Mercredi 24 Avril, 2019 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33
Top Banner
People

La directrice de Intelligences Magazine : Une Amy de l’intelligence

Single Post
La directrice de Intelligences Magazine : Une Amy de l’intelligence

Sur les réseaux sociaux sénégalais, il se dit que sa page facebook est la plus visitée de ce pays. C’est dire l’intérêt que suscite le personnage de Amy Sarr Fall, la patronne d’Intelligences Magazine, l’une des revues les plus luxueuses du paysage médiatique sénégalais, et qui se distingue par ses interviews-chocs. Bien que très connue et très suivie, peu de Sénégalais connaissent au fond qui est Amy Sarr Fall. Et elle tient elle-même à préserver son jardin secret. Il y a des parties de sa vie que Amy Sarr Fall tient à préserver du regard. Il n’empêche, l’entretien qu’elle accorde au journal Le Quotidien, à la veille du lancement aujourd’hui du Club Intelligences Citoyennes, et à l’occasion de la cinquième année du magazine Intelligences, montre un personnage altruiste, totalement engagé pour le développement de son pays et de son continent, et qui, marchant sur les pas de ses aînées, veut montrer que l’on peut être jeune, femme et Africaine, et avoir une mentalité de gagnante, et vouloir transmettre la même ambition à tous  les jeunes africains.


Bonjour Amy Sarr Fall. Vous êtes la patronne d’Intelligences Magazine qui fête son cinquième anniversaire et à cette occasion, vous préparez  la Grande rentrée citoyenne. De quoi s’agit-il et comment cela va se décliner ?


La Grande rentrée citoyenne est un événement qu’Intelligences Magazine a initié en 2012, à un moment où l’on observait une crise dans le milieu de l’éducation qui était marquée par des grèves et qui affectait le moral des parents et des étudiants. Notre objectif était alors de fédérer davantage autour des valeurs essentielles à la construction d’une Nation forte. Il fallait montrer à ces jeunes des exemples de parcours, mettre en avant des mentors. Des leaders dans leur domaine, pour dire à ces jeunes, «nous avons vécu l’année blanche. Nous avons eu à traverser des moments bien plus difficiles et pourtant à force d’abnégation, à force de courage et surtout à force de patriotisme, nous sommes là devant vous pour être cités en exemples». C’était une belle façon de les motiver, surtout en présence du Pr Mary Teuw Niane, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, qui a été à nos côtés depuis le début. Et la première édition a été tellement bien accueillie que nous nous sommes dit que ce serait dommage que cela ne soit pas inscrit dans le calendrier académique. Notre motivation est aussi venue de la confiance des chefs d’établissement qui ont inscrit leurs étudiants,  de la confiance des parents d’élèves qui, à travers leurs associations, se sont organisés pour rendre possible la participation de leurs enfants, mais aussi et surtout de la confiance des professeurs qui sont toujours présents aux côtés de leurs élèves. Nous avons également bénéficié de celle des pouvoirs publics qui se sont toujours montrés présents à cette manifestation que nous organisons sous le parrainage d’honneur de Sem Macky Sall, président de la République. Vous comprendrez que nous n’avions pas alors le droit de manquer la grande rentrée cette année. Je remercie la presse sans qui, nous n’aurions pas eu toute cette visibilité. Je remercie aussi le Peuple sénégalais d’avoir accepté la rentrée citoyenne qui cette année va célébrer sa 4ème édition.


Quelle sera la particularité de cette 4ème édition prévue ce lundi ?


Cette année marque le cinquième anniversaire d’Intelligences Magazine. Nous nous devons de redoubler d’efforts pour que cette confiance soit davantage méritée. Nous avons des mentors aux parcours très intéressants. Des mentors qui ne sont pas souvent devant la scène mais qui sont venus pour rappeler aux jeunes que nous sommes tous ensemble et que sans eux, le Sénégal ne se fera pas. Le Sénégal ne se fera pas sans sa jeunesse. C’est le message que nous allons tous lancer. En sommes, nous allons être nous-mêmes, des citoyens, conscients de leur potentiel et de la force de leur unité.


Au-delà de La Grande rentrée citoyenne, il y a aussi Intelligences Magazine, qui organise cette grande manifestation. Intelligences a un positionnement assez particulier dans le paysage médiatique sénégalais en ce sens qu’il sort de l’ordinaire. Et d’abord ce qui frappe, c’est son titre. Est-ce un appel à l’intelligence ou est-ce une façon de montrer que c’est le gisement de l’intelligence dans un nid où règne la médiocrité. 


