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ECOLE NATIONALE DES OFFICIERS D’ACTIVE DE THIES : Voyage au cœur du sanctuaire des “Jambaar”
   Par IBRAHIMA KHALILOULLAH NDIAYE | Lobservateur |  Mercredi 02 août, 2006 03:13  | Consulté 16787  fois  | 4 commentaires   Favoris
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Des besoins croissants en cadres officiers, face aux limites de la politique de formation à l’extérieur, dues à la rareté des places et des disparités dans les enseignements, ont amené le Conseil supérieur de la défense à décider de la création, en 1976, de l’Ecole nationale des officiers d’active (Enoa). Le décret de création ne sera néanmoins entériné qu’en 1981 et l’ouverture officielle de l’école, sur les anciens locaux du Cneps de Thiès, le 4 janvier 1982. Si l’exigence de la qualité de la formation, une volonté d’ouverture vers d’autres pays africains et la nécessité d’accroître les moyens, ont jalonné la marche de l’Enoa, le commandement militaire sénégalais peut être fier du quart de siècle d’existence. Avec plus de 500 officiers - originaires de 17 pays d’Afrique et de Madagascar - formés et destinés à l’encadrement de l’Armée de terre, de la Gendarmerie et du Groupement national des Sapeurs pompiers, l’Enoa, devenue en 1999 une École nationale à vocation régionale (Envr), reste résolument ancrée dans les traditions africaines. L’anniversaire de ses 25 ans a été une occasion pour “ le Soleil ” de revenir sur la vie de l’école, la formation qui y est dispensée, la vie quotidienne des “ Jambaar ”. Ce quart de siècle marque également un repère pour de nouvelles orientations qui devraient se traduire par une montée en puissance, avec l’augmentation des capacités de la formation.

La ville de Thiès n’est pas simplement ce carrefour du Kajoor qui se distingue par sa voie ferrée. Des chemins détournés, contournant dès l’entrée la ville, sur des tronçons insoupçonnés qui s’isolent de l’axe de la Voie de contournement nord, est nichée la partie garnison de la ville, aux confins du quartier Diakhao et à la lisière du cantonnement du Groupement mobile d’intervention (Gmi). On est au cœur de la base des forces de la Zone militaire n°7. Sous le regard bienveillant des sentinelles, ce qui est appelé communément la « Base », certainement en référence aux locaux de l’Ecole de pilotage de l’Armée de l’air, s’offre au regard du visiteur. La caserne est un concentré qui englobe l’Ecole d’application d’infanterie (Eai), les Bataillons des Commandos, des Blindés, le Centre d’entraînement tactique et l’Ecole nationale des Officiers d’active (Enoa). On peut rallier celle-ci, une centaine de mètres après avoir franchi la porte de la “ Base ”, en bifurquant par la droite.

D’une apparence terne, l’Enoa n’a rien d’une oasis. Plutôt, elle semble afficher une mine désaffectée, inquiète. L’espace ne semble guère propice à une invite à la bienvenue. Tout près, des bâtiments dortoirs à étages dominent les lieux. Ils sont séparés de l’établissement proprement dit par des pans de murs entiers, qui semblent marquer l’austérité de la vie militaire pour quiconque les franchit. Ces bâtiments constituent l’espace ou la zone où logent les élèves officiers d’active.

L’inscription “ Ambofoor ”, nom de la case des initiés chez les peuples du sud-est et Bassari, est floquée sur les deux bâtiments des élèves officiers comme pour prouver qu’ils sont en initiation pendant tout le temps qu’ils y seront.

Quelques arbres à l’ombre fugace sont parsemés çà et là. Le Poste de commandement est là pour souhaiter la bienvenue. La cour de la Devise sépare le Pc du carré d’armes. Le réfectoire, la piscine, une attraction pour les populations locales dépourvues d’air marin, le stade de foot avec son parcours du combattant, le repaire de la Compagnie de support donnent aux lieux une âme. Plus loin, des salles d’instruction, de cours, l’amphithéâtre, un garage mécanique, une buanderie… complètent le décor.

De l’autre côté du carré d’arme, l’avenue des Chemins de l’honneur sépare l’école du domicile du commandant de l’école.

