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Moustapha GUEYE (Nouveau tigre de Fass)'Je suis intéressé par le poste de maire de la ville de Dakar'

  • Source: : Le Soleil | Le 08 juin, 2006 à 00:06:48 | Lu 13020 fois | 0 Commentaires
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Moustapha GUEYE (Nouveau tigre de Fass)'Je suis intéressé par le poste de maire de la ville de Dakar'

Moustapha GUEYE (Nouveau tigre de Fass) : 'Je suis intéressé par le poste de maire de la ville de Dakar'
On le connaissait comme un fin technicien de la lutte, aussi bien gréco-romaine qu'avec frappe. Et ses victimes dans l'arène ne se comptent plus. On le connaissait aussi flambeur, au début de sa jeune carrière dans l'arène, et il le confirme, dans l'entretien qu'il nous a accordé. Par contre, on ne lui connaissait pas du tout ces ambitions politiques qu'il a déroulées dans cette première partie de l'interview recueillie hier, à son domicile. Et Moustapha Guèye prend date dès à présent : il sera dans la mêlée politique de 2007 et battra campagne pour son parti politique qui n'est ni le Pds, ni le Ps, tient-il à présenter. Mieux, il se présentera aux prochaines élections municipales pour briguer le fauteuil du maire de Dakar.

Walfadjri : Moustapha Guèye, politicien.

Moustapha GUEYE : ‘Je suis dans la politique, mais je ne suis pas dans le Parti démocratique sénégalais (Pds), comme le pensent certaines personnes. Je n'ai jamais été ni dans le Pds, ni dans le Ps, mais je suis dans le milieu de la politique. Le moment venu, je vous ferai part du nom de mon parti politique. Une chose est sûre, c'est que ma philosophie n'est pas la même que celle de nos politiciens. Je serai là pour mon pays, pour la jeunesse. Je ne vais pas, à longueur de journée, mentir aux gens pour voler des millions ou des milliards. Je ne suis pas dans la politique pour avoir un parc automobile chez moi et, chaque jour, en prendre un pour snober les Sénégalais que je croise dans la rue. J'y suis, pour soulager les familles sénégalaises des énormes difficultés auxquelles elles sont quotidiennement confrontées, défendre les causes des Sénégalais... ‘Un jour, j'avais déclaré être intéressé par le poste de maire de la ville de Dakar. Ce qui n'avait pas plu, à l'époque, à l'édile de la capitale sénégalaise. Ces gens-là veulent rester là éternellement. Ce n'est pas possible. Tapha Guèye, maire de la ville de Dakar en 2007, c'est tout à fait possible. Je suis un Dakarois, disposé à occuper le poste. Je pense en avoir les compétences... ‘Le fauteuil du président Wade ? Ah, ça non ! Je n'ose même pas y penser. Non seulement, je n'ai pas le bagage intellectuel pour prétendre à cela, mais je n'y pense même pas. Par contre, la mairie de Dakar, j'y pense. J'ai une base à Fass. C'est un quartier oublié par les politiciens. Chose bizarre, c'est un quartier très apprécié par les politiciens. Il y a aussi Gueule Tapée, Colobane et Liberté extension, là où j'habite... Je pense qu'en 2007, si on ne change pas la date, comme c'est le cas avec l'Oci, je serai là-dedans. D'ailleurs, je me suis inscrit tout dernièrement sur les listes électorales. Le jour où je suis allé, j'ai trouvé beaucoup de monde. J'ai fait comme tout le monde.’ .

Walfadjri : Qui est Tapha Guèye.

Moustapha GUEYE : Moustapha Guèye c'est le lutteur de la jeunesse d'abord, né le 19 octobre 1964 à Dakar au Repos Mandel, devenu le Chu Abass Ndao. J'ai grandi à Fass où j'ai fait des études primaires et coraniques non poussées. Fass a fait de moi ce que je suis devenu. C'est-à-dire un champion de lutte. .