Qu’est-ce qui justifie ce titre ?


(Rires) Ce n’est certainement pas votre deuxième proposition ! Intelligences, c’est d’abord une revendication. Revendiquer,  dans un monde où chaque peuple cherche à mettre en avant son intégrité, l’intelligence du continent africain dans la résolution des conflits, des problèmes qui affectent le monde aujourd’hui. On parle d’environnement, d’autosuffisance alimentaire, de paix durable, d’énergies renouvelables... C’est très important qu’on écoute de façon sincère ce que les Africains ont à dire. C’est cette revendication que nous portons aujourd’hui. Pour dire que l’Afrique a la possibilité d’être à la table de toutes les décisions qui l’affecteront. On a dépassé le stade où l’on décide pour l’Afrique. Nous ne sommes plus dans l’Afrique des années 60, 70 ou 80. Nous sommes à l’époque d’une Afrique connectée, avec un profil démographique unique. Où la jeunesse qui est sa plus forte opportunité est également sa plus grande menace. Si nous ne faisons pas attention, si nous ne trouvons pas les moyens de répondre à leurs aspirations, cette opportunité peut se transformer en cauchemar. C’est pour cela qu’il est important de mobiliser cette intelligence pour lutter contre le gaspillage intellectuel. Faire en sorte que chaque personne, chaque jeune ait le droit d’aller à l’école. On ne doit pas souffrir en allant à l’école. Et souvent, malheureusement, c’est ce qui se passe aujourd’hui. On a souvent des jeunes qui souffrent et qui marchent des kilomètres sous le soleil avant d’arriver exténués et avec une concentration réduite. Alors si la pénibilité se rajoute à l’épreuve d’apprentissage qui requiert déjà beaucoup de ces jeunes, il ne faudra pas s’étonner que le culte de l’excellence devienne pour certains inatteignable et illusoire.


Intelligences Magazine a pour vocation de rappeler davantage l’importance de développer l’intelligentsia africaine, l’importance de promouvoir le savoir à travers le partage d’expériences, à travers la valorisation de notre héritage qui est très importante, parce qu’avant de prétendre régler les problèmes de demain, il faut montrer que nous avons su régler ceux d’hier. Pourquoi pas revoir le programme d’histoire, pour que la contribution d’illustres leaders comme Cheikh Hamidou Kane, auteur de L’Aventure ambiguë, Pr Amadou Makhtar Mbow, ancien directeur de l’Unesco, ces bibliothèques vivantes, les anciens combattants, soit davantage mise en relief pour rappeler ce que l’Africain a fait pour son continent, et pour le monde. Nous avons tous un rôle à jouer pour éveiller la fierté panafricaniste chez nos jeunes. Qu’ils sachent qu’être Africain, c’est valeureux. Vous avez entendu quand Donald Trump  a choqué tout le monde en disant d’interdire aux musulmans d’entrer aux Etats-Unis. Demain, quelqu’un peut dire la même chose sur les Africains parce que nous avons été tellement stigmatisés. On a longtemps fait croire que c’est un continent pauvre. On ne regarde même plus l’Afrique comme les grands ensembles, comme plus d’une cinquantaine de pays. On regarde l’Afrique comme un îlot. Et cela n’est plus acceptable. Notre diversité est notre plus grande richesse.


Le lancement prochain du Club Intelligences Citoyennes a été annoncé. En quoi consiste ce projet ?


Le Club Intelligences Citoyennes, c’est d’abord un club de réflexion. Pour moi, quand on parle des Etats-Unis d’Afrique, quand on parle d’unité africaine, il faut d’abord une connaissance aiguë de l’Afrique par ses citoyens. Et c’est pour cela qu’on se dit, pourquoi ne pas, à travers une série de conférences et d’activités citoyennes, prôner des réformes au sein de la communauté africaine, à savoir la mise en place d’un baccalauréat africain. Il est temps que l’on ait un baccalauréat africain ! Et je vais m’y investir personnellement, car j’estime qu’on ne peut parvenir à une unité sans connaître l’autre. Vous aurez toujours des appréhensions en vous rendant en Afrique orientale ou centrale et celle du nord, si vous ne savez pas où vous allez, si vous ne connaissez pas ces pays, ce que vous avez en commun, ce que vous avez partagé ensemble que ce soit au 15ème siècle ou aujourd’hui. Et c’est très important, car aujourd’hui, il y a cette absence de connaissance de l’autre en Afrique. Un baccalauréat africain permettrait à la jeunesse de se rapprocher, de se comprendre voire travailler demain ensemble. On nous a divisés en suscitant une peur de l’autre. On a  bien trop souvent défini l’Afrique et les Africains à leur place, alors qu’aujourd’hui, il est incontestable que l’Afrique a ses experts, ses savants, capables de produire des livres, de créer de la richesse intellectuelle autour des acquis de notre continent.


