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EL HADJ IBRAHIMA SALL ECONOMISTE, PHILOSOPHE ET ANCIEN MINISTRE DU PLAN : " Nous nous n’avons pas la mentalité d’une économie qui va émerger "

  • Source: : Le Monde | Le 08 octobre, 2007 à 13:10:19 | Lu 19370 fois | 0 Commentaires
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EL HADJ IBRAHIMA SALL ECONOMISTE, PHILOSOPHE ET ANCIEN MINISTRE DU PLAN : " Nous nous n’avons pas la mentalité d’une économie qui va émerger "

Enseignant à Hec Paris, Paris X Dauphine et l’Ecole supérieure de Commerce de Paris, El Hadj Ibrahima Sall ne croit pas en l’émergence du Sénégal en 2015. « Sceptique », l’économiste doublé de philosophe qu’il est, estime que le problème majeur du Sénégal, c’est notre mentalité et nos valeurs. Pour lui, la « réforme » des mentalités et des comportements est un préalable à l’émergence. El Hadj Ibrahima Sall s’exprimait sur les ondes de la Rfm, à l’émission "Grand Jury".

Interpellé sur la question de l’émergence, El Hadj Ibrahima Sall s’est dit « sceptique ». « L’Emergence, avant les routes et les ponts, ce sont les problèmes de mentalité et de valeurs. Nous avons besoin d’ordre, nous avons besoin de discipline, de sérieux et de professionnalisme ». Pour lui, contrairement à ce qu’il dit constater dans des pays comme la Malaisie, « nous n’avons pas (Ndlr, au Sénégal) la mentalité d’une économie qui va émerger. Les travailleurs n’ont pas assez de conscience professionnelle, de discipline et de sens soutenu de l’effort… Quand je regarde la circulation aujourd’hui, les ordures qu’on déverse, comment le bien public est pillé dans certaines entreprises, etc, je dis que l’émergence n’est pas encore jouable ». Dans la même lancée, El Hadj Ibrahima Sall a commenté l’horizon 2015 qui marquerait l’arrimage du Sénégal dans l’ère de l’émergence, selon les autorités. L’économiste et éphémère Directeur général de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres) doute fort qu’elle puisse se faire à cette date. « Je peux comprendre que les autorités avancent des dates », déclare-t-il. « Mais pour moi, c’est seulement après avoir réglé ces problèmes-là (celui des valeurs) que viennent les bonnes politiques. Les bonnes politiques, c’est les facteurs de production. Quand vous regardez aussi le dernier rapport qui a été fait par le Fmi, vous verrez que dans l’analyse des grands ensembles des pays émergents, nous n’avons pas le profil macro-économique. Nous avons prévu des taux de croissance, mais nous n’avons eu que 2,4%. Tout cela se comprend parce que nous avons eu des problèmes sur le secteur industriel. Notre industrie n’a contribué que faiblement. Le bâtiment a contribué de 15%. On dit que quand le bâtiment va tout va. Mais quand une croissance tirée par le bâtiment ne va plus et que la crise dans l’industrie persiste, on risque de se retrouver avec des conditions où les 7% de taux de croissance ne seront jamais atteints », soutient-il. L’auteur de l’ouvrage « Le souci du monde » et dernier ministre du Plan sous Diouf « estime qu’il y a « quelque chose de plus important que les plans et ce sont les valeurs ». Et de se faire plus précis : « la vision doit s’adosser sur les valeurs… » Or, constate-t-il, « on sait que ce que les hommes ont porté sur leur cœur dans ce pays est en train de se dégrader pour de multiples raisons. Tout le monde sait que les problèmes économiques que nous vivons ont leur source dans l’organisation de notre société et dans les règles de jeu de notre société. On sait aussi que les solutions ne seront pas économiques, elles seront politiques », déclare l’économiste M Sall. Appelant à des réformes allant dans ce sens, il s’interroge : « Pendant tout ce temps, où est le discours sur les réformes ? On ne peut pas avoir peur des réformes essentielles et parler d’émergence. Dire qu’on est équilibriste et vouloir entrer dans l’émergence, moi j’y crois pas », assène-t-il.

Abordant les résultats obtenus par le gouvernement du Sénégal à Paris après sa rencontre avec le groupe consultatif, il précise qu’« on ne revient pas du groupe consultatif avec de l’argent, on revient du groupe consultatif avec des promesses. Ce sont des engagements conditionnels. On se met sur la table et on discute. Lorsqu’on va au groupe consultatif, il y a les 600 milliards de l’Etat. Il y a aussi 600 milliards qui vont être décaissés en 2008, 2009 parce que déjà négociés. Seuls 900 milliards sont l’objet de nouveaux engagements ». Et de poursuivre ; « Il faut ensuite enlever les ressources de l’Etat, les sommes qui ont été engagées et qui restent à être décaissées et ne retenir que les nouveaux engagements. Après cela, Il faut appliquer un taux de correction de 80% et ensuite 70% pour des questions de taux d’absorption. Sur ce plan-là, le ministre de l’Economie et des finances a fait des choses extraordinaires. Le ministre a relevé le taux d’absorption à un taux important. Le Sénégal s’endette en apportant sa contribution comme dans toute banque », explique-t-il .


Auteur: Nettali - Le Monde

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