Le Grand “ Jambaar ”

Le visiteur est frappé par les différents témoignages et aspects de la tradition. Invites, statues, rituels… s’enchevêtrent pour faire de l’Enoa une école de traditions. Comme gardienne des traditions, s’élève la statue du Grand “ Jambaar ” dans la “ cour de la Devise ”. Le Grand “ Jambaar ”, symbole du guerrier traditionnel, arborant fièrement son arme et son épée, serait un “ homme d’honneur et de serment qui ne recule ni devant la salve nourrie, ni devant le lion rouge Sibi. Homme fermement accroché aux vertus cardinales, qui se fait pilier, superbe rempart magnifique lorsque tout tremble et s’écroule alentours ”.

L’affirmation, telle une épitaphe plaquée à côté du Grand “ Jambaar ”, est de l’écrivain thiessois, Mbaye Gana Kébé et fait la fierté de tout sortant de l’école qui la récite sans broncher. Ce Grand “ Jambaar ”, “ témoin de tant d’engagements et de serments ”, fait face au monument dédié à la Mémoire et aux Traditions. Située à droite, la “ Case des promotions ” est réservée à celles-ci. Elle est bien entretenue, à la limite vénérée comme un lieu de culte. “ L’intérieur, explique le capitaine Samba Fall, qui nous sert de guide pour la circonstance, sert de refuge aux plaquettes des élèves officiers, de leurs directeurs de promo et des chefs de section. Ici se retrouve tout ce qui se rattache à la vie des promos, de la 1re à la 23ème. Le nom du major de chaque promo est bien souligné et la nationalité de chaque élève mise exergue ”.

Le mémorial fait une place de choix aux “ Jambaar ” “ décédés pour la plupart au combat ”. Leurs bracelets trouvent, au décès d’un “ Jambaar ”, un abri éternel dans cette pièce. Le nombre de bracelets restitués n’est pas proportionnel au nombre de “ Jambaar ” tombés au champ de bataille.

La deuxième case est celle des Traditions qui résument le patrimoine historique de l’école avec l’exposition d’armes traditionnelles et la tenue du “ Jambaar ”. Bien adossées aux murs, on retrouve des armes de l’Ouest et du Centre africains : un sabre de guerre ivoirien, un couteau ou jet tchadien, une lance de guerre sénégalaise ou encore une massue burkinabé….

Le monument de l’emblème de l’école, immaculé, sépare les deux cases. Il est frappé de l’idéogramme entrelaçant la lettre “ Phi ” et une flèche, symboles de sagesse et droiture. Il porte la devise de l’école “ Xel-Jom-Fit ” (savoir, sens de l’honneur, courage) que tout pensionnaire de l’Enoa s’évertue à cultiver.

Le parcours du combattant… du futur officier

L’unanimité est de rigueur chez les anciens ou sortants de l’Enoa, appelés “ Jambaar ”. Ces derniers sont toujours fidèles aux traditions de l’école, qu’ils jurent d’observer encore au quotidien. Ils ressentent une certaine fierté quand ils évoquent les deux années “ bénies ” de la formation de base et toute leur “ chance ” d’avoir été formés à l’Enoa.

“ Cette école a fait de nous ce que nous sommes devenus, c’est-à-dire des meneurs d’hommes. Nous avons gardé les vertus de l’Enoa qui nous guident encore. Il s’agit essentiellement du sens de l’honneur, de l’éthique, de l’image du “ Jambaar ”, qui reste une source d’inspiration ”, confie le lieutenant-colonel Thierry Lengbe de la République centrafricaine, également commandant de la Garde présidentielle de son pays.

Son point de vue épouse celui de son camarade de promotion, le commandant togolais devenu préfet, Djadja Maganawe, tous deux invités à l’occasion des festivités marquant les 25 ans de la création de l’école. Quinze années après avoir quitté l’établissement, les frères d’armes de la 9ème promotion disent être “ très heureux de retourner aux sources ”.

Ils confessent bien avoir eu peur, en constatant la modernisation des infrastructures et de l’enseignement et l’arrivée des Français. “ C’est heureux que la modernisation n’ait pu enterrer les traditions de l’école qui, au demeurant, restent encore plus importantes ”, confient ces deux officiers supérieurs, qui conservent encore jalousement leurs bracelets.

