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Enquête sur la grippe équine, la bête noire des ânes

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Enquête sur la grippe équine, la bête noire des ânes

Depuis début mars, la grippe équine sévit au Sénégal. Près de 5000 ânes ont été tués à travers le pays. Seneweb a fait un tour à Kaffrine et à Fatick pour mesurer l'ampleur des dégâts avant d'interroger les spécialistes sur cette maladie inconnue, redoutable tueur en série.

Kaffrine, centre du Sénégal. Située à 240 km de Dakar, cette région est l'une des plus touchées par la grippe équine qui touche le pays depuis plusieurs semaines. De part et d'autre de la route menant à ce bourg posé à une soixantaine de bornes de la région Kaolack, des cadavres d'ânes et de chevaux tapissent le sol. L'odeur nauséabonde de ces carcasses pollue l'air sec qui souffle en cette période pré-hivernage où les températures atteignent souvent 42 degrés.

Un tueur impitoyable

Depuis le début du mois de mars, cette maladie rare passe d'une localité du pays à une autre. Ce mal qui touche les équidés laisse ses traces partout où il passe en décimant le cheptel des éleveurs. On ne sait pas d'où elle vient, mais elle a fini de se tailler la sombre réputation de tueur impitoyable.

La maladie attaque les organes respiratoires. Après la phase d'incubation, les premiers symptômes apparaissent. Elle se manifeste principalement par la toux, l'écoulement nasal et l'hypothermie, c'est à dire une température du corps élevée. L'animal prend un coup de fatigue, perd l'appétit et boit peu. Au bout de quelques jours, il meurt, s'il n'est pas bien traité. Et l'espèce la plus touchée en ce moment est l'âne, pourtant réputé pour sa robustesse.

1445 morts recensés à Kaffrine et à Toubacouta

Cette maladie apparue au début du mois de mars, a touché à mi-avril, selon des chiffres des services vétérinaires de la région de Kaffrine, 6 493 équidés et en a tué 1 242 dont 21 chevaux. 66 391 bêtes sont exposées.

"Au début, on pensait que c'était la gourme, une maladie bactérienne qui touche les équidés et leurs produits. C'est après les analyses du laboratoire qu'on a su que c'est la grippe d'équine combinée à la gourme, renseigne Dr Fatou Ka Sow, chef de service vétérinaire de la région de Kaffrine. Toutes les deux sont des maladies bactériennes, mais c'est l'agent pathogène qui est différent. La grippe équine est due à un virus."

Selon les médecins vétérinaires, le taux de mortalité rapide et élevé chez les ânes s'explique par la négligence des éleveurs envers cette espèce, surtout ceux âgés de moins d'un an. "Parfois, renseigne Dr Ka, si l'animal est en embonpoint et bien traité, il peut guérir seul de la maladie, mais tel n'est pas le cas pour les ânes. Ils ne sont jamais amenés à temps chez le vétérinaire. C'est ce qui explique le taux élevé de mortalité chez les ânes."

Cette propagation rapide de la maladie, hante le sommeil des agents du ministère de l'Élevage sur le terrain. "Nous avons eu à soigner la gourme, mais cette maladie qu'on appelle ‘grippe d'équine', c'est la première fois en 20 ans de carrière, que je la vois", confesse Assane Diop, agent des services vétérinaires privés dans la région de Kaffrine.

L'épidémie n'a épargné aucun village de la région. A Kahi, une commune située à quelques kilomètres de Kaffrine, le bilan est alarmant. A l'entrée de ce village, la carrière de sable est transformée en cimetière d'ânes. L'odeur qui se dégage de cet endroit pousse les passants à boucher le nez. Ici, presque toutes les familles ont perdu au moins un animal.

"Il ne se passe pas un seul jour sans que quelqu'un vienne me dire qu'il a perdu un âne. J'ai même perdu le meilleur de mes ânes", renseigne Balla Cissé, chef de village et Imam de Kahi.

Cette épidémie qui a décimé les équidés dans la région de Kaffrine, a frappé presque toutes les régions du Sénégal. La région de Fatick fait partie des localités les plus affectées par la grippe équine, notamment le département de Foundiougne.

Dans ce département de la région de Fatick, la maladie a touché 2 273 équidés et fait 201 morts dont 13 chevaux et une population à risque estimée à 65 116 bêtes. Les communes de Diossong, Karang et Toubacouta sont les plus touchées. A la sortie de ces villages, les cadavres d'ânes en décomposition sont visibles partout.

À Toubacouta, les informations recueillies font état d'une apparition brutale qui a pris au dépourvu les propriétaires des animaux. Chef du service vétérinaire, Demba Sy explique : "Les premiers symptômes sont apparus dans une commune du nom de Ndramé Escale. Un propriétaire d'un cheval m'a parlé de cas de malades qui se sont présentés chez les vétérinaires et que les chevaux et les ânes présentent beaucoup de symptômes respiratoires. Quelques jours après, il est revenu me dire que son cheval est atteint. Alors, j'ai commencé à suspecter une épidémie comme la gourme où autre maladie contagieuse."

Cause et propagation rapide

Malgré les nombreux dégâts qu'elle a faits dans différentes localités du pays, la cause de la grippe équine reste toujours un mystère. "Avant la découverte de la maladie, on a constaté qu'il y avait un changement de climat, rembobine Dr Fatou Ka Sow. Il y avait beaucoup de vent, de poussière et une petite fraicheur. C'est tout juste après cette période qu'on a eu les premiers cas. On s'est dit que c'est peut-être dû à ce changement (climatique). Quelqu'un peut aussi introduire dans son enclos un animal malade venant d'un autre pays et contaminer ainsi les autres."