Donc, si l’on veut une place dans le monde, il faut que l’Afrique soit davantage connue et que ce ne soit pas l’autre, qui  n’a jamais posé les pieds sur le continent, qui définisse l’Africain. A travers le Club Intelligences, nous souhaitons promouvoir le bilinguisme. On veut aussi que les pays africains aient l’anglais comme 2ème langue.  C’est important que les Africains puissent communiquer entre eux et s’il y a l’anglais et le français, on peut prétendre à des Etats-Unis d’Afrique et on aura l’Afrique orientale qui pourra communiquer avec l’Afrique occidentale. Il faut aussi que les jeunes soient conscients de leur rôle d’acteurs, plutôt que de spectateurs et qu’ils savent que l’Afrique se fera à travers leurs actions, le service communautaire,... Les jeunes doivent également œuvrer pour leurs quartiers, leurs écoles. Le Club Intelligences Citoyennes souhaite servir les professeurs afin d’organiser des activités sociales parascolaires. Au sein des milieux défavorisés, le Cic offrira des ordinateurs, du matériel pédagogique,… On le fait déjà mais il faut demander à plus de personnes d’être là, pousser des entreprises à donner des bourses et promouvoir le coaching. Œuvrer pour la paix, la promotion de l’éducation et le développement du leadership féminin. Nous ne serons pas dans la promotion de la parité mais de la reconnaissance du talent, de la valorisation du talent, de la méritocratie.


Qui compose l’équipe du Club ?


Pour le moment c’est l’équipe d’Intelligences Magazine. Le Club sera ouvert à tous ceux qui se considèrent non pas comme des spectateurs, mais des acteurs de développement. On ne doit pas tout attendre des pouvoirs publics et on ne doit pas avoir une vision attentiste du développement. Sur les réseaux sociaux, on est suivi en Côte d’Ivoire et dans bien beaucoup d’autres pays ; d’où l’ambition de faire du club, une plateforme internationale.


Comment avez-vous fait pour atterrir dans le monde des médias ?


J’ai toujours aimé les magazines. Quand j’étais étudiante à Paris, c’était, au-delà de mon passe-temps, ce qui me tenait le plus compagnie. Je déplorais le traitement qui était fait de l’Afrique. Je voyais l’absence de l’Afrique dans les titres des magazines internationaux et en même temps j’ai cette passion pour l’actualité politique, américaine, européenne, africaine et tout ça m’a poussée à écrire. De plus, J’ai beaucoup de respect pour cette profession. Regardez un peu dans le monde les plus grands changements, les plus grandes révolutions, c’est parce que la presse a été là pour le Peuple. Moi, je veux faire partie de cette presse qui est là pour le Peuple. C’est ça intelligence, toutes les activités que nous faisons, c’est pour être là pour le Peuple. Pour moi, c’est un outil capable de changer les choses, d’émanciper les consciences.


C’est un challenge dans un environnement plein de morosité, où quasiment le support papier ne marche plus. Vous faites non seulement un journal de qualité dans le fond et dans le contenu, mais aussi dans la présentation. C’est beaucoup d’argent. Est-ce que c’est rentable  financièrement ?


C’est vrai que c’est très difficile de rentabiliser un journal. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de personnes qui commencent et qui arrêtent. J’aurais aimé que nous puissions avoir davantage de magazines thématiques, mais le contexte ne s’y prête pas toujours. Je dois aussi remercier les lecteurs,  parce qu’ils sont assez fidèles et aujourd’hui nous parvenons à bien vendre le journal. Le journal est très présent et nous sommes en train de travailler pour internationaliser le support. Et nous souhaitons que Intelligences soit positionné comme un magazine qui traite de l’actualité  internationale et qui puisse être distribué dans le monde francophone. Nous y travaillons depuis un bout de temps maintenant et j’espère qu’avec l’aide de Dieu, très bientôt Intelligences va pouvoir être visible dans tous les pays francophones.


En parlant de visibilité, ça ne vous gêne pas que si Intelligences est connu c’est plus par la personne de sa fondatrice, que par le support lui-même ?


