Lettre d’un fils d’immigré à son père

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  • Article ajouté le : 04 Samedi, 2014 à 20h24
  • Author: Birame Ndiaye

Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates.

Père ! Arraché à ta mère patrie, tu te promets fidélité et authenticité. Je ne peux répondre solidaire de ce fardeau insensé et absurde parce que figé. Te voilà affligé et désemparé à l’épreuve de mes réserves sur tes traditions et ton africanité. Console-toi ! À défaut de me transmettre tes fantasmes de retour à la terre promise, ton déséquilibre identitaire m’accule et fait de moi homme sans véritable sentiment d’appartenance. À part ces tiraillements persécuteurs et déstabilisants, nous avons peu de choses en commun.

Père insécurisé, père victimaire, gaillard sensible, tu transfères tes angoisses quand vient le temps de m’apprendre à devenir garçon et bienveillant. Précise d’abord les contours de ton identité hybride et fragmentaire. Tu exiges de moi une posture identitaire que tu as toi-même perdue. Est-ce parce que tu te surprends aliéné et déraciné que tu me réclames africain sans la moindre instruction apprise et assimilée par la force d’un entourage qui fait défaut ?

Je suis né et élevé dans le bourdonnement de tes rêves, quêtes et renoncements. Ton obsession à préserver ton identité rançonne et défie ta volonté de survie, de réalisation et de réussite en terre d’accueil. Tels des dégâts collatéraux, tes désillusions de migrant m’éclaboussent, m’inondent et m’en imposent tout autant qu’elles t’épuisent. Tes rêves inassouvis et tes frustrations d’exilé ont toujours  déterminé nos rapports père-fils et nos échanges avec autrui.

J’en ai marre de vivre à l’ombre de tes turpitudes et de tes aigreurs d’étranger qui, faute de trouver sa place, cherche et force son rang. Ma vie n’est pas seulement condition hivernale, accommodement et je ne sais quoi d’autre. C’est surtout le souvenir d’enfant recréant et explorant les plaisirs de l’hiver, c’est aussi le hockey, c’est également le droit d’être de mauvaise humeur.

Tes sermons et tes appels à l’humilité me font passer pour un coincé sans force de caractère. Je ne suis pas dissident, je suis raisonnablement différent. La personnalité que tu veux m’insuffler ne se décrète pas, elle est émanation et reflet du bagage culturel et des épreuves de circonstance. L’école, les amis et mes rêves nordiques enneigés et aseptisés façonnent et portent mon identité.

Je te serai toujours redevable pour m’avoir accompagné et mis dans les dispositions de réussite et d’épanouissement. Mais de grâce, ne me tiens pas responsable du choix déchirant d’avoir quitté ton royaume d’enfance. Tu prétends avoir quitté le Sénégal pour ta famille, d’être resté au Canada pour tes enfants, mais je continue à croire que ces arguments ne te servent que de baroud d’honneur. S’ils peuvent noyer ton amertume et ton chagrin d’avoir quitté parents et amis pour ta réalisation professionnelle, c’est tant mieux.

Maintenant, je comprends mieux le désespoir silencieux qui nous habite et nous vilipende tous les deux. Je ne t’en veux plus d’avoir toujours eu peur de me perdre. Père grincheux ! Tes inquiétudes d’intrus et tes déconvenues professionnelles expliquent, à tout le moins, la rudesse de tes sollicitations. Vivement que tu te fasses à l’idée que je suis d’abord pur produit de mon environnement même si j’héberge une partie de toi en moi.

L’amour d’un père pour son fils ne saurait dépendre d’une compatibilité de caractères. Il est idéalement inconditionnel. Il transcende normalement les sensibilités culturelles. Il traverse couramment le conflit des générations. Acceptons nos différences pour mieux nous tolérer, pour mieux nous respecter.

Ton fils, Mal Aimé.

Birame Waltako Ndiaye
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À propos de Roman Polyarush

Donc en ouverture pharaonique (écran gigantesque, des stars par douzaines, des spectateurs par milliers. De cette quatrième édition de Lumière. J'avais vu le film de Schatzberg il y a quelques mois et l'avais aimé. Cette fois j'ai vu plus de défauts qui tiennent pour beaucoup.

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4 commentaires à Le blues de Christian Eckert, député socialiste "normal"

Roman Polyarush

Personnellement, si des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 16 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Sara Gordon

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Rio Ferdinand

Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 11 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Victor Kirkland

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

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