Walfadjri : Un métier avant la lutte.

Moustapha GUEYE : J'ai été soudeur métallique chez mon patron Ibrahima Thiam à Fass pendant 6 à 7 ans. J'en garde encore des blessures à la main et aux pieds. Mes copains apprentis sont toujours dans le quartier et font partie de mes supporteurs dans l'arène. C'est un métier que je n'exerce plus grâce à la lutte qui est devenue ma seconde profession. Mais, à part la lutte, je suis aussi dans les affaires. C'est ainsi que j'ai un groupement d'intérêt économique (Gie) que dirige ma femme et qui s'appelle Gie Lambji. On a souvent des marchés qu'on exécute proprement, mais des fois, nous restons sans boulot pendant un bon bout de temps. .

Walfadjri : Avenir dans l'arène.

Moustapha GUEYE : ‘Je ne sais pas le temps qui me reste à passer dans l'arène. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a eu un changement depuis ma victoire sur Lac de Guiers. Il y a des gens qui me disent que j'ai rajeuni de 20 ans... Je pense quand même à la reconversion. C'est pour cela que Tiger Production est là... ‘Mon fils est déjà intéressé par la lutte. Il connaît toutes les facettes de la lutte : Lutter, frapper, chanter, danser... C'est le supporter numéro 1 de Gris Bordeaux. Sa mère n'est pas d'accord. A chaque fois, elle lui met des claques’. .

Walfadjri : Tapha, acteur de film.

Moustapha GUEYE : ‘C'était un contrat naturel et facile. J'étais à Paris avec un ami, étudiant. Alors qu'on suivait un de mes combats, il m'a parlé d'un ami toubab qui devait être intéressé par la lutte. Lorsque, quelques jours plus tard, on s'est rencontré et que le gars a vu le combat, avec tout le folklore qu'il y avait derrière, il a voulu aussitôt travailler sur un projet. Nous avons donc décidé de travailler ensemble sur mon prochain combat. C'était celui contre Mor Fadam. Ils sont venus et ils ont fait leur reportage. Et j'ai touché ce que je devais toucher. Combien ? Je ne le dirai pas. Mais, j'avais touché beaucoup d'argent. ‘Je vais vous dire une chose : à chaque fois que vous me voyez dans l'arène, cela veut dire qu'on m'a payé le prix. Je n'y vais jamais à contre cœur. ‘Pour ce combat, j'ai eu deux cachets : celui du reportage et celui du promoteur... Ils ont fait un mois à Dakar et presque tous les jours, ils prenaient des images. Après la plage, c'était la salle de musculation, le massage... Je peux même dire qu'il n'y avait pas de limite. Ma porte leur était ouverte, parce que j'avais beaucoup gagné quand même. De même que mon adversaire du jour, Mor Fadam parce que, sur le combat, il fallait lui donner une part. Je me voyais mal négocier tout cela et garder tout l'argent pour moi. Ce n'était pas honnête. Il a touché, je crois, 2 millions francs Cfa... ‘Ce qu'on a montré n'est pas grave. On a montré chez moi, interviewé ma mère, Mbaye Guèye (son grand frère) et la maman a montré un peu de thiossane (tradition) à ma sortie de la maison. Les gens en ont fait tout un commentaire... Je n'ai rien à regretter de ce côté-là. Les images sont là et même les générations à venir pourront en profiter. La fierté que j'en ai, aujourd'hui, est que les gens diront que c'est venu de moi, pour mon pays.’ .

Walfadjri : Contrats publicitaires.

Moustapha GUEYE : ‘Le jour où j'ai lutté contre Tyson (Mohamed Ndao), j'avais plus de cinq produits derrière moi. Le cachet n'était pas énorme. Cela tournait autour de six (Tyson) à sept (Moustapha Guèye) millions francs Cfa. Pourtant, les organisateurs ont amassé beaucoup d'argent, ce jour-là, parce qu'il y avait du monde au stade. Et je pense que c'est ce qui a poussé Tyson à demander beaucoup plus de millions lors des combats qui ont suivi. Je vous le dis, on n'était pas content, tous les deux... Personnellement, j'aurais pu bénéficier du double du cachet que j'avais eu ce jour-là. En dehors de ce combat, je n'ai pas eu la chance d'avoir un gros sponsor pour me supporter. Peut-être que cela se fera dans les prochains jours.’ .