Cette méconnaissance des causes de la grippe équine a beaucoup contribué à la propagation rapide de la maladie. En effet, les services compétents faisaient face à un ennemi non identifié. "On luttait contre une maladie qu'on ne connait pas. On savait que c'est une maladie respiratoire, mais on ne sait pas laquelle", avoue Assane Diop, agent vétérinaire privé.

D'autres facteurs ont aussi participé à la contagion rapide. "La maladie s'est propagée vite à cause du climat parce que quand l'animal tousse, des germes sont libérés dans l'espace. Il y a aussi les facteurs physiques, environnementaux qui ont joué un grand rôle dans la transmission de certaines maladies contagieuses", indique Demba Sy.

L'exposition des cadavres à l'air libre est aussi un autre facteur de l'expansion de la pandémie. "Nous demandons aux propriétaires d'ânes et de chevaux d'incinérer les cadavres dans un trou avant de les enterrer pour éviter les contacts avec le corps de l'animal", conseille Sy.

Malheureusement, les éleveurs ne respectent pas ses conseils. "J'ai perdu trois ânes et j'ai jeté les corps dans un grand trou à la sortie de la ville. Franchement, je n'incinère pas les cadavres. Je ne savais même pas que c'est ce qui est recommandé", avoue Moustapha Dioume, vendeur d'ânes à Kaffrine.

"La grippe équine n'est pas une zoonose"

Dans certains villages, des espaces ont été transformés en cimetière d'ânes. Or, ces endroits sont des lieux de fréquentation des enfants. Le contact avec les cadavres est permanent dans ces milieux où les risques de contaminations sont réels. Mais selon les médecins vétérinaires, la grippe équine ne se transmet pas de l'animal à l'homme. "La grippe n'est pas une zoonose. Il n'y a pas de risque de contamination pour les hommes", informe Dr Fatou Ka Sow.

Mais cela ne doit nullement être une licence pour être en contact avec les carcasses. "La grippe équine n'est pas une zoonose certes, mais il faut éviter tout contact avec les cadavres et les animaux malades. Il faut se laver le mains après un contact avec un animal malade, que ça soit le vétérinaire où le propriétaire", recommande le chef du service vétérinaire de Toubacouta.

Pr Daouda Ndiaye, chef des services parasitologie de la faculté de médecine de l'Ucad et de l'hôpital Aristide Le Dantec est moins catégorique au sujet de la transmission d'une espèce à l'autre. Il recommande la prudence car, dit-il, il peut y avoir des maladies qui se transmettent de l'animal à l'homme sans qu'elles ne soient identifiées.

Impact économique

Les conséquences de la grippe équine se font sentir également au plan économique et social. "Les ânes nous aident dans le transport des personnes. On les utilise aussi pour chercher de l'eau et pour d'autres tâches", renseigne Balla Cissé, chef de village de Kahi. L'animal permet aussi d'assurer la dépense quotidienne. Pape Ousmane, habitant de Kahi, explique : "Parfois, je pouvais avoir 3000 à 4000 francs CFA avec mon âne en faisant certaines courses pour les gens."

Dans la zone de Toubacouta, l'âne est l'animal le plus utilisé pour les travaux champêtres. "Cette zone est différente des autres localités qui utilisent beaucoup les chevaux pour cultiver. Ici, il y a des mouches qui tuent les chevaux, c'est pourquoi on utilise beaucoup les ânes",  souligne Cherif Sarr, chef de village de Médina Ndorong, un village situé à 5 km de Toubacouta.

À la veille de la saison des pluies, la mortalité élevée et rapide des ânes inquiète la population de ces régions composée en majorité de paysans. À Médina Ndorong, Youssoupha Sarr a déjà commencé à défricher son champ. Bidon d'eau à la main, une hache et un daba suspendu à ses épaules, ce paysan d'une soixantaine d'années transpire l'inquiétude. "Il y a de quoi s'inquiéter actuellement, alerte-t-il. On est à la veille de la saison des pluies et presque tous nos ânes sont morts. J'en ai perdu un et les autres sont malades. Mon cheval aussi est atteint."

Moustapha Dioume, qui s'active dans le commerce d'ânes, a vu ses revenus baisser considérablement. Il explique : "J'achetais des ânes moins chers. Je les engraissais avant de les revendre. Parfois, on me les confie et j'essaie d'avoir du profit en les vendant. Mais depuis que la malade est apparue, les gens n'achètent plus. Ils ont peur de tomber sur un âne malade."

Les services du ministère de l'Élevage assurent que la maladie, qui a fait près de 5000 morts, soit moins de 1% de la population équine, est stabilisée. Mais la bête noire a déjà fait de nombreux dégâts.


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3 Commentaires

  1. Auteur

    En Mai, 2019 (15:13 PM)
    Du courage. c'est tres dure quand on connait la valeure de l'ane en zone rurale.
  2. Auteur

    En Mai, 2019 (17:07 PM)
    On ne vous demande pas de réciter vos lecons, mais soigner ces pauvres betes. Y a deux ans les Chinois les bouffaient et maintenant ils meurent comme des mouches !
    Auteur

    Triste

    En Mai, 2019 (06:08 AM)
    Il.faut aider ces populations . Mariéme Faye faut les aider plutot que de donner 500000 à des députés qui n'en ont rien à f...

    Les gens souffrent dans les villages

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