Je pense plutôt que c’est le contraire ! Moi, je pense que les gens se sont intéressés à la personne de Aminata Sarr Fall grâce à Intelligences Magazine. Au tout début en 2010-2011, les gens ne me connaissaient pas. Ils voyaient mon édito, mes entretiens, etc. Je me souviens qu’à l’époque, lorsque qu’on a interviewé le Dalai Lama, les gens voulaient en savoir plus. Nous étions allés à 5 000 m d’altitude, dans la résidence du Dalai Lama qui se trouvait dans l’Himalaya, pour interviewer quelqu’un qui n’est  pratiquement jamais interviewé. Mais ça, se sont les lecteurs qui l’ont rendu possible par leur confiance. Mais je pense que c’est Intelligences Magazine qui a suscité  une certaine curiosité, au regard des entretiens, des événements organisés. Vous vous souvenez peut-être des cinquante femmes sénégalaises leaders d’exception, ou de certains événements que nous avons eu à faire et les gens se sont intéressés à qui est derrière. Petit à petit des gens nous ont soutenus, notamment a travers les réseaux sociaux.  Personnellement on ne s’attendait pas à avoir tout cet élan de soutien et nous en sommes vraiment très reconnaissants.


Vous avez parlé de qui est derrière le magazine. Qui est derrière le nom Amy Sarr Fall ?


Derrière le nom Amy Sarr Fall, il y a juste une jeune citoyenne qui a visionné un projet, créé un magazine et à travers celui-ci,  organisé des activités citoyennes. Je peux comprendre que des gens se posent des questions. Mais c’est vraiment une aventure familiale. J’ai commencé ce journal avec le rêve de servir, l’envie de servir et c’est ce qui a continué jusqu’à aujourd’hui.


Est-ce que vous ne pouvez pas essayer de faire des médiations pour dénouer les crises qui secouent le système éducatif ?


Il m’arrive de faire des médiations mais de façon privée. Vous savez, nous avons intérêt à être tous ensemble autour de la promotion de l’éducation, car c’est un  combat qui touche tout le monde. Aujourd’hui, si l’on veut avoir plus de lecteurs, on a intérêt à ce que les gens puissent lire le journal.


Si l’on veut se développer, on a intérêt à former des ingénieurs. Regardons tous ces  pays asiatiques qui, il y a quelques années, étaient plus pauvres que le Sénégal et qui aujourd’hui sont parvenus à un essor fulgurant. Pourquoi ? Parce qu’ils ont décidé de construire des écoles polytechniques. Ils ont parmi les meilleurs ingénieurs au monde. J’aimerais tant qu’il y ait plus d’écoles polytechniques au Sénégal. Il faut donner aux jeunes l’envie d’être des ingénieurs. Ce sont eux qui développent les pays aujourd’hui. Ce sont eux qui vont réfléchir pour savoir comment parvenir à l’autosuffisance alimentaire de façon mesurée, scientifique, logique et calculée. C’est eux qui vous diront comment faire pour avoir de l’eau, pour optimiser l’exploitation de nos ressources minières, irriguer nos champs, sinon d’autres le feront à notre place. Il faut promouvoir ce métier, sa diversité d’options et nous allons personnellement nous investir dans la promotion des matières scientifiques en 2016. Pour moi, pour développer le Sénégal, il faut diversifier les filières. Montrer aux jeunes qu’au delà de la gestion, du marketing, de la communication, il y a des belles opportunités de carrières qui peuvent s’ouvrir à eux à travers la finance et les matières scientifiques.   


Vous êtes tant dans un milieu d’hommes, et vous êtes la seule femme patronne de presse. Ce qui vous donne de la visibilité et de la responsabilité, mais le message que vous lancez, ne serait-il pas plus audible si vous preniez des initiatives dans le domaine de la régulation des médias ?