Walfadjri : Combine avec Tyson ? .

Moustapha GUEYE : ‘Je n'ai pas fait de combine dans l'arène et je ne pense pas le faire un jour. Il se trouve qu'un promoteur voulait faire un film, L'appel des arènes, le livre d'Aminata Sow Fall. On était les deux lutteurs les plus populaires au Sénégal. Mais le vrai acteur du film s'appelle Nalla. C'est le jour du tournage que le promoteur a monté le combat. Ce n'est pas avant le film. D'ailleurs, on a eu quelques problèmes avec le gars parce qu'on a dû arrêter, tous les deux, un moment, pour préparer le combat.. .Je ne sais pas s'il y aura dans le film une partie du combat, dans la mesure où il n'y avait pas de caméras destinées au cinéma, ce jour-là, dans le stade. Ensuite, on n'en a pas parlé... ‘Aux dernières nouvelles, le gars m'a dit qu'il travaillait sur le montage du son, au Maroc. Mais, un ami m'a appelé récemment pour me dire qu'il a vu le film en Italie et que j'y répondais au nom d'André et que dans la partie qu'il a suivie, j'étais en train de pêcher. Or, notre film a démarré de la sorte. Certainement que le promoteur du film est en train de le lancer en Italie. Malheureusement, on est toujours les derniers servis, dans ce domaine. Il paraît même que le film a gagné un prix. ‘Dans le film, j'avais le rôle d'encadrer un gosse pour l'aider à devenir un grand lutteur. Dans la même lancée, je devais convaincre ses parents, en leur faisant comprendre la noblesse de la discipline. Il y a aussi des séquences de bakks, tout le folklore de la lutte traditionnelle sénégalaise. ‘Quant à Tyson, je ne me rappelle plus exactement, mais ce n'était pas typiquement un lutteur, même si, à la fin, il a fait un combat au stade Iba Mar Diop. J'en ai fait autant. Chacun avait son groupe.’ .

Walfadjri : Une vie d'un compétiteur.

Moustapha GUEYE : ‘Je dois dire que c'est maintenant que je l'ai vraiment. Avant, c'était difficile d'avoir une vie de compétiteur. Ce n'était pas la vie d'un compétiteur. Aujourd'hui, je suis entouré de ma femme, de mes enfants... Au moment où on parlait de Tapha à gauche et à droite, ce n'est pas pareil. C'était aller en boîte de nuit pour danser, chanter avec Youssou Ndour, faire la fête, sortir quand on veut... Il n'y avait que cela. Il faut savoir aussi que je n'étais pas un lutteur qui venait de l'intérieur du pays, à qui on a donné une chambre et qui n'avait que les entraînements et les combats, comme occupation. Je n'étais ni un Doudou Baka Sarr, ni un Robert Diouf, ni un Moussa Diamé. J'étais un Moustapha Guèye, né après les indépendances, qui connaît les boîtes de nuit, les clubs, la danse et le style classe et qui s'est retrouvé dans l'arène. Ne vous attendez pas à rompre d'un coup de magie tout cela. J'allais faire la fête comme tout le monde. ‘Ce qui est bizarre, c'est que c'est à cette période que j'ai connu le plus de succès. Autant j'allais tout le temps en boîte, autant les victoires me revenaient. De 1988 à 1993, je faisais la fête après chaque victoire. J'étais tout le temps accompagné d'un groupe de plus de cent personnes. Tous à ma charge. On dansait, on s'amusait durant une semaine et, après, je retournais chez moi. Et c'est durant cette période que j'ai terrassé tout le monde. Je faisais ce que je voulais et je gagnais mes combats. Mieux vaut faire ce dont on a envie et gagner ses combats, que de rester cloîtré dans une chambre. C'était cela ma philosophie... ‘Rien à voir avec El Hadj Diouf. Je ne fais pas allusion à lui, non plus. Ce qu'il fait, je n'ai pas envie de le faire. Je ne veux même pas qu'on parle de lui.’ .