Tout en insistant sur les traditions, ils n’en pensent pas moins que l’école, bien avant sa vocation régionale acquise en 1999, était un “ haut lieu d’intégration sous-régionale avec les différentes nationalités qu’on y retrouvait. Et il faut dire que les traditions, bien que tirées pour la plupart dans le fond culturel sénégalais, restent communes à nombre de peuples africains. Si nous prenons les exemples du rite initiatique ou de la circoncision, nous voyons que les pratiques sont les mêmes. Il n’y a que le langage qui connaît des variantes ”.

La convocation des souvenirs de l’école et de ses traditions ressuscite chez les “ Jambaar ” le label de l’Enoa. “ Nous avons été très bien formés et l’avons bien démontré sur tous les théâtres d’opération sur lesquels nous nous sommes engagés. Aussi, nous n’envions à personne son école ou académie. Nous avons reçu une formation très scientifique et solide et une excellente formation morale. Cette formation nous a permis de jouir d’une bonne faculté d’appréhension des problèmes. Et il est aisé de sentir la différence entre un sortant de l’Enoa et quelqu’un d’autre sur un théâtre d’opération ”, tonnent les deux camarades, qui s’inclinent pieusement devant la mémoire de leurs cinq camarades de promo disparus dont quatre au front.

Si l’Enoa, créée par décret du 81-689 du 8 août 1981 pour remédier au déficit en cadres officiers, a acquis ses lettres de noblesse et que son produit est aujourd’hui très prisé, c’est simplement parce que tout un personnel d’encadrement, de veille, d’alerte…, allant du commandant d’école au chef de section, veille à la rigueur requise.

Une formation spartiate

Les jeunes élèves officiers, une fois arrivés à l’établissement, sont pris en main par leur encadrement, qui ne ménage aucun effort pour faire d’eux de futurs “ Jambaar ”.

“ En tant que directeur de promotion, j’ai un double visage. Je reste le premier collaborateur du commandant d’école qui est responsable de la formation. J’applique ses instructions et directives. Vers le bas, je coordonne les activités avec les chefs de section et les élèves. Autrement dit, je reste un tampon direct entre le commandement et les élèves. Il s’agit-là, à la fois, d’un rôle pédagogique et de référence ”, explique le commandant Abdoul Latif Kamara, directeur de la 24ème promotion sortante.

Avec ses deux chefs de section, le commandant Kamara souligne que : “ nous faisons en sorte pour que l’encadrement de chaque promotion soit là quinze jours avant les élèves. En amont, tout un travail de préparation qui va des démarches administratives aux visites médicales doit être abattu. Et, concomitamment, les élèves officiers commencent l’initiation suivant une base de travail bien définie ”.

Ainsi commence la formation qui s’oriente d’emblée vers une rupture de la vie civile. Et bonjour le bahutage. Et ne demandez aux anciens à quelle sauce ils mangent leurs poulains. Ces derniers sont les premiers à refuser de verser dans la facilité ou de ne pas bénéficier ou “ subir ” de la bonté des anciens.

“ Chacun a des moments de faiblesse, mais il faut tenir”

“ Un ancien de l’Enoa, qui était par ailleurs mon commandant d’unité, me parla, à mon admission à l’Enoa, d’école de traditions que seuls ceux qui y ont séjourné sont en mesure de comprendre. Il m’avait exhorté à être physiquement endurant et à avoir le moral. Je m’étais déjà mis en tête que la formation ne pourrait qu’être dure. C’était même un euphémisme. Seulement, on a beau être préparé, mais rien n’y fait. La formation est unique et elle remonte très loin à ce que nous pouvons imaginer ”, souligne, avec simplement le recul d’une année de formation, l’élève officier Abdou Khadre Guèye de la 25ème promotion. Son camarade Mathieu Tewindé Nana, originaire du Burkina Faso, était loin du compte.

“ Je ne savais rien de l’école. A la découverte, je dois avouer que c’était vraiment une surprise. Je ne m’attendais pas, en entendant parler de l’Enoa au pays, à être confronté à des épreuves et des souffrances physiques. Je pensais plutôt que ce serait une formation plutôt intellectuelle. Des officiers burkinabé nous ont encouragés, mes deux concitoyens et moi, à bien tenir pendant la formation et l’on ne pensait pas que les rigueurs de la formation pouvaient être pires que celles du Cia (Certificat interarmes, également requis aux sous-officiers qui veulent faire le concours) ”, selon l’élève officier Nana.

