance de ce régime.

 

 


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