Je suis peut-être la seule femme aujourd’hui. Mais, il y a eu d’autres braves femmes avant moi, qui ont permis par leur exemplarité, par leur courage à des femmes comme moi, aujourd’hui d’être là. Je pense à une femme en particulier. Je ne suivais le journal télévisé que pour la voir et c’est Madame Elisabeth Ndiaye, que je n’ai jamais rencontrée. J’espère qu’elle lira cet entretien et que j’aurai la chance de la rencontrer. Il y a eu quand même des femmes dans ce milieu. Je pense à ma Mamie Annette Mbaye D‘Erneville, première femme journaliste qui m’avait donné l’opportunité, l’honneur de l’interviewer dans les premiers numéros d’Intelligences. Et qui m’a beaucoup conseillée. Les femmes ont laissé leurs traces dans ce milieu, donc mes sœurs et moi sommes héritières de leurs efforts, de leur engagement. Alors, oui ! Le respect et l’admiration que je voue à ces grandes dames, fait que je ne veux pas les décevoir et que la meilleure façon d’honorer leur contribution est de mesurer à juste titre, cette responsabilité. Je ne prends rien pour acquis. J’estime que tout ce à quoi nous sommes parvenus à Intelligences, c’est parce que nous avons toujours refusé l’individualisme. Nous nous sommes toujours dit qu’on réussit mieux quand on est ensemble. Nous avons été soutenus par des confrères et des consœurs. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être une concurrente. Au contraire, je me sens redevable à l’endroit de toute la presse sénégalaise car ils ont toujours été là pour nous accompagner.   


Le milieu des médias demande-t-il un peu de remise en ordre ?


C’est un milieu qui demande beaucoup de remise en ordre. Et je pense que le débat serait beaucoup plus fructueux, si nous n’étions pas susceptibles face justement à certaines de ces critiques qui sont tout à fait légitimes. Je réfléchissais sur comment on peut motiver un jeune qui voit son père ou sa mère se lever chaque jour à 5h du matin pour être au bureau, travailler, s’occuper en même temps de la famille et  qui est découragé parce qu’il y a cette suspicion autour de sa réussite, qui fait à la limite qu’on a peur de réussir. Et surtout, il y a ces calomnies parfois, sur les fora, où les gens sont capables et ont le droit de sacrifier la réputation d’une personne sans aucune raison, sans aucun justificatif, dans l’impunité la plus totale. Combien de familles sont détruites aujourd’hui au Sénégal à cause de ces commentaires anonymes ? C’est important de critiquer. Tout ce que j’ai réussi, je l’ai réussi parce que j’ai accepté les critiques et je me suis améliorée. Mais, c’est important que nous aussi nous sachions que, de la même manière que nos familles comptent pour nous, les autres tiennent aussi à leurs familles. C’est très important lorsqu’on revendique, de ne pas oublier les revendications des gens pour qui nous travaillons, à savoir nos lecteurs. Je sais, pour avoir beaucoup échangé avec des dirigeants de presse, qu’eux-mêmes sont dépassés et qu’ils essaient de réguler autant qu’ils peuvent. Donc aujourd’hui, ce ne sont pas eux, les principaux responsables, ce sont des personnes qui se permettent de détruire le travail, de détruire la réputation, de détruire la famille d’autrui dans l’impunité la plus totale.


Ce serait intéressant si vous portiez ces problèmes en dirigeant le Cdeps, qui n’arrive pas à trouver de président ?


Il faut rendre hommage au président Madiambal Diagne qui a vraiment amené le Cdeps à un très bon niveau. Il a fait un très bon travail dans le Cdeps. Beaucoup de réformes ont été prises dans le secteur de la presse grâce à lui. Je pense qu’il y a d’autres personnes qui sont capables de faire ça mieux que moi et je suis prête à les soutenir dans leur travail.


Vous avez peut-être peur de vous mettre en avant. Il paraît que vous êtes assez difficile à manipuler si l’on  veut être très diplomate. Il paraît que vous défendez votre position avec beaucoup d’énergie.