Moments de folie, d’épreuves, de supplices, de tribulations… Les débuts de la Formation initiale du combattant (Fic), restent une période d’endurance qui fera qu’à sa sortie le jeune officier est transformé, façonné, formaté. “ Je dois avouer que la Fic est un moment qui amène à réfléchir, mais comme tout le monde, chaque élève officier se dit qu’il y a là un défi à relever et qu’il ne faut nullement flancher ”, explique Nana.

“ Chacun a des moments de faiblesse, mais il faut tenir. Et si la Fic est bien faite, elle fait la fierté des anciens ”, renchérit l’élève officier Abdou Khadre Guèye. “ Celui qui a le plus souffert en bahutage est plus militaire ”, estime pour sa part le commandant Abdoul Latif Kamara, qui est un ancien de l’école. Il se fait un “ devoir, un défi et une envie personnelle de bien s’engager. Il n’est pas donné à n’importe qui d’encadrer à l’Enoa. Il faut léguer aux jeunes les vertus que les anciens nous ont transmis ”.

Le directeur de la 24ème promotion fait également remarquer : “ Nous sommes dans une école qui a ses traditions, à l’instar de toutes les écoles d’officiers. Nous nous efforçons de faire comprendre aux jeunes qu’en même temps qu’ils apprennent à être militaires, il faudrait également qu’ils apprennent à avoir des références qui se révéleront de véritables viatiques pour toute leur existence. Et ces références sont souvent tirées de nos traditions, que nous gardons jalousement ”.

Sens de la discipline, comportement exemplaire, respect aux anciens… Autant de vertus inculquées aux élèves. Réveils nocturnes, chants, toutes sortes d’épreuves, d’humiliations subies, marches… Le menu quotidien de la vie de l’élève officier est laissé à la discrétion de son encadrement, qui en use et abuse à bon escient.

L’objectif, conformément à la mission assignée à l’Enoa, est de “ former en deux ans des officiers d’active destinés à l’encadrement des formations des armées, de la Gendarmerie et du Groupement national des Sapeurs pompiers. Ces élèves officiers doivent être, à la fin de leur formation, aptes au commandement d’une section d’infanterie, prêts à participer à leur rang à la vie civique et sociale de la Nation. Ils doivent être affermis dans leur vocation, pénétrés de l’importance de leur mission d’éducateurs et d’instructeurs et préparés intellectuellement à recevoir l’enseignement des écoles d’application ”.

L’instruction purement militaire alterne sur les deux années de formation des modules tactiques, techniques, un enseignement militaire général, des rendez-vous majeurs (rallyes, synthèses, évasions, vie en campagne), un enseignement physique et sportif, des stages spécialisés (para, moniteur commando, équitation, séjour en corps de troupe).

Malgré les affres et la dureté de la formation, les élèves officiers, comme s’ils s’étaient passé le mot, soulignent que leur “ moral est au ciel ”. “ Même si certains degrés de bahutage n’existent plus dans certaines académies, ici nous mettons le paquet ”. Ce qui expliquerait peut-être un label, une marque de l’Enoa, qui rend son produit “ très endurant à toutes les épreuves ”.

COLONEL SAÏDOU BÂ, COMMANDANT DE L’ENOA “Augmenter nos capacités et préserver notre label”

Le colonel Saïdou Bâ, formé à l’Académie royale de Meknès (Maroc), est le 9e “ Kélétigui ” ou commandant de l’Enoa, depuis le 1er juillet 2004. Il est engagé dans un vaste chantier de modernisation de l’établissement, qui devra se traduire par l’augmentation des capacités de formation de l’établissement et le maintien de sa dimension régionale. Entretien…

Mon colonel, l’Enoa que vous dirigez, vient de fêter un quart de siècle d’existence. Qu’est ce que cela vous inspire ?

