Législatives : Les paradoxes d'une campagne

  • Source: : Seneweb.com | Le 16 juillet, 2017 à 12:07:56 | Lu 2929 fois | 17 Commentaires
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Momar Seyni Ndiaye, Analyste politique

Rarement ou même jamais dans l'histoire politique du Sénégal, campagne électorale n'aura été aussi paradoxale ! Alors que les enjeux socioéconomiques sont d'une grande acuité, l'essentiel des joutes électorales, pourrait porter sur les dysfonctionnements du processus électoral. En effet, en l'état actuel, l'incertitude plane sur la tenue du scrutin.

Des millions d'électeurs ne sont pas encore en mesure d'entrer en possession de leur sésame. Et pourtant, l'actualité fourmille de thèmes porteurs. Le délitement de l'Assemblée nationale, les politiques publiques, les mesures sociales engagées par le gouvernement, l'échec de la loi sur les locations domestiques, le houleux débat sur le pétrole, les pénuries d'eau, la crise scolaire et universitaire, le pillage du littoral de Dakar, la limitation des droits constitutionnels en matière de manifestation, l'accaparement des médias d'État et notamment de la RTS, tous ces sujets auraient pu alimenter les meetings, les débats médiatiques.

Dysfonctionnements

Il n'en sera pas ainsi, parce que tout simplement, le processus électoral est menacé et suscite beaucoup de préoccupations parmi les acteurs politiques et les électeurs. Les élections législatives étant un scrutin intermédiaire entre deux présidentielles, elles peuvent conditionner la formation du futur gouvernement, en cas de victoire de l'opposition. Et pourtant toutes ces questions seront occultées par les dysfonctionnements en cours dans le processus.  La tonalité des premiers discours le montre ostensiblement.

Il est vrai, notre parcours démocratique, au cours de ces dernières années a été souvent jalonnée de graves péripéties, ayant des fois conduit à d'innommables formes de violences, jusqu'à mort d'hommes. Il faudra certainement remonter jusqu'à 1983, lors des premières élections présidentielles sous l'ère Abdou Diouf, pour trouver une situation comparable en termes de confusions et de dysfonctionnements dans le processus électoral.

Devant une production et une diffusion chaotique des cartes d'électeurs, le pouvoir qui avait à cœur de remporter cette prime bataille, a décidé que seule la carte nationale d'identité suffisait pour voter. Des centaines de milliers de cartes circulant dans des réseaux informels, des citoyens malveillants pouvaient ainsi disposer de lots de cartes d'électeurs et voter à satiété. Des jeunes étrangers à peine âgés de 15 ans étaient inscrits sur les listes et s'en donnaient à cœur joie pour mettre des dizaines de bulletins dans les urnes, après avoir été transportés gratuitement par des mécènes de circonstance, et fortement rétribués. La suite c'est plusieurs années de contentieux post-électoraux.

Contentieux

En 1988, à peine ces toxines lavées du système qu'apparaissent les fameuses procurations produites à la pelle, et utilisées à fond par le pouvoir comme le PDS, pour permettre à des bataillons d'électeurs fictifs de voter sans la moindre légitimité. De nouveau, le Sénégal est plongé dans la crise post-électorale qui ne trouvera une accalmie qu'avec la mise en place de la commission cellulaire sous la houlette du valeureux magistrat Kéba Mbaye. Un consensus est réalisé sur le respect des standards démocratiques et des normes de fonctionnement politique apaisé.

En 1993, en dépit de l'assassinat de Me Seye, Abdou Diouf dans la douleur, gagne les élections. La formidable percée des libéraux, et la systématisation de la déclaration préalable pour les manifestations politiques, permettent de conquérir de nouveaux bastions de liberté. Cinq ans plus tard, un observatoire des élections figure dans le dispositif électoral, et le ministère de l'Intérieur échoit à un militaire, le général Mamadou Niang. Les difficultés notées dans les élections législatives de 1998, permettront d'apporter de nouveaux correctifs.

En réalité les améliorations enregistrées sont d'une telle prégnance que deux ans plus tard, en 2000, le pouvoir perd les élections. Le règne de Diouf s'achève amèrement au moment où, notre système électoral garde sa valeur exemplaire. Nombre de ses partisans lui reprocheront plus tard d'avoir accordé trop de concessions à l'opposition et la libéralisation du système électoral. Le Président Kéba Mbaye et le général Niang de l'Onel seront particulièrement indexés, pour ne pas dire, accusés de complicité passive avec l'opposition.