(Elle éclate de rire). Pourtant, je suis d’une très grande souplesse ! Vous savez, c’est important d’avoir des convictions. A mes débuts, mes parents m’ont dit quelque chose qui m’avait touchée : ils ont dit : «Ce journal que tu as entre les mains, est comme une arme à feu. Quand tu écris, il faut savoir que ta plume peut détruire de façon irréversible.» Cela a été ma plus grande préoccupation dès le départ. Je me suis dit que peu importe ce que je ferai et sur quoi je m’engagerai, je ne vais pas m’associer à quelque chose capable de détruire la vie ou l’œuvre de qui que ce soit. J’ai donc concentré mon énergie à dénoncer nos vrais problèmes. Les seules choses qu’il faut absolument détruire aujourd’hui, c’est la pauvreté, la famine, la maladie et tous ces maux qui bloquent l’Afrique et menacent sa jeunesse.  Aujourd’hui, tous mes combats tournent autour de ça. Tout ce que ce je peux faire pour alléger la souffrance de certains étudiants, de certains élèves qui vont à l’école et veulent réussir mais qui se retrouvent souvent dans cette solitude parce qu’ils sont mal compris.  C’est pourquoi on me voit souvent dans les écoles, échanger avec les jeunes parce que j’estime qu’on a un devoir de dialogue avec eux. Aujourd’hui, on est étonné de voir des jeunes rejoindre les mouvements extrémistes.  Mais la seule chose que ces gens ont faite pour les recruter, n’est-ce pas de leur parler ? Ils ne sont pas venus au Sénégal ; ils ont juste parlé avec eux.  C’est pour vous dire comment les mots ont un pouvoir. Les mots peuvent transcender les souffrances et les craintes des personnes. Moi j’ai reçu dans ce bureau tellement d’étudiants. Je suis allée rencontrer tellement d’étudiants. Je vais vous dire que je n’ai pas vu un seul étudiant chez qui j’ai constaté une absence de patriotisme ou d’engagement. Je vous assure que ces jeunes veulent réussir. Parfois, certains peuvent avoir des personnalités difficiles mais ils veulent réussir. Alors quand on a cette envie de réussir et qu’on est bloqué, on peut craquer. Il faut s’assurer d’être là-bas quand ils craquent. Alors qu’il s’agisse des parents ou des professeurs, des pouvoirs publics, des journalistes, des amis, il faut savoir leur remonter le moral à temps.


Vous êtes une femme noire, africaine, ressortissante d’un pays pauvre. Le regard que les autres posent sur vous ne constitue-t-il pas une entrave pour vos ambitions ?


(Hésitante). Bien sûr qu’il y a des obstacles, mais il faut savoir les surmonter, sinon la vie n’aurait pas de sens. Il y a quelques années, j’avais été victime de diffamation et j’en étais effondrée. Je n’étais pas préparée à ce genre de chose et cela peut vous briser le moral. Je me suis dit : «Je n’ai pas envie de vivre ça.» J’ai créé une page facebook pour voir ce que les gens pensent vraiment de moi, de la façon la plus honnête possible, parce que là il y a des gens qui assument leur identité. Dieu merci, le soutien était tel que je n’osais plus baisser les bras.


Votre page facebook est très visitée…


Grâce à mes concitoyens, qui me font confiance et qui veulent m’encourager. Ce sont les jeunes files qui me touchent le plus. Certaines m’ont confié avoir songé à renoncer à leurs études  mais que grâce au travail que nous faisons, elles veulent désormais retourner à l’école.  Je me suis dit que si à travers ce qu’on fait, aussi modeste que ce soit, nous sommes parvenus à changer  une seule vie et aider à construire un seul avenir, cela vaut la peine de continuer. C’est ce qui explique tout ce qu’on fait. Quand on est femme, c’est vrai que lorsqu’on n’a pas un soutien familial fort, on peut facilement renoncer. Et je sais que beaucoup de femmes ont peur d’être devant parce qu’elles ont vu leurs sœurs ou des amies avoir leur vie brisée parce qu’elles ont été au-devant de la scène. Vous savez, une personne seule ne pas construire le Sénégal. C’est simplement cette aisance dans l’individualisme, cette capacité à penser qu’on peut réussir seul qui donnent à certaines personnes la liberté d’attaquer autrui de façon complètement diffamatoire, injustifiée et imméritée. Je parle au nom des femmes et des hommes de ce pays qui y sont confrontés et sont victimes de cette impunité. Ils se gardent de porter plainte car ne voulant pas créer de polémiques. Il est temps que l’on mette en avant notre unité, qu’on comprenne que l’on ne peut aller l’un sans l’autre.


Quand on sait qu’aucun jour ne nous est promis, acceptons sans consensus que l’homme est le remède de l’homme. Un remède, on ne sait jamais quand on en a besoin. Personne ne peut prétendre être parfait, moi qui vous parle, j’ai énormément de défauts que j’essaie de corriger tous les jours, mais je sais que comme tout le monde, j’ai le droit d’essayer et de me tromper et j’ai le droit de compter aussi sur mes concitoyens pour m’aider à me relever et pas à me pousser en bas lorsque je trébuche. Presque tout ce qu’on fait, on le fait les uns pour les autres grâce aux autres, et c’est cette mentalité que j’aurais tant aimé voir prévaloir aujourd’hui au Sénégal. On stigmatise, on crée un climat de suspicion envers certaines personnes. On pense souvent que la réussite ne peut pas être le fruit d’un travail, d’un combat. On pense que les gens réussissent parce qu’ils ont comploté, magouillé ou été pistonnés, etc. Quand j’ai créé le magazine Intelligences, qu’est-ce que les gens n’ont pas dit ? Comment j’ai lutté contre tout ça ? Par le travail.