25 ans constituent toute une génération et renseignent sur le parcours de l’établissement. Les premiers officiers formés dans cette école occupent, aujourd’hui, des responsabilités et ont tous les bagages indispensables à leur statut. Ce temps d’arrêt marque une étape importante. Il faut dire que l’école est presque sortie du néant. Ses objectifs étaient néanmoins bien précis : il fallait avoir un creuset national dans lequel on formerait tous les officiers avec une bonne interaction. C’est dans ce cadre que les précurseurs ont démarré. C’était certes difficile, mais l’envol a été facile puisque la volonté y était. La marche de l’école a évolué et atteint un excellent niveau grâce au partenariat à la fois financier et matériel avec la France. Et aujourd’hui, ce partenariat se mue en une montée en puissance.

Cette date anniversaire constitue également un moment opportun à la réflexion sur les éventuels réaménagements, orientations, perspectives ?

Effectivement, l’anniversaire des 25 ans est un moment propice pour faire le point sur le chemin parcouru, faire une projection. On parle de plus en plus de féminisation dans les Armées. Celle-ci sera un défi pour l’Enoa et nous devons être prêts. Il y a, en outre, un projet d’amélioration de l’environnement pédagogique de l’école. La réflexion est ouverte et tout sera fait, avec le commandement, pour que l’école soit encore davantage ancrée dans sa mission.

Comment cette montée en puissance devrait se traduire ?

En augmentant dans le fond les capacités de la formation. Les Armées ont besoin de former plus. Seulement, il faudra plus d’infrastructures avec notamment des salles complémentaires pour une meilleure approche pédagogique. Mais aussi un relèvement des niveaux de vie et d’épanouissement des élèves.

Nous travaillons sur la montée en puissance, qui devrait être effective dans le très court terme. Les premières études nous donnent une projection pour 2009-2010.

Il faut également dire que la montée en puissance entraînera une hausse des quotas de chaque pays. Nous sommes passés de 15 à 20 élèves pour la 25e promotion. L’Enoa, par sa vocation régionale, reste un outil de coopération. Je pense que nous en arriverons à un niveau paritaire entre les élèves Sénégalais et ceux des pays amis. Seulement, il faudra attendre d’apprécier les besoins pour les Armées avant de former les gens destinés à l’encadrement des unités de l’Armée, de la Gendarmerie et des Sapeurs pompiers. Tout cela est à l’étude et les études devraient être bientôt finalisées. Le partenaire français est très engagé.

La vocation régionale de l’école contribue-t-elle à asseoir son rayonnement et sa crédibilité ?

Le rayonnement de l’école est certain, dans la mesure où même des pays non francophones cherchent à envoyer des stagiaires. Certains pays, qui nous envoient des stagiaires, ont déjà leurs écoles, mais continuent de le faire. Cela veut dire simplement qu’il existe un label Enoa. L’école est nationale, mais a une spécificité. Notre philosophie est un ancrage, tout en poursuivant une certaine ouverture à tous les apports possibles.

L’Enoa est la seule école subsaharienne à développer un partenariat avec l’Académie américaine de Westpoint. En quoi consiste ce partenariat ?

Il est vrai que nous avons, depuis deux ans déjà, des échanges avec l’Académie de Westpoint. Cette relation se traduit par l’envoi de deux cadets américains pendant trois semaines à l’Enoa. Nous aussi, nous leur envoyons deux de nos élèves pour la même durée. Nous avons nos critères propres pour le choix des élèves. Ce sont le classement général et la maîtrise de l’anglais qui déterminent le choix. Autrement dit, nous envoyons toujours le major de la 1re année et le meilleur en anglais. Ce partenariat est très opportun, vu qu’il donne à nos élèves l’occasion de se frotter à d’autres élèves qui ont des moyens plus importants. Je pense que le partenariat sera beaucoup plus structuré à l’avenir et tout bénéfice pour les deux institutions.

L’ancrage dans la tradition wolof

Dans une école à forte coloration de traditions, il fallait trouver un “ officier traditions ” ou “ kocc ”. Chaque promo a son officier traditions. Pour la 24ème promotion, sortie cette année, le capitaine Samba Fall, par ailleurs chef de section dans cette même promotion, s’est pleinement acquitté de ce rôle.

