Lutte contre le blanchiment : 06 États africains sortent de la liste européenne à risque
La Commission européenne a annoncé, le retrait de six pays africains de sa liste des juridictions de pays tiers considérées à haut risque en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Cette nouvelle phase concerne le Mali, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Mozambique et le Nigeria, jusque-là placés sous surveillance renforcée par Bruxelles en raison de failles jugées préoccupantes dans leurs dispositifs nationaux.
Selon la Commission, ces États ont apporté des réponses jugées satisfaisantes aux insuffisances relevées dans leurs mécanismes de prévention, de contrôle et de répression des flux financiers illicites. « Ces pays ont renforcé l’efficacité de leurs dispositifs de LBC/FT et corrigé leurs lacunes techniques conformément aux engagements pris dans leurs plans d’action respectifs », précise l’exécutif européen dans un communiqué.
Des retraits alignés sur les évaluations du GAFI
La mise à jour de la liste européenne s’appuie largement sur les travaux du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme intergouvernemental chargé de l’évaluation des politiques nationales de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les six pays concernés avaient déjà été retirés de la « liste grise » du GAFI, qui regroupe les juridictions faisant l’objet d’un suivi renforcé. Le Mali et la Tanzanie avaient quitté cette liste en juin 2025, tandis que le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Mozambique et le Burkina Faso avaient obtenu un avis favorable lors de la réunion plénière du GAFI en octobre de la même année. Pour l’Union européenne, cette convergence des analyses justifie l’actualisation de sa propre liste, dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 29 janvier 2026. Malgré cette décision, Bruxelles insiste sur la nécessité pour les six pays concernés de maintenir leurs efforts. La Commission européenne rappelle que les dispositifs nationaux doivent continuer à être appliqués de manière rigoureuse, notamment en matière de supervision financière, de coopération judiciaire et de contrôle des transactions transfrontalières. Cette vigilance traduit la prudence de l’Union européenne face à des environnements financiers parfois fragiles, où les réseaux criminels transnationaux demeurent actifs. Pour les pays retirés de la liste, cette évolution est toutefois perçue comme un signal positif, susceptible de faciliter les échanges bancaires avec l’Europe et de réduire les contraintes imposées aux institutions financières opérant sur leurs territoires.
Le Cameroun et la Côte d’Ivoire maintenus sous surveillance renforcée
À l’inverse, le Cameroun et la Côte d’Ivoire restent encore inscrit sur la liste européenne des juridictions à risque. Le pays avait été ajouté en juin 2025, aux côtés notamment de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo (RDC). Bruxelles estime que ces États présentent encore des « carences stratégiques » dans leurs régimes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, susceptibles d’exposer le système financier européen à des risques accrus. Cette classification entraîne des obligations de vigilance renforcée pour les banques et les établissements financiers européens traitant avec des contreparties camerounaises, ce qui peut compliquer les opérations commerciales et financières internationales. Le GAFI maintient une surveillance renforcée sur la Côte d'Ivoire et le Cameroun en raison de lacunes persistantes dans leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Bien que les deux pays aient adopté des plans d’action, des faiblesses stratégiques subsistent, notamment concernant les enquêtes, les poursuites, les sanctions et l’accès aux données des bénéficiaires effectifs.
La Côte d'Ivoire (ajoutée en octobre 2024) doit encore améliorer le contrôle basé sur les risques, optimiser l’utilisation des renseignements financiers et démontrer une hausse durable des enquêtes. Ses actions prioritaires incluent le renforcement de la coopération internationale, la sensibilisation et l’amélioration de l’accès aux informations sur les bénéficiaires effectifs. Le Cameroun (maintenu sur la liste grise) a pour objectif central de restaurer la crédibilité de son système financier en se conformant aux exigences du GAFI. Le pays est toujours perçu comme une juridiction à risque pour les flux d’investissement, nécessitant un renforcement global de son régime LBC/FT. Cette surveillance signifie que les deux États doivent activement mettre en œuvre leur plan d’action pour corriger ces « déficiences stratégiques ». Leur maintien sur la « liste grise » indique que les progrès restent insuffisants pour un retrait, mais qu’ils sont engagés dans un processus d’amélioration sous le suivi accru du GAFI.
Un plan d’action engagé avec le GAFI
Depuis juin 2023, les autorités camerounaises se sont engagées à travailler avec le GAFI afin de renforcer l’efficacité de leur dispositif national. Cet engagement s’est traduit par l’élaboration d’un plan d’action structuré, dont la mise en œuvre s’étend jusqu’en 2026. En octobre 2025, le directeur de l’Agence nationale d’investigation financière (Anif), Hubert Nde Sombone, a présenté les grandes lignes de cette feuille de route. Celle-ci prévoit notamment un renforcement de la supervision des organisations à but non lucratif, considérées comme des structures potentiellement exposées aux risques de financement du terrorisme, selon une approche fondée sur l’analyse des risques. Le plan camerounais inclut également l’application effective des sanctions financières ciblées décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ces mesures concernent aussi bien la prévention du financement du terrorisme que la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Les autorités entendent améliorer la coordination entre les différentes administrations concernées, ainsi que la coopération avec les partenaires internationaux.
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