Gaspillage alimentaire au Sénégal : 60% des fruits et légumes finissent à la poubelle - 80% du lait suivent le même chemin

  • Source: : Lequotidien | Le 31 octobre, 2012 à 18:10:18 | Lu 14669 fois | 11 Commentaires
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Gaspillage alimentaire au Sénégal : 60% des fruits et légumes finissent à la poubelle - 80% du lait suivent le même chemin

Le gaspillage des produits alimentaires n’est pas une particularité des riches pays du Nord, puisque le Sénégal et d’autres pays du Sud en sont aussi affectés. La différence se situe dans la manière d’appréhender les problèmes.


Les Occidentaux en ont assez de gaspiller les ressources alimentaires du monde. Au-delà des structures privées et des personnes de bonne volonté, même les structures officielles des Etats européens commencent à s’engager dans cette lutte pour le changement des comportements alimentaires. En République fédérale d’Allemagne, ainsi qu’au niveau de la Commission européenne elle-même, des actions se mènent actuellement pour en finir avec le gaspillage.

Au ministère de l’Agriculture et du Cadre de vie de l’Allemagne, un service a pris en charge cette question, car le constat est amer. C’est 82 kilos de nourritures diverses qui finissent chaque année à la poubelle de chaque citoyen de ce pays. Un chiffre hallucinant.

Mme Julia Biele, dans son coquet bureau du ministère de l’Agriculture à Berlin, indique que dans ce lot, les fruits et légumes sont les plus importants, suivis dans l’ordre, du pain, de la charcuterie et des produits laitiers. Pour le gouvernement allemand, cela est un sérieux problème économique. S’adressant à des producteurs africains qui lui ont rendu visite, à la mi-octobre, dans le cadre de la campagne européenne pour la sécurité alimentaire et intitulée «Alimenterre», lancée par des organisations non étatiques établies en Belgique (Sos Faim), en République Tchèque (Glopolis) et en Allemagne (Fdcl), ainsi que par leurs partenaires des pays du Sud, Mme Biele a indiqué que cette lutte contre le gaspillage alimentaire devait être profitable aussi pour les producteurs des pays du Sud, en ce qu’elle permettrait à la longue, aux paysans d’Europe de ne produire que ce dont ils auront besoin et de cesser d’inonder le monde de produits bon marché.

Une note publiée par le Centre technique agricole de Wagenigen, en Hollande (Cta), indique que le gaspillage alimentaire ne touche pas que les pays développés. En ce qui concerne le monde en développement, «on estime que presque 65 % des pertes ont lieu lors de la production, de la transformation ou après les récoltes. Dans les pays industrialisés, le gaspillage alimentaire est observé au stade de la consommation. Les distributeurs aggravent encore la situation, notamment par le fait qu’ils rejettent des produits présentant les plus minimes «imperfections».

Le même document ajoute : «Un tiers des aliments produits pour la con­sommation humaine dans le monde est jeté ou gaspillé. Cela représente 1,3 milliard de tonnes, soit presque mille milliards de dollars Us. La quantité de nourriture jetée dans les pays industrialisés correspond à la production totale de l’Afrique sub-saharienne. A cela, s’ajoute le gas­pillage de ressources na­turelles utilisées pour produire cette même nourriture.» Le Sénégal n’échappe pas à la curée. Une étude de l’Institut sénégalais de recherches agricoles datant de 2008, soulignait que 60% de fruits et légumes produits localement finissaient à la poubelle, faute de moyens de conservation ou de systèmes de transformation. Le lait et les produits laitiers également, connaissent une forte déperdition, surtout en période hivernale, quand la production est généralement très importante. L’Isra signale que c’est 80% de la production laitière nationale qui est versée, faute de pouvoir être écoulée ou consommée. Au même moment, c’est plus de 80 milliards de francs Cfa environ que le pays consacre à l’achat de poudre de lait à l’étranger.

Le Sénégal ne fait pas pour autant figure d’exception avec ces chiffres. Le Cta indique les données suivantes pour les autres pays du Sud : «Selon des études récentes commandées par la Fao, ils concernent annuellement environ 30 % des céréales, 40 à 50 % des racines et tubercules, 30 % du poisson et 20 % des graines oléagineuses, de la viande et des produits laitiers. Au niveau mondial, 43 % à peine des fruits et légumes produits sont consommés. Les 57 % restants sont gaspillés.»