“ L’officier traditions n’est rien d’autre que le conseiller du commandant de l’école ou encore « kélétigui » en matière de traditions. Aux ordres de celui-ci, il veille au déroulement de toutes les traditions, conformément au guide des traditions qui est le document auquel on se réfère pour perpétuer, de manière identique, les traditions de l’école ”, définit le capitaine Fall. Il faut relever que les traditions de l’école renvoient à un ensemble d’activités étalées sur toute la durée de la formation.

Au nombre de ces traditions, il y a l’initiation ou “ duggu mbar ” (la terminologie de langues nationales est bien réelle dans l’environnement de l’Enoa : Ndr). L’initiation a lieu à l’arrivée de la promotion et elle renvoie à la case de l’homme que l’on retrouve chez beaucoup d’ethnies sénégalaises. Elle peut durer 45 jours au cours desquels différentes épreuves sont au menu des élèves officiers. Celles-ci les préparent à ce qui les “ attend dans leur vie professionnelle : épreuves physiques et mentales pour bien aborder les deux années de formation ainsi que le reste de la carrière. Cette initiation est fortement liée à la formation militaire ”, explique le capitaine Samba Fall.

Un autre temps fort de la vie de l’école est constitué par le binômage entre les jeunes (élèves de la 1re année) et les anciens (élèves de la 2ème année). Il s’agit là d’un “ moment de cohésion à partir duquel les jeunes sont autorisés à accéder aux locaux des anciens. Ce binômage se déroule à l’initiative du « kumax » ou chef du « Neg », composé de cinq éléments des anciens. Il peut se tenir six mois après l’admission des jeunes à l’école et consacre pour chaque élève officier de la 1re année une protection assurée par un parrain qui conseille, oriente, rend servie ”, assure le « kocc » Samba Fall

Initiation, binomage, sacre…

L’une des traditions-phares reste le parrainage avec les anciens de 20 ans. Ce rituel concerne les anciens de la promotion sortante et a lieu à quelques jours de leur sortie. “ Il permet aux jeunes officiers d’avoir un conseiller privilégié en début de carrière. Les parrains ont une ancienneté effective de 20 ans. Ils peuvent être de n’importe quelle arme (spécialité, par exemple commando ou artilleur ou encore parachutiste, etc.) des Armées, de la Gendarmerie ou du Groupement national des Sapeurs pompiers ”.

Le sacre de la promotion sortante s’apparente à l’étape ultime de ce chemin de croix de l’élève officier. Ce sacre combine une série d’activités allant de la passation du flambeau (drapeau) de l’école entre les deux promotions en passant par la remise des épaulettes pour en arriver à la remise des bracelets par les anciens de 20 ans. Ce n’est qu’à l’issue de cette cérémonie que les élèves officiers peuvent répondre à l’appellation de “ Jambaar ”, ce nom de nos valeureux guerriers d’antan donné aux sortants de l’Enoa

L’Enoa ne pourrait justifier son statut d’école d’officier et de traditions sans ses symboles. La marque particulière première est sans conteste le drapeau sur lequel est inscrit en lettres d’or la devise de nos Armées, qui est en même temps la pierre angulaire de notre éthique : “ On nous tue, on ne nous déshonore pas”.

L’emblème de l’école “ entrelace dans un même idéogramme la lettre grecque Phi, comprise dans son sens le plus noble, autrement dit, l’amour de la sagesse et du devoir et d’une flèche symbolisant dans nos traditions la première arme que l’on mettait entre les mains des futurs défenseurs de la collectivité, flèche représentant également la force et la droiture ”. Cet emblème figure aux extrémités des diagonales du drapeau.

Les valeurs de sagesse, d’honneur et de courage

La devise, “ Xel, jom, fiit ” (sagesse, sens de l’honneur, courage), constitue la “ pierre angulaire de l’étoffe de l’homme d’action et de réflexion. Cette devise fait appel aux qualités essentielles du chef militaire”. La tenue traditionnelle portée à l’occasion “ des prises d’arme et de certaines activités de tradition, de rayonnement et de la garde d’honneur ” reste également une particularité de l’Enoa. L’uniforme est bien reflété par le bonnet traditionnel ou “ kufné ”. “De type phrygien, ce bonnet est prolongé par un pompon jusqu’à la nuque et porte sur le front le macaron bordé à l’emblème de l’école ”.