Article_similaires

15 Commentaires

  1. Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (22:25 PM)
    Affaire de marketing n'a jamais fait avancer un pays. Il faut aller cultiver les terres. Les belles phrases depuis senghor n'ont rien donné comme resultats
  2. Auteur

    Pas Clair

    En Décembre, 2015 (08:14 AM)
    Toujours pas clair qui est derriere. Produit fabrique et finance.
    • Auteur

      Adama Sy

      En Décembre, 2015 (05:40 AM)
      j'ai ta réponse : des gens qui aiment leur pays. amy sarr est une battante comme j'en ai jamais vu. elle ne va nulle part où elle n'est pas invitée. tous les jours des gens sont cités plusieurs fois dans la presse je ne vois pas en quoi son engagement doit vous gêner autant sinon que cest de la jalousie maladive. mais enfin même le prophète psl avait des ennemis. mais on ne peut pas arrêter la mer par ses bras. li mbirou yalla le sama way. toute l'afrique nous l'envie ! allez apaiser votre haine c'est mieux ! amy si tu lis ce message continue grâce à toi moi je crois davantage en moi ! je tadooooooooooore! koumounekhoul talal gaz tokk si! ces anonymes qui n'auront ce forum comme seul moment de gloire faut les laisser dans leur triste solitude et prier pour eux ! je sais qu'ils te feront pas baisser les bras !
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (10:13 AM)
    Effectivement cette femme nous pompe l'air. Elle n'a aucun merite. Que du lobbying de son père et sa mere pour atteindre le sommet.

    Ca ne me surprendra pas si un jour elle sera ministre.

    Sa mere soit disante manager en aviation a été viree de SAA son père vendeur de costumes est le plus grand trafiquant d'influence.

    Attention y a des femmes de media qui sont plus méritantes mais a chaque c est des pubs mensongeres. arreter
    • Auteur

      Seynabou

      En Décembre, 2015 (06:09 AM)
      ce qui est sur toi, c'est que tes parents n'avaient pas ton temps car sinon tu serais pas là à insulter les parents d'autrui! khana tu n'as pas de vie? khana tu manques d'affection? tu n'as rien d'autre à faire que de bouillonner de haine et de méchanceté comme toi. moi je vais te dire, toi tes parents étaient méchants ou désespérés! ils ont du t'abandonner dans une rivière et t'a du être sauvé par des mercenaires! voila d'où tu tires ta méchanceté! je sais pas ce que tu as fait au bon dieu pour mal naître mais tu dois beaucoup prier! tu ne peux que signer anonyme vu que tu n'as rien accompli dans ta vie!
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (10:23 AM)
    Arrreter ce lobyying sur cette femme elle n'est pas plus méritante que ces paires.

    Elle n'a rien prouver.

    Khana khaliss rek di diaye bopam si media yi
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (10:26 AM)
    C'est bien de faire une promotion tout azimut , mais la c'est trop et c'est a la limite ridicule.Les gens commence a s'interroger le pourquoi de tout ce lobbyng autour de cette femme inconnue!
    • Auteur

      Ridicule

      En Décembre, 2015 (11:38 AM)
      en tant que femme dans la presse, je suis dégoûtée par cette femme qui ne fait que se faire sa propre publicité du matin au soir avec l'aide de son con de père. franchement, madame, arrête de nous pomper l'air stp et réalise des choses concrètes. merci.
    • Auteur

      Seynabou

      En Décembre, 2015 (05:22 AM)
      si vous allez jusqu'à être dégoutée c'est vraiment parce que vous êtes mal dans votre peau. je ne sais pas en quoi son travail remarquable vous gêne. elle n'a fait que mener des actions légitimes qui ont attiré l'intérêt d'autrui comme ce fut le cas pour des dames comme fatou sow sarr etc. dans d'autres domaines. je pense qu'il faut savoir raison garder, la haine n'a pas de sens. elle a juste sa page qu'elle anime, si tu n'aimes pas t'es obligé de suivre. nous on aime, on suit. vraiment la jalousie tue. l'énergie que vous dépensez à l'attaquer peut vous servir, mais être dégoutée par une personne, c'est être vraiment malade intérieurement. mais enfin on dit pareil de tous ceux qui réussissent dans ce pays.
    Auteur