S’il est vrai que ces gaspillages en Europe et dans les pays du Sud n’ont pas les mêmes causes, la conséquence est que c’est souvent le travail des producteurs agricoles qui est mal récompensé. En Allemagne, les autorités ont décidé de lancer une campagne de sensibilisation de leurs consommateurs, pour les pousser à accorder plus de considération aux aliments qu’ils achètent. Des affiches sont préparées, montrant plusieurs sortes de nourriture, avec ce slogan : «Zu gut für die Tonne !» autrement dit, en français : «Trop bon pour la poubelle.»

Julia Biele, qui conduit la campagne, indique qu’elle va viser les catégories socio-professionnelles, les élèves, les entreprises, etc. Parce que le ministère allemand a pu établir, après une étude commanditée à l’Université de Stuttgart, la part de gaspillage de chaque couche de la population et la réponse à apporter aux besoins de chaque catégorie.

L’étude du Cta de son côté estime que la majorité des pertes et du gaspillage alimentaires est évitable, bien que les causes soient très variables. «Dans les pays en développement, plus de 40 % des pertes alimentaires ont lieu après les  récoltes et durant la transformation, alors que  dans les pays industrialisés, plus de 40 % des pertes sont observées lors de la distribution et de la consommation.» Citant la Fao, l’étude indique qu’en réduisant d’un quart à peine les pertes ou le gaspillage alimentaire, on pourrait nourrir 900 millions de personnes dans le monde.

Au Sénégal, comme dans la majorité des pays dits du Sud, les petits agriculteurs et pêcheurs sont les plus touchés par les pertes alimentaires, dues à des techniques de production et post-récoltes inadéquates, ainsi qu’à des infrastructures d’entreposage, de transformation, de refroidissement, de transport et de distribution médiocres. Le problème est particulièrement grave pour les produits périssables, qui se détériorent rapidement dans les conditions chaudes et humides de nombreux pays du Sud, lorsque les infrastructures d’entreposage ou de réfrigération sont insuffisantes.


Auteur: Mohamed GUEYE - (De retour de Berlin) - Lequotidien






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Commentaire (5)


Pombiterre En Octobre, 2012 (19:20 PM) 0 FansN°: 1
Analogie trop facile entre la réalité sénégalaise et celle des pays occidentaux....
Hhh En Octobre, 2012 (19:56 PM) 0 FansN°: 2
Je suis un etudiant , je veux etre un auto entrepreneur.Je veux me lancer dans la distribution de légumes.

Je souhaite avoir vos conseils , aide pour mettre en place cette firme de distribution de produits maraichères au senegal.

merci
Flex En Novembre, 2012 (10:16 AM) 0 FansN°: 1
demal diangui ba paré aprés on verra
Listo En Novembre, 2012 (12:27 PM) 0 FansN°: 3
La nature des problémes qui créent le gaspillage n'est pas du tout le meme entre l'Occident , l'Afrique et le Sénégal en particulier!

On l'a dit dans l'article, en Occident, le gaspillage se produit à la consommation soit par les consommateurs eux memes qui achétent plus que ce dont ils ont besoin, et sont finalement obligés de jeter les produits achetés, soit par les chaines de distribution, ellles memes, lorsque par mévente ou surstock, les produits atteignent leur Dlc, date limite de consommation, et donc périmés doivent etre jetés,

En Afrique, au Sénégal, quasiment tous nos produits sont confrontés à un probléme de conservation et que ce soient des produits fruitiers, maraichers comme des produits halieutiques et autres!

Notre problème premier est donc la maitrise de la conservation que soit par les techniques du froid, du séchage et du stockage!

Il nous faut également beaucoup de recherches pour améliorer la qualité de nos produits fruitiers et maraichers afin qu'ils soient plus résistants aux attaques d'insectes et autres orgnismes qui accélérent leur pourriture!

Déjà les conditions climatiques ne sont pas du tout les memes et tout le monde sait que la chaleur n'est pas du favorable à la conservation des produits d'ou l'importance et l'urgence d'avoir en continu et à bon marché, de l'électricité!

Ce n'est pas par hasard si l'Occident est allé jusqu'à créer des centales nucléaires pour la maitrise, le controle et la production et la founiture à bas prix de l'électricité!

Sans maitrise de ce cout de facteur, il y aura toujours du gaspillage alimentaire au Sénégalaise, car tout ne se séche pas, il nous donc des aires de stockage et du froid à - 20 degrés!!
Dd En Novembre, 2012 (07:53 AM) 0 FansN°: 4
Les veaux sénégalais ne boivent plus le lait de leur mère ?
Mme En Mai, 2013 (22:51 PM) 0 FansN°: 5
Les limites de distributions font problème assi. Y a des régions ou la population n'ont pas accès aux poisons frais .

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