La tenue comporte également une vareuse ou “ turki ”. Celle-ci est composée d’une “ chemise blanche, manche avec parements et col dolman, surmontée d’un « turki » bleu ciel, le col en V entouré de cinq amulettes symbolisant les attributs des guerriers d’antan ”. Un pantalon bleu de nuit à bas golf et souligné des deux côtés par un parement bleu ciel complète la tenue traditionnelle.

APPUI DE LA France : Renforcer la vocation régionale de l’Enoa

Le directeur des études, le lieutenant-colonel Frédéric Lesage, est chargé, entre autres, de définir les programmes et de conduire l’instruction. “ Dans cette conduite, je mets en adéquation les moyens humains et matériels de l’école pour que chaque jour nous puissions instruire et atteindre les objectifs pédagogiques définis ”, explique-t-il.

La présence de cet officier français à la tête de la direction des études s’explique par le partenariat qui lie les deux pays, par une Convention générale paraphée par le ministre des Forces armées et l’ambassadeur de France, depuis 1988. Toutefois, le lieutenant-colonel assure que le but ultime de la France est qu’un jour, “ ce partenariat, comme tous les autres, puisse cesser et que les pays dans lesquels sont implantés les écoles nationales, à vocation régionale, au nombre de 14 en Afrique, puissent voler de leurs propres ailes. La présence française est d’aider et non de s’installer ”.

Dans cette coopération militaire franco-africaine, la plus grosse enveloppe est accordée à l’Enoa.

Ouvert à 27 pays d’Afrique, le concours de l’Enoa continue de susciter une forte demande. La réputation de l’école et le besoin en cadres militaires bien formés pose la question de l’augmentation des capacités de formation de l’établissement. Celle-ci est l’objet d’études dont les premières conclusions devraient se traduire par un doublement et même un triplement des effectifs. Le commandement militaire sénégalais et le partenaire français veillent à l’étude de préalables indispensables à cette montée en puissance : hébergement, nourriture, déplacement (ou encore mobilité), salles de cours et d’instruction…

“ L’Enoa, symbole du futur de l’Afrique ”

Tous les élèves officiers jouissent d’une bourse de la coopération française, indépendamment de leur bourse nationale. Se refusant à toute comparaison avec une école ou académie militaire, le lieutenant-colonel Frédéric Lesage voit en l’Enoa “ un symbole du futur de l’Afrique. Le concours est ouvert à plusieurs pays et ces officiers formés dans le même moule deviennent très souvent des officiers supérieurs avec de grandes responsabilités dans leurs pays. Ces officiers de tous pays se connaîtront et le futur est dans le rapprochement des peuples. Je pense que nous avons, en l’Enoa, une belle école nationale à vocation régionale, qui poursuit une formation initiale durant laquelle on construit l’officier de demain par des qualités intrinsèques qui ont trait à l’honneur, l’éthique, le courage. Il n’y a d’ailleurs que l’Enoa qui fait dans la formation de base. Toutes les autres écoles nationales à vocation régionale font des formations complémentaires ”. Un véritable plaidoyer.

 

 

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El hadji sy on November 29, 2012 (20:06 PM) 0 FansN°:1
je suis fier de mon pays et de ses ecoles militaires de reputation qui innocoles des formations aussi physiques que mentales ce qui fait d'elle l'armée la plus disciplinée de la sous region on nous tue mais on nenous deshonore pas
Joe daly on March 2, 2014 (23:20 PM) 0 FansN°:2
il faudra vraimen revoir les critéres concernant l'age pour se presenter au concours de l'enoa car il y'a presque pas de chance pour ceux qui sont entre les mois de janvier fevrier mars et meme avril de se presenter au plus du permier janvier encour ils sont exclus leurs age depasse soit d'un voir trois mois.
Ousmane lecor on April 26, 2014 (13:10 PM) 0 FansN°:3
j'ai toujours révé de passer une vie dans l'enoa;et je me nourrie de cet espoir pour toujours.
ZENG on May 8, 2014 (11:16 AM) 0 FansN°:4
La vraie vie se trouve dans l'école des DIAMBAR.
Zéro regret les gars :sn: 

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