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« Le Déménagement Du Siécle » Avec Les Archives Du Sénégal

Auteur: cndst

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 Créée depuis 1977, la Direction des Archives du Sénégal s’apprête à s’installer au Central Park en raison de la réhabilitation du Building administratif. Ce déménagement que la Directrice des Archives du Sénégal, Fatoumata Cissé Diarra, qualifie de « déménagement du siècle » reste, aujourd’hui, l’un des plus grands défis auxquels le personnel des archives, les Autorités étatiques et la communauté des spécialistes de l’information documentaire et archivistique demeure confronté. Dans cet entretien exclusif que la Directrice des Archives a accordé à l’équipe du Centre national de Documentation scientifique et technique (CNDST), elle évoque aussi, entre autres questions, la construction de la Maison des Archives du Sénégal.

 

CNDST : Madame Diarra, vous êtes la Directrice des Archives du Sénégal. Présentez-vous brièvement.

 

Je m’appelle Fatoumata CISSE, épouse DIARRA, je suis conservateur d’archives et Directrice des Archives du Sénégal depuis deux ans et demi. Formée à l’Ecole de Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes, je suis titulaire du Diplôme d’Aptitude aux Fonctions d’Archivistes, 1985 et du Diplôme supérieur en Sciences de l’Information et de la Communication, 2000. J’ai effectué plusieurs stages internationaux d’archives et produit différentes communications notamment relatives aux sources de l’histoire conservées aux Archives du Sénégal présentées lors de colloques au Sénégal et à l’étranger.

J’ai passé toute ma carrière à la Direction des Archives du Sénégal que j’ai intégré le 02  septembre 1985. J’y ai occupé différents postes de responsabilité avant de me retrouver à cette station.

Au plan professionnel, j’assure la présidence de la Branche ouest-africaine du Conseil international de Archives qui regroupe seize pays de l’espace ouest africain, par ailleurs, membre du Comité exécutif du Conseil international des Archives. Je suis membre de l’Association sénégalaise des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes. Je suis également présidente du Comité sénégalais Mémoire du monde de l’UNESCO.

 

 

CNDST : Aujourd’hui que le building administratif est en état de réhabilitation  par le Gouvernement du Sénégal, Comment vous vivez cette situation en tant que Directrice des Archives du Sénégal ?

 

Avant d’aborder la question de la réhabilitation du building, vous me permettrez et à juste raison, de présenter brièvement l’institution pour mieux vous faire appréhender l’ampleur de la situation. Il s’agit d’un complexe documentaire au service de l’Administration, du Citoyen et de la Recherche. En effet, outre, le service des Archives nationales, elle abrite une bibliothèque qui fait office de bibliothèque nationale et un centre de documentation administrative et juridique, ainsi que des services régionaux d’archives au nombre de cinq.

Le Sénégal a une longue tradition archivistique qui remonte à la période coloniale avec, la création le 1er juillet 1913, du dépôt central d’archives de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et du dépôt de la colonie du Sénégal, à l’instar de chaque colonie. Ce dépôt est l’ancêtre de la Direction des Archives du Sénégal créée par le décret n° 77-621 du 21 juillet 1977 qui est l’organe de l’Etat compétent pour toutes les questions d’archives.

 

Le fonds documentaire est très important, réparti entre quatre fonds d’archives (Sénégal colonial (1816- 1958), Afrique Occidentale Française (1895-1959), Fédération du Mali (1959-1960), Sénégal indépendant depuis 1960), des collections de bibliothèque, d’actes règlementaires, des documents iconographiques, des dossiers documentaires, etc.

Pour revenir à la question posée, je dirai que la réhabilitation du building administratif intervient dans un contexte particulier qui contraint les Archives nationales à quitter le bâtiment pour emménager au Central Park. Je perçois cette situation comme un grand défi qui interpelle en premier lieu la Direction et le personnel des Archives du Sénégal, mais, qui interpelle aussi la communauté nationale des professionnels de l’information documentaire pour ne pas dire la nation toute entière. Le service des Archives est logé au building depuis 1954, avec une capacité initiale d’accueil de 8 kml, qui a été plus que doublée aujourd’hui. J’ai pris l’habitude (avec un brin d’humour) de qualifier cette entreprise de « DEMENAGEMENT DU SIECLE ! » et ceux qui ont visité ou fréquenté les Archives nationales en conviendront avec moi.

 

 

CNDST : Quelles sont les nouvelles dispositions prises pour sauvegarder les archives qui méritent une attention toute particulière ?

 

Le caractère spécifique des archives et leur vulnérabilité commandent de mener toutes les opérations de la chaîne de transfert avec diligence et minutie pour éviter de chambouler l’ordre de classement préétabli. Comme disposition, un plan de déménagement a été élaboré qui intègre le récolement général des fonds, l’évaluation du mobilier de rangement, un relevé topographique, le reconditionnement des articles, l’identification des fonds devant être transférés en priorité en rapport avec leur fréquence de sollicitation par les chercheurs.

Une société de déménagement de la place a été contactée, mais je signale que toutes les opérations de transfert seront supervisées par le personnel des Archives nationales. Il faut rappeler qu’en raison des contraintes du chantier et de ces travaux préalables, le service a été fermé aux usagers (à leur grand dam !).