    Boy Thiès

    En Décembre, 2015 (12:32 PM)
    Woo leen Massaly
    Auteur

    Dommage

    En Décembre, 2015 (14:53 PM)
    Elle n'a pas fait ses preuves, trime comme ses collegues journalistes qui ont appris le metier et gagne de l'experience. ca sent le tout fabrique, tout pret et soutenu a bloc par des lobby.
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (15:23 PM)
    VRAIMENT ELLE NOUS POMPE L AIR ELLE N A AUCUN MERITE N EST PAS JOURNALAISTE ET VEUT SE DONNER UN STATUT QQU ELLE N A PAS. ELLE EST BETE SI ELLE CONNAISSAIT UN TANT SOIT PEU LA COM ELLE SE RENDRAIT COMPTE QUE CETTE STRATEGIE N EST PAS OPERANTE. TRAVAILLE MA CHERE ET ARRETE CES COUPS DE COM TU DEPENSE INUTILEMENT DE L ARGENT
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (15:33 PM)
    Ca sent la jalousie a des km. Remballez vos haines. Cette femme est une fierte pour le peuple.
    Auteur

    Coul

    En Décembre, 2015 (17:19 PM)
    Diificile parfois de dissocier critiques et méchanceté.



    sénégal mome wakh rék



    Penser à essayer de faire comme elle ba kham!

    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (17:48 PM)
    intelligente peut etre, humble pas du tout, elle se prend pour le centre du monde elle ne voit pas qu'elle nous pompe l'air :thumbsdown: 
    Auteur

    Ouzin Lo - Ny

    En Décembre, 2015 (19:09 PM)
    A tout Seigneur tout honneur... Rendons a Cesar ce ki appartient a Cesar - PARDI -



    Man daal Senegalais djakhal ngen ma. Cette dame a le merite de creer un espace de reflexion, d`analyse, et de pensee; federer et de crystalliser les motivations des personnes vulnerables ke sont les etudiants, les petites gens modestes.

    Elle a au moins cette vision inclusive d`associer les autres coins de l`Afriqe dans une plate forme intellectualiste pour en extraire les motivations dessillees et consistantes. Ses parents com les notres n`auront apporte ke leur modeste contribution dans son entreprise a ELLE; alors en koi cela peut il deranger ?? djaka dja ngini kou meun na noodd-



    Bon Dieu...Elle essaie et tant mieux si elle a le soutien de de gens bien assis socialement... moi je pense ke c`est tres valorisant de faire la promotion du livre, du savoir, et de l`Organisation-Methodologie.



    Entre nous en koi le culte de sa personne peut vous deranger sou feke fess ngen seniy palass ? Li katt mou ngi nourou khol bou Tang ci alalou djambour. Elle invite ttes les bonnes volontes a positiver et a defendre le pavillon AFRICA...c`est tres noble et franchemt mobilisateur... Aiwa Yeurmandee nakk....



    En ts cas Mme Sarr vous avez tt mon soutien. Enrollez moi parmi vos personnes ressources et j`apporterai ma modeste contribution. l`ll do my best to get in touch with yr organization.

    Peace n GOD Bless y`all.
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (23:09 PM)
    Non franchement y'a des gens soxor dans ce pays Amy sarr fall fait tout pour encourager les jeunes qui ne savent pas où mettre les pays et en tant que sénégalaise, elle a le droit de créer son magazine trés intéressant qui relate ce qui se passe dans notre planéte soxor baaxul niakeuh kersa la mem choz ce n'est pas votre bléme si c sa mère ou son père qui font du lobbying au contraire il faut reconnaitre cette femme a la chance d'avoir des parents qui mettent leur enfant dans le droit chemin.
    Auteur

    Anonyme

    En Décembre, 2015 (23:12 PM)
    Non franchement y'a des gens soxor dans ce pays Amy sarr fall fait tout pour encourager les jeunes qui ne savent pas où mettre les pieds et en tant que sénégalaise, elle a le droit de créer son magazine trés intéressant qui relate ce qui se passe dans notre planéte soxor baaxul niakeuh kersa la mem choz ce n'est pas votre bléme si c sa mère ou son père qui font du lobbying au contraire il faut reconnaitre cette femme a la chance d'avoir des parents qui mettent leur enfant dans le droit chemin.
    Auteur

    @a

    En Décembre, 2015 (08:38 AM)
    MANIPULATION REK POUR ETRE MINISTRE NAKHATE MO FI DIEKH
Banner 01
Top Banner
Banner 01
Banner 01

Seneweb Radio

  • RFM Radio
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • SUD FM
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • Zik-FM
    Ecoutez le meilleur de la radio