La récente sortie d’un Ministre et d’un Député sur la question des APE doit interpeller plus d’un citoyen sur les rôles de nos autorités mais également sur la question de fond de ces accords à savoir à qui profite le futur crime économique.
L’article 107 du texte des APE mentionne expressément :
« Le présent Accord est ratifié ou approuvé par les Parties signataires selon leurs règles constitutionnelles et procédures respectives »
Il demeure, dès lors, que seuls les Députés de l’Assemblée nationale qui, au demeurant, n’ont pas encore été saisis du dossier des APE, peuvent se prononcer et endosser la responsabilité historique de leur signature.
Par conséquent comment un Ministre de la République peut-il affirmer que « le Sénégal ne peut renoncer aux APE » ? Ou bien est-ce un signal codé donné aux occupants de l’Hémicycle dont le président disait intelligemment et diplomatiquement que les APE sont « un partage entre le lion et la biche » pour démontrer subtilement l’inégalité du partenariat supposé ? D’autre part, comment un Député peut-il, avec autant d’assurance, déclarer que « Macky Sall n’y peut rien, il doit signer les APE par la force » (sic) oubliant que l’autorité sur les APE est moins le Président que lui-même Député. N’est-ce pas là la confirmation de l’ignorance totale des dispositions d’un texte sur lequel il doit se prononcer sous peu ? Être le seul Député dans son cas serait la plus belle nouvelle qui tranquilliserait les sénégalais.
Revenant sur les APE, sans nulle doute nos autorités ont la conviction que c’est une bonne chose pour le Sénégal et les sénégalais, certaines beaucoup plus optimistes promettent que les exonérations de droits de douanes sur les produits importés n’auront aucun impact sur notre économie (hum) mais aucune d’elles ne dit clairement les aspects positifs, de ces accords, auxquels nous devons nous attendre, les projections financières, fiscales et économiques graduelles qu’ils impliqueront encore moins les mécanismes prévus pour résorber ces pertes douanières.
Nul n’est censé ignorer que le budget national est constitué essentiellement de recettes fiscales et douanières en grande partie et par conséquent, ce serait une hérésie de croire que le Sénégal ne subira pas la réduction d’une partie de ses sources budgétaires. Nos autorités peuvent-elles nous garantir, à défaut d’une diminution, une stabilité des prix à la consommation, du carburant, de l’électricité, du gaz etc. ?
Peuvent-elles nous dire avec assurance que nos entreprises seront compétitives face à des multinationales puissantes, mieux outillées et avec une capacité de production leur permettant une large marge d’économies d’échelle ? Quelles seront les parts de marchés de nos entreprises et quels sont les volumes exportés envisagés une fois que les APE sont mis en œuvre ?
Certaines autorités sont aériennes et très laconiques dans leurs discours sur l’aspect positif des APE et tendent vicieusement à incriminer les PME en leur demandant de faire de la qualité pour résister à la pénétration des autres produits. Mais en réalité, la seule constante est que nos entreprises n’ont été ni préparées, ni accompagnées par l’Etat par des facilités d’accès au crédit, par une préférence nationale et un encadrement propice à leur développement.
Ces APE sont une camisole de force si bien exprimée par un Député d’où la question de savoir ce que risque le Président si le Parlement sénégalais rejette le texte des APE.
Le Sénégal en tant que PMA (Pays les Moins Avancés) n’est ni dans l’urgence ni dans l’obligation de ratifier ces accords. Alors pourquoi se précipiter ?
Ce statut doit être considéré comme une période de grâce qui doit permettre la mise en œuvre d’un patriotisme économique et d’un vaste projet de mise à niveau réelle de nos PME avant l’ouverture.
La nocivité des APE est moins sur les produits transformés que sur les autres points de négociation contenus dans « la clause de rendez-vous » (article 106).
J’invite, pour ma part, l’ensemble des Députés garants de l’équilibre social du pays, de la sécurité alimentaire, contrôleurs des actions du Gouvernement, à ne pas céder à la machination et à la manipulation de nos Institutions par les multinationales dont le seul souci est le profit quel qu’en soit le coût humain. Lorsque l’intérêt national est en jeu, tout manteau politique doit être incolore.
Tous les sénégalais, comme un seul homme, doivent se mobiliser et servir de bouclier contre cette ratification et pour barrer la route à ces accords de la honte qui vont nous plonger encore, bien des années, dans l’esclavage économique.
En conclusion, les propos suivants de Jacques Berthelot, économiste français, chercheur et ancien maître de conférences à l'École nationale supérieure agronomique de Toulouse, doivent éveiller chaque africain……...
«il est inadmissible et intolérable que les pays de l’UE nient à l’Afrique le droit et la nécessité d’adopter les mêmes outils (protection, barrières douanières) utilisés pendant longtemps pour arriver au niveau de développement où ils sont aujourd’hui. Les APE sont désastreux pour l’Afrique »
Par Dembabou
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