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L'Égypte arme sa police malgré les bavures

  • Par : Le Figaro | Le 18 février, 2013 à 02:02:33 | Lu 5560 fois | 5 Commentaires
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L'Égypte arme sa police malgré les bavures

Accusés de brutalités, mais cibles de manifestants plus violents, les agents viennent d'obtenir le droit d'être armés. Envoyée spéciale à Alexandrie Il a finalement eu gain de cause. Lui, le flic honni sous Moubarak et haï sousMorsi, l'agent de sécurité d'Alexandrie qu'on envoie au casse-pipe pour un salaire de pacotille, vient d'obtenir l'autorisation de porter une arme. «Je vais enfin pouvoir me protéger!», s'époumone «M» - qui refuse de donner son nom. 

L'accord donné ce week-end par le ministère de l'Intérieur pour importer 100 000 pistolets et armer les policiers de grade inférieur a mis fin à sept jours de manifestations dans les rangs de la police. Mais il ravive l'inquiétude d'une escalade de la violence policière héritée de l'ancien régime et que la révolution de janvier 2011 n'est pas parvenue à endiguer. Quand nous l'avions rencontré, il y a quelques jours devant le centre de la Sécurité générale d'Alexandrie, «M» avait le poing serré et des slogans plein la bouche. Avec ses quelque 300 collègues rassemblés là, au pied de l'austère bâtisse de granit gris, ses revendications étaient sans appel: la démission de Mohammed Ibrahim, le ministre de l'Intérieur accusé d'être à la botte des Frères musulmans, de meilleurs salaires et l'octroi d'armes à feu pour mieux se protéger. 

«Le gouvernement islamiste nous jette en pâture à chaque manifestation au lieu de répondre aux attentes de la rue. Nous sommes devenus les boucs émissaires de ses erreurs politiques. Et face à l'instabilité croissante, nous n'avons aucune protection contre les criminels», expliquait-il alors, en réclamant les mêmes équipements (armes de poing, fusils d'assaut) que les officiers. Ses paroles faisaient écho à d'autres policiers rebelles qui, d'el-Arish (au nord du Sinaï) à Assiout en passant par Dagahliya, s'étaient également mis en grève.L'anniversaire sanglant des deux ans de la révolution La fronde couvait depuis un certain temps. 

En décembre dernier, des policiers chargés de la sécurité du palais présidentiel avaient sciemment laissé passer les manifestants, par crainte d'être lynchés par la foule. Mais l'anniversaire sanglant des deux ans de la révolution n'a fait que l'exacerber. Du 25 janvier au 4 février, les affrontements ont fait 59 morts. Face à des protestataires parfois armés qui se radicalisent, et faute de réformes de l'institution policière, les forces antiémeutes reproduisent les vieilles méthodes de l'ancien régime. Exemple, la récente mise à nu de Hamada Saber, cet ouvrier de 50 ans dont la vidéo a inondé l'Internet. Ou encore le décès, quelques jours plus tard, de l'activiste Mohammed al-Guindi, torturé par des policiers, selon son avocat. 

Samedi, alors même que le ministère de l'Intérieur annonçait son projet d'armer les agents de sécurité les moins gradés, la brutalité policière a encore frappé: lors des funérailles d'un capitaine de police décédé la veille, pendant une fusillade dans la ville de Beni Souef, des policiers ont sévèrement battu un homme qu'ils suspectaient d'être impliqué dans ce décès. Montrées du doigt, les forces de l'ordre se disent victimes d'un contexte qui les dépasse. «Avant, les Égyptiens nous détestaient, mais ils nous craignaient. Aujourd'hui, ils nous détestent toujours et ils nous attaquent sans merci», observe «K», un autre policier d'Alexandrie, en référence à la multiplication des attaques visant les commissariats, les bâtiments gouvernementaux ou encore les sièges du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères musulmans. D'après le ministère de l'Intérieur, lors des dix jours qui ont suivi les commémorations sanglantes du 25 janvier, 602 policiers ont été blessés, dont certains par des tirs de chevrotine. Et depuis la révolution, 173 policiers ont perdu la vie dans l'exercice de leurs fonctions, que ce soit lors de manifestations ou pendant une perquisition.

Détérioration de la sécurité «Les nouvelles armes ne seront pas utilisées contre les civils. Elles ne seront fournies qu'aux policiers qui poursuivent des voleurs et des criminels, et qui ont pour tâche de protéger des bâtiments publics. C'est indispensable pour faire face à la détérioration du climat sécuritaire», s'efforce de tempérer le brigadier général Ayman Helmy, un des porte-parole du ministère de l'Intérieur. Mais pour l'avocate Magda Boutros, de l'Egyptian Initiative for Personal Rights, ces nouvelles dispositions «ne règlent pas le problème, elles le renforcent, surtout que les officiers de police recourent déjà systématiquement aux armes à feu, en toute impunité». Que ce soit lors de la répression de la révolution, dont le bilan s'élève à quelque 900 morts, ou pendant les violences qui ont suivi, aucun agent de sécurité n'a, à ce jour, été condamné. Ironie de l'histoire: c'est d'une bavure policière que partit la révolte anti-Moubarak, dès le 6 juin 2010. À Alexandrie précisément. 

Ce jour-là, Khaled Saïd, 28 ans, est arrêté dans un cybercafé puis battu à mort par des policiers pour avoir diffusé sur Internet une vidéo montrant deux officiers se partager la drogue d'un coup de filet. Sa disparition déclenche une vague de manifestations qui, d'Alexandrie au Caire, mèneront, au bout de quelques mois, à la chute du régime. 

Deux ans plus tard, les méthodes n'ont pas changé. «Il y a un vrai travail de réforme à faire au niveau de la formation des policiers. Malheureusement, ça ne fait pas partie des priorités du gouvernement», regrette Magda Boutros.


Le Figaro

Commentaire (4)


Bomb En Février, 2013 (07:12 AM) 0 FansN°: 1
Morsi aie pitie de ton peuple et crains Allah . Tes armes ne pouront jamais arreter cette rebellion . Ne detruis pas ton peuple et ton pays .
Normal !!! En Février, 2013 (12:38 PM) 0 FansN°: 2
normal quand on donne le pouvoir à ces musulmans barbares et non respectueux des femme's ! l'égypte est foutue ils vont s'entretuer et c'est tant mieux !

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