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(Dossier) Kédougou : Quand la ruée vers l’or devient une sérieuse menace

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(Dossier) Kédougou : Quand la ruée vers l’or devient une sérieuse menace

Dégâts incommensurables sur l’environnement, accidents, insécurité et pertes en vies humaines. L’orpaillage, à Samécouta (Kédougou) a un visage plus que sombre.
 
Symbole de richesse, l’or suscite la convoitise des entreprises étrangères et des orpailleurs à Kédougou. Cependant, à Samécouta, dans la région de Kédougou, cette convoitise ne se fait pas sans dégâts majeurs. Située à quelques dizaines de kilomètres de  Kédougou, ce petit village bambara, a une particularité : l’or n’est pas au fond du sous-sol, mais plus en surface. Malheureusement,  cet avantage, mal utilisé par les orpailleurs, est en train de provoquer des dégâts incommensurables à Samécouta. Des chercheurs d’or «ambulants», qui venaient des pays frontaliers, munis de leurs détecteurs de métaux et en collaboration avec les orpailleurs autochtones, creusent et fouillent dans le rougeâtre sol de Samécouta, déracinant au passage des centaines d’arbres, dans leur effrénée quête du métal précieux. Résultats : un écosystème malmené, des trous béants dans la forêt, une déforestation avancée, un sol fortement endommagé, entre autres.
 
Sols détruits, flore malmené
 
«Les gros arbres que vous voyez (il nous montre des arbres qui ont séchés, agressés par les orpailleurs), n’ont pas moins de 100 ans. De plus, ici, les orpailleurs cherchent de l’or dans des sols ferrugineux et tropicaux. Leur formation prend au moins 400 ans. Mais ici, nous constatons que leur destruction se fait en juste deux semaines. C’est un problème. Et pourtant, l’arbre qui a séché que vous voyez là-bas, le mètre cube se vend à 400.000 f Cfa à Dakar», explique le Colonel Cheikh Tidiane Ndiaye des eaux et forêts, meurtri par le spectacle désolant qu’ont laissé derrière eux,  les orpailleurs.
 
Des vies ensevelies dans les puits
 
Dans ces sites d’orpaillage, aussi appelés aussi «Djouras», ce ne sont pas les accidents qui manquent. En effet, des éboulements de terrain entrainant très souvent mort d’homme y sont fréquents. «Pendant l’hivernage, il y a des problèmes d’éboulement. Il y a même des morts. Des gens perdent leur vie quand ils descendent dans les puits aurifères», a ajouté l’inspecteur des eaux et forêts de Kédougou, Malang Kidiera.  Des mots que le Gouverneur de la région n’a pas démentis. Mieux, Moustapha Dieng a confirmé qu’«il y avait beaucoup de problèmes de sécurité, de salubrité au niveau des sites d’orpaillage. Pendant l’hivernage, il y avait beaucoup d’accidents, surtout des éboulements». Sur ces éboulements, le patron des sapeurs-pompiers de la localité, Mamadou Kâ, ajoute : «Ca ne fait même pas un mois, quand nous sommes intervenus dans un site d’orpaillage où il y a eu un glissement de sol qui a occasionné deux morts et 4 blessés. Chaque mois, nous intervenons dans les Djouras», déclare l’adjudant.
 
Délinquance et insécurité, les gros problèmes
 
Les «Djouras», c’est aussi  une délinquance inquiétante. En effet, l’affluence de toutes sortes de nationalités vers les sites d’orpaillage, a eu un impact négatif sur la sécurité. «On est à côté du Mali et de la Guinée. Nous demandons à l’Etat de nous aider à sécuriser Samécouta. Partout où il y a orpaillage, il y a délinquance et s’il y a délinquance il faut y avoir de la sécurité. En 2012, des bandits on tué froidement quelqu’un ici et de façon flagrante», alerte le chef de village de Samécouta, Abdoulaye Diakité.
Cet ensemble de facteurs a amené le gouverneur de la région de Kédougou, à prendre une décision. Celle de fermer provisoirement le «Djoura» de  Samécoto, en attendant de tout réorganiser. Actuellement, les autorités cherchent à remettre en état les zones presque détruites par les orpailleurs. Des couloirs exploitables et non exploitables seront définis. Les orpailleurs étrangers, ne seront eux, plus admis, puisque dans le système de délivrance de cartes qui sera mis en place, seuls les sénégalais y auront droit.
 
Ces milliards qui échappent à l’Etat
 
En attendant, dans cette zone où l’emploi est quasi inexistant, la fermeture des «Djouras» commence à se faire ressentir. Le chef du village a même demandé aux autorités de revenir sur leur décision, tout en réorganisant les choses : «La jeunesse n’a pas d’emploi. Le peu qu’on a, c’est ici que nous le tirons. Si vous nous demandez d’arrêter, nous le ferons. Mais ce que je vous demande, c’est de nous aider à reconnaitre et à rouvrir ce site et nous allons essayer de tout faire pour organiser cela», a-t-il supplié les autorités étatiques. Le directeur des Mines, qui n’accède pas, pour le moment, à sa demande, de renseigner : « l’or, vous ne le voyez pas, les populations ne le voient pas. Les étrangers viennent, exploitent et s’en vont avec. Quand nous avons consulté les statistiques de la Bceao, nous avons vu que près de 4 milliards sortent de ce pays sans qu’on ne le sache. Donc,  il faut nous aider à vous aider», dit-il au chef de village, lui faisant comprendre que l’Etat a été obligé de prendre un arrêté pour mettre fin à l’exploitation anarchique, le temps d’y voir plus clair.

Le Ministre de l’environnement : «C’est extrêmement préoccupant»
Les dégâts causés par les orpailleurs sur l’environnement à Samécouta, le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Abdoulaye Baldé, les a constatés de visu ce jeudi. De son avis, la situation est très préoccupante. «Nous avons visité les sites traditionnels d’orpaillage, nous avons vu et constaté effectivement comment l’environnement a été dégradé. Des trous, des arbres complètement déracinés. C’est extrêmement préoccupant», a déclaré le membre du gouvernement. De son avis, les conditions dans lesquelles l’exploitation traditionnelle de l’or se fait  sont extrêmement  difficiles pour l’environnement. Et après la décision prise par le gouverneur d’arrêter l’exploitation sur les sites d’orpaillage, les autorités évaluent pour le moment afin de voir dans quelle piste s’engager. Selon le ministre, tout sera réorganisé et l’Etat encouragera surtout des activités respectueuses de la ressource. «Notre objectif c’est de laisser les activités de développement continuer, mais en préservant l’environnement. C’est cet équilibre difficile que nous cherchons», a-t-il expliqué.

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