Aucune Responsabilité Africaine dans la Traite Transatlantique des Noirs

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Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates.

L'idée d'une responsabilité de l’Afrique dans la traite transatlantique des Noirs prend de plus en plus de l’ampleur jusqu'à trouver des défenseurs parmi les intellectuels africains. Il ne faut surtout pas confondre responsabilité et participation. La participation africaine a été plus importante dans la colonisation que dans la traite des Noirs. Peut-on pour autant incomber une quelconque responsabilité à l’Afrique dans sa colonisation ?

Lors d’une de mes conférences sur l’Afrique, j’ai été fustigé par un groupe d’afro-américains. En tant qu’Africain, ces afro-américains, venant fraîchement d’acquérir de l’information sur la responsabilité africaine dans cet ignoble commerce, m’ont traité de complicité ancestrale dans leurs ventes aux occidentaux pour être acheminés vers les plantations américaines. Cette conférence leur procurait une occasion de déverser toutes leurs indignations par rapport à leur révélation d’avoir été vendus par leurs frères. Leurs attaques à l’Afrique étaient tellement virulentes qu’ils semblaient disculper l'Occident dans ce crime contre l'humanité.

Pensez-vous que les négriers européens qui ont bravé les océans avec leurs navires bien équipés de fusils et de munitions se seraient tout bonnement retournés en Europe car les africains n’avaient pas voulu collaborer ou participer à cet ignoble commerce ?

Personne ne croit que «le Blanc capturait tout seul le Noir pour le réduire en esclavage». Les sociétés esclavagistes utilisaient différentes formes de techniques d'acquisition d'esclaves consistant à exploiter les rivalités existantes. Ils armèrent des tributs en leur faisant bénéficier d’une supériorité militaire que le fusil et la poudre procuraient. Dans ce cadre de quête de protection et de domination, la collaboration pouvait etre facilement assurée. Des Noirs, comme dans l’image ont aidé dans ces actes ignobles.  Cependant la participation n’implique pas la responsabilité de l’Afrique dans la traite négrière.  

Les pourvoyeurs africains ont bel bien collaboré et participé dans cet abominable commerce mais il ne faut surtout pas confondre participation et responsabilité. En effet, la traite transatlantique des Noirs fut un système commercial organisé depuis l’Europe par le triangle des acteurs ci-dessous.

- Europe. Elle était détentrice de l’initiative, de la finance, de la production manufacturière, du transport maritime et du commerce international. Elle était accompagnée par l’église chargée de missions évangélistes, civilisatrices et régulatrices. 

- Amérique. Elle était une terre vierge, nouvellement découverte et colonisée. Elle était constituée de champs d’exploitation minière et de production vivrière. Elle était  un nouveau continent à peupler Son sud regorgeait de  métaux précieux et de terres favorables à la culture de produits agricoles comme le tabac, la canne à sucre et le café.

- Afrique.  Elle constituait un réservoir de main d'œuvre servile à extirper par tous les moyens.

 

L’Afrique, ne possédant aucune initiative dans ce scénario, a dû subir en tant qu’élément marginal le rôle le moins envieux dans cette division du travail.  C'est principalement l'Europe et l'Amérique du Nord qui ont tiré des profits dans ce système économique mondial. D’ailleurs, les demandes d’indemnités pour pertes de préjudice dans l'article 5 de la loi de promulgation de l'abolition de l'esclavage ne concernaient pas les africains.

La traite transatlantique des Noirs, sources des richesses des  sociétés esclavagistes européennes, a été le noyau du commerce mondial durant ces quatre siècles. Elle contribua considérablement  au financement  de la révolution industrielle.  Dans le même temps, la psychose et la peur s’installaient dans les sociétés de l'Afrique en perte progressive de sa force de travail.  Avec cette émigration forcée, l’Afrique perdait sa fierté et toute sa capacité d’innovation. D’ailleurs, l’historien Jean Suret-Canale   souligne que «la traite négrière transatlantique n’a pas été le fruit du développement intérieur de l’Afrique, mais plutôt qu’elle a toujours été une réponse  spécifique aux besoins et à l’intervention des Européens».

 

Les Européens particulièrement les Portugais ont trouvé durant la décennie 1440-1450 en Afrique un contexte très favorable à la recrudescence de l’esclavage avec une prolifération de petits Etats fragmentés. Ils tissèrent des liens d’échanges commerciaux qui devraient une cinquantaine d’années plus tard servir à la mise en place des conditions initiales de la traite des Noirs.  Dans cette guerre de pouvoirs et recherche de prestige, les chefs locaux découvrirent dans ce commerce d’esclaves un moyen essentiel de survie voire d’affirmation. Cette collaboration leur permettait de s’équiper en armements et de se débarrasser du même coup de leurs ennemis jurés. Différentes formes de révoltes et de tentatives ont été  cependant opposées à la traite sur le continent. Les résistances des esclaves dans les bateaux et les plantations pourraient être partiellement justifiées comme un prolongement de cet esprit de révolte.

Le  début de la traite transatlantique des Noirs comme son abolition progressive fut initié à partir de l’Europe. Son remplacement par la colonisation montre que l’Afrique a été une victime en tant qu’espace sous contrôle. Incomber à l'Afrique une quelconque responsabilité dans la traite transatlantique des Noirs revient ainsi à lui confier une certaine responsabilité dans sa propre colonisation.

Je ne méritais pas les attaques virulentes de ces victimes afro-américaines pour la simple raison que je suis africain et que  la marchandise que constituaient mes arrières parents ait échappé à ce commerce. L’Afrique a été la principale victime et ne saurait être le responsable. Malheureusement, des écrits de certains historiens africains, confondant participation et responsabilité, ont été et continuent à être honteusement récupérés pour être retournés contre l’Afrique dans une tentative de déculpabilisation. Inconsciemment, ces chercheurs africains participent par leurs interprétations des faits à cette récupération et sans être les responsables.

La traite des Noirs est un crime honteux contre toute l’humanité. La question de la responsabilité doit être dépassée pour céder la place à la réparation par le biais de l’éducation à travers des programmes tels que celui des Routes de l’esclavage initié par l’Unesco.

Pr  Youssou  GNINGUE (Dept. Math & CS,  UL,  Canada)

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À propos de Roman Polyarush

Donc en ouverture pharaonique (écran gigantesque, des stars par douzaines, des spectateurs par milliers. De cette quatrième édition de Lumière. J'avais vu le film de Schatzberg il y a quelques mois et l'avais aimé. Cette fois j'ai vu plus de défauts qui tiennent pour beaucoup.

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4 commentaires à Le blues de Christian Eckert, député socialiste "normal"

Roman Polyarush

Personnellement, si des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 16 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Sara Gordon

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Rio Ferdinand

Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer de telle ou telle région.

le 11 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

Victor Kirkland

Des Bretons ou des Corses voulaient vraiment l'indépendance, je trouverais normal et juste que l'Etat ne fasse pas que les consulter eux, mais nous consulte tous pour savoir si on accepte de se séparer.

le 14 octobre 2012 à 12:50RépondreAlerter

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