 Malgré les désagréments causés par les travaux du chantier en cours, nous continuons à assurer la garde (dans des conditions difficiles), dans le seul but de préserver l’intégrité physique du patrimoine en garde.

 

CNDST : Vous êtes à la tête de la Direction des Archives du Sénégal depuis quelques années, deux ans, si je ne me trompe. Quelles sont vos réalisations et les difficultés rencontrées ?

 

J’ai la chance de travailler avec une superbe équipe, ce qui nous a permis d’avoir à notre actif, entre autres, l’organisation des manifestations commémoratives du centenaire de la création des Archives (colloque international, exposition), la refonte du site web, le recrutement de treize (13) agents, l’organisation régulière des éditions de la Journée internationale des Archives, la prestation de serment devant le tribunal de 44 archivistes et autres agents travaillant dans les dépôts d’archives publiques en octobre 2014, la mise sur pieds d’un comité de réflexion sur les projets de décrets d’application de la loi d’archives n°2006-19 du 30 juin 2006 relative aux archives et aux documents administratifs.

Quant aux difficultés rencontrées dans l’exécution de la mission, elles tournent pratiquement autour du problème de saturation des locaux et de déficit en ressources humaines spécialisées. Nous saluons l’effort consenti par l’Etat en procédant au recrutement de 13 agents cette année, mais nous mettons l’accent sur la nécessité de recruter des archivistes diplômés pour résorber le gap de classement. Il faut aussi recruter des techniciens pour assurer le fonctionnement des ateliers de reliure et restauration et l’unité audiovisuelle.

 

CNDST : Face   aux difficultés de conservation que posent les archives, avez –vous élaboré un plan de numérisation des documents d’archives ?

 

Aujourd’hui, la numérisation se présente aux professionnels de l’information documentaire comme une opportunité permettant de gérer de façon plus ou moins efficiente les problèmes de conservation. Mes différents prédécesseurs ont élaboré des projets spécifiques de numérisation visant certains fonds et collections (Journaux Paris-Dakar, Dakar-Matin, Fonds Fédération du Mali, Fonds AOF, etc.), même s’ils n’ont pas trouvé financement auprès des bailleurs. Mais, il est illusoire, à l’heure actuelle, de raisonner en terme de projet global de numérisation de l’ensemble des fonds d’archives conservés aux Archives nationales, si l’on considère leur volumétrie et le manque de ressources du moment. Toutefois, aux Archives du Sénégal, cette technique répond à un souci de conservation préventive des originaux que l’on met en œuvre à chaque qu’on identifie des documents en état de détérioration.

Pour ce qui me concerne, depuis sept mois, je copilote avec mon homologue français, le projet « mémoire partagée » relatif à la numérisation du fonds d’archives de l’Afrique occidentale Française conservé à Dakar mais qui est en partage entre la France et les ex-colonies de l’AOF. C’est un élément du patrimoine inscrit au « Registre de la Mémoire du monde » de l’UNESCO, très usité par les chercheurs. Sa numérisation permettra aux différentes parties prenantes de disposer de copies numériques et une mise en ligne pour un meilleur partage. Ce fonds est d’autant plus intéressant qu’il constitue une exception dans la tradition coloniale française où les archives ont toujours été rapatriées au moment de la décolonisation.

Cependant, mon intime conviction est qu’aujourd’hui, le problème le plus prégnant aux Archives nationales demeure celui de l’espace.

 

CNDST : Où en est-on avec le projet de construction de la Maison des Archives du Sénégal  ?

 

Il reste en l’état de projet. Toutefois, Monsieur le Président de la République nous en a fait la promesse à l’occasion la cérémonie officielle d’ouverture du centenaire de la création des Archives du Sénégal. Plus récemment, Monsieur le Premier Ministre a annoncé dans son discours de politique générale (DPG) que la construction de la Maison des Archives était envisagée, ce qui constitue une première si l’on revisite l’histoire des DPG au Sénégal.

Je suis personnellement convaincue que les soucis engendrés par le déménagement des Archives nationales tant du point de vue des ressources financières que de la logistique amèneront les autorités étatiques à diligenter l’édification de la Maison des Archives, vœu le plus cher de la communauté archivistique nationale.

 

 

CNDST : Quel appel lanceriez-vous à la communauté des utilisateurs des archives, aux décideurs publics mais aussi au secteur privé national pour la sauvegarde des Archives du Sénégal ?

 

Je voudrais inviter la communauté des utilisateurs des archives, les décideurs publics, le secteur privé national à unir leurs forces pour porter le plaidoyer afin que les archives connaissent un meilleur sort au Sénégal, ce qui passera nécessairement par la construction de la Maison des Archives du Sénégal.

Comme mot de la fin, je  vais exhorter mes concitoyens à mieux faire connaissance avec les Archives nationales gardiennes par excellence de la mémoire collective. Bien au fait de la richesse de ce patrimoine documentaire dont certains éléments sont uniques au monde, ils seront sensibilisés à son importance pour assurer sa protection.

 

Auteur: cndst
Publié le: Samedi 24 Janvier 2015

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