Recul

Tous ces acquis seront passés par pertes et profits sous le régime libéral. Le limogeage du général Niang du ministère de l'Intérieur et les dizaines de retouches de la constitution (une quarantaine en douze ans), auront mis totalement défiguré notre dispositif électoral.

En 2007, le ministère de l'Intérieur prolongeait la durée des élections à Fatick, une ville où le Premier ministre de l'époque vote sans sa carte d'identité. L'instauration de la parité dans les fonctions électives n'est effective pas sur l'ensemble du territoire. Les tentatives fort heureusement avortées de supprimer le quart bloquant et d'organiser constitutionnellement une dévolution monarchique du pouvoir ont asséné de rudes coups à notre système électoral. Les consensus réalisés sur la refonte partielle du ficher électoral n'apporteront rien de substantiellement important dans le nettoyage de ce fichier.

Après 2012, les dysfonctionnements foisonnent, en dépit des promesses de rupture faites durant la campagne des présidentielle.

La refonte totale du fichier électoral a créé un incroyable charivari dans le pays. Le nombre d'inscrits est passé à 6,5 millions, mais jamais autant de cartes ne pourront être produites avant le 30 juillet, nouvelle date des élections pourtant légalement arrêtée pour le 10 juin. En plein hivernage particulièrement si précoce, un choix ne pouvait être aussi incongru et si gros de risques de dérapages.

Aujourd'hui, près d'un million et demi d'électeurs pourraient ne pas voter faute de carte. L'opération de refonte annoncée en octobre 2016, ne trouvera pas son terme avant le 20 juillet, moins de dix jours avant le vote. Et pourtant l'adoption du référendum du 20 mars 2016, avait permis de mettre en selle, pour la première fois, des listes indépendantes aux législatives. Cependant, la montagne risque d'accoucher d'une souris. Les indépendants sont non seulement la portion congrue, mais leur crédibilité est sujette à caution. De lourds soupçons de financements occultes pèsent, en effet, sur eux.

Tares graves

L'absence de capacités à gérer les processus électoraux et de planification des activités essentielles du vote, apparaissent comme des tares graves de notre démocratie, notamment, au cours de ces de ces dernières années. La dernière modification opérée sur le secret du vote (choix d'au moins cinq bulletins), sonne comme un nouveau coup de couteau porté au processus électoral.

Toutefois, la radicalisation d'une partie de l'opposition significative sur cette question paraît cependant aussi insensée que l'absurde modification à quelques encablures du vote. Le taux d'abstention anormalement bas lors des dernières législatives (35 %), devait amener l'opposition à accepter une entente sur la modification de l'article 78. Il n'est pas prouvé que le protocole additionnel de la CEDEAO, une structure supranationale, est supérieure aux lois de notre pays.

La tentative échouée de remettre au goût du jour le syndrome du M23, affaiblit l'opposition et sonne comme une tempête dans un verre d'eau. Ces élections risquent d'afficher le taux d'abstention le plus élevé dans l'histoire du Sénégal. Et pourtant, le fichier électoral enregistre le plus grand nombre d'inscrits jamais atteints dans notre histoire politique.

La campagne est lancée dans un climat d'incertitude, qui obère les vrais enjeux dans un pays, qui affiche de bons résultats macroécononiques, alors même que de nombreux projets du PSE sortent de terre et pourraient enfin contribuer à l'inclusion de la croissance que les Sénégal attendent avec une forte et compréhensible impatience.


Auteur: Par Momar Seyni Ndiaye, Analyste politique - Seneweb.com






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Commentaire (6)


Lynx En Juillet, 2017 (12:51 PM) 0 FansN°: 1
Le grand mal de nos POLITICIENS c'est qu' ils veulent penser á notre place : ils sont trop prétentieux ápres coup .
Gront National Sénégal Sunugal En Juillet, 2017 (04:58 AM) 0 FansN°: 1
oui en termes de paradoxes, de paradigmes et
de parallélismes de forme ou de fond oui nous
sommes tous responsables de ce qui est arrivé
en termes de constat incontestable irréfutable

oui en termes de paradoxes, de paradigmes et
de parallélismes de forme ou de fond oui nous
sommes tous responsables de ce qui est arrivé
en termes de constat incontestable irréfutable




oui en termes de paradoxes, de paradigmes et
de parallélismes de forme ou de fond oui nous
sommes tous responsables de ce qui est arrivé
en termes de constat incontestable irréfutable
Reply_author En Juillet, 2017 (04:59 AM) 0 FansN°: 1
tous resaisissins-nous
Reply_author En Juillet, 2017 (05:05 AM) 0 FansN°: 1
au nom de nous tous comme de chacun de nous tous
Vérité38 En Juillet, 2017 (12:54 PM) 0 FansN°: 2
Drame à Demba Diop



L’Etat fera ou pas, à suivre. Mais nous sommes-nous poser la question de pourquoi le mur est tombé ? Le bâtiment du stade tétait-il aux normes de sécurité requise? Oui il faut que l’Etat réponde à ses questions et nous apporte la lumière. Par ailleurs, je trouve inconcevable qu’il y’ait des drames de ce genre dans un Etat de droit. Comme je ne cesse de le répéter, l’urgence et de refonder notre modèle social et économique. Priorité à l’éducation, construire des bases solides, aider les citoyens à redevenir citoyens. Quant aux jeunes, il faut les orienter, les suivre, les responsabiliser au respect, à la tolérance. Agir avec rigueur et efficacité en maintenant l’ordre. Il faut agir vite et mettre en œuvre les vraies politiques de développement : santé, éducation, culture, science, technologie. Il faut que le politique pense à l’intérêt général. La population doit être actrice de cette expérience et agir avec l’Etat sans attendre que le ciel fasse tout pour elle. « Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité »
Tapha Kane En Juillet, 2017 (18:01 PM) 0 FansN°: 1
bien parler monsieur un président né après les un president né après les indépendances doit agir comme vous le dites mais pas passer tout son temps à régler dès deals politiques qui n avance en rien le pays c dommage avec macky sall ,on avait bcp d espoir avec lui mais nada
Anonyme En Juillet, 2017 (13:04 PM) 0 FansN°: 3
La grande littérature de Momar Diongue! Tu fais partie du système! Tu manges dans l'écueil de tous les politiciens!
Pas D'abstention En Juillet, 2017 (14:21 PM) 0 FansN°: 4
POUR REVISE NOS LOIS DONT 75% ONT ETE VOTEES ENTRE 1960 ET 1980

POUR DES LOIS APPLICABLES A TOUS SANS EXCEPTION

POUR DES LOIS RESPECTEES PAR TOUS SANS DEROGATION

POUR BANNIR LE TRAFIC D'INFLUENCE A TOUS LES NIVEAUX

POUR LUTTER CONTRE LA CORRUPTION GALOPANTE

POUR EXPLORER UNE ALTERNATIVE NOUVELLE

POUR NE PLUS ETRE OTAGE DES POLITICIENS PROFESSIONNELS

POUR UN VERITABLE ETAT DE DROIT FORT, JUSTE ET EQUITABLE

POUR UN NOUVEAU TYPE DE CITOYEN

POUR UNE NOUVELLE CONSCIENCE CITOYENNE

POUR MIEUX BENEFICIER DE NOS RESSOURCES NATURELLES

POUR LUTTER CONTRE LA SPOLIATION SAUVAGE DU FONCIER NATIONAL

POUR PENSER AUTREMENT AFIN DE PANSER AUTREMENT

POUR UNE VRAIE REPUBLIQUE CAR TROP DE POLITIQUE TUE LA REPUBLIQUE;
L'oracle En Juillet, 2017 (16:06 PM) 0 FansN°: 5
J'AVAIS LE POSTE RADIO COLLE A L'OREILLE QUAND LE REPORTER DE FATIK D'UNE STATION APPELAIT POUR DIRE QUE MAKY SALL CREAIT LE BORDEL DANS UN BUREAU DE VOTE ,PARCEQU'IL VOULAIT VOTER AVEC UNE CARTE D'IDENTITE CADUQUE

JUSQU'EN 2000 CHAQUE ELECTION AVEC SA CARTE D'ELECTEUR

Mais il avait bien sa piece didentite



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Anonyme En Juillet, 2017 (20:04 PM) 0 FansN°: 6
Le maquis, ses maquisards maquilleurs makyavéliques..ce jeu de mots divin résume tout ce qui nous arrivent



QUE DIEU SAUVE LE SENEGAL..Dieu ne dort pas dé même si vous ne croyez

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