Walfadjri : Penser à arrêter la lutte.

Moustapha GUEYE : ‘Je ne le cache pas. C'était après ma défaite contre Bombardier, le nul avec Mohamed Ali... Durant cette période, j'étais blessé à un doigt de la main, depuis, il ne se plie pas d'ailleurs. J'ai fait, durant cette même période un accident et je suis resté quatre mois à l'hôpital. Finalement, je suis resté un an sans faire de compétition. C'était des moments très durs pour moi. Les gens me demandaient d'arrêter la lutte, sous prétexte que c'était mystique. A partir de là, je n'avais plus envie de lutter. Seulement, il se trouve que c'est le seul métier que j'ai et qu'au Sénégal, tant que vous n'êtes pas au devant de la scène, on ne vous connaît pas. Je suis donc resté. Grâce à Momar Ndiaye (le président de l'écurie Fass, Ndlr) qui m'a beaucoup soutenu dans ces moments difficiles.’ .

Walfadjri : Associations des lutteurs.

Moustapha GUEYE : ‘Elle est toujours là. Je suis toujours le président. Lac de Guiers a également un poste qu'il occupe dans l'association. Malheureusement, il se pose un problème de temps. On n'est pas souvent disponible. A chaque fois qu'on doit se réunir, il y a quelqu'un qui a un combat. La dernière fois, c'était Bombardier ; il ne pouvait donc être là. Si c'est Tapha Guèye aussi, il ne peut pas être là. Ce qui n'empêche pas les réunions de se tenir. On essaie de défendre nos intérêts. Nous sommes une structure valable et reconnue.’ .

Walfadjri : Arène nationale.

Moustapha GUEYE : ‘C'est toujours dans le domaine du possible. Le maire de la ville de Dakar est en train d'abattre du bon boulot. Il fait quelque chose de bien. Mais, c'est lui-même qui nous avait promis une arène municipale. Et on attend. Les plans sont toujours là. Seulement, on attend encore. Le président (Wade), lorsqu'il en a parlé pour la première fois, cela fait trois ans, si je ne me trompe. On attend toujours. Le site, c'est depuis le temps de (Abdou) Diouf, à côté du stade de l'Amitié (Léopold Sédar Senghor). J'ai eu l'occasion de discuter sur la question avec le président Diouf, lorsqu'il m'avait reçu, en France, juste après son départ. Il m'a demandé si l'arène était déjà construite... On attend que les autorités nous édifient sur la question’..

Walfadjri : Tiger Production en veilleuse.

Moustapha GUEYE : ‘C'était difficile en tant que lutteur en activité d'exploiter cette affaire. Pourtant, l'idée m'est venue d'un grand frère du nom de Mbaye Fall, qui m'avait conseillé de créer cette unité de production qui pouvait m'aider à joindre les deux bouts. Mais des promoteurs m'ont fait la guerre, en faisant prospérer de fausses idées qui allaient me créer des ennemis chez les lutteurs. Ce sont des idées du genre : ‘Pourquoi vous acceptez que Moustapha Guèye vous engage et gagne de l'agent grâce à vous, alors qu'il est lutteur comme vous ?’ ‘Il se fait riche sur votre dos...’ Alors que je ne suis pas riche. D'ailleurs, aucun lutteur n'est riche. Dieu merci, nous vivons bien. Mais ceux là qui nous empêchent d'organiser des manifestations de lutte, sont devenus plus riches que nous les lutteurs. Ce n'est pas par méchanceté que je le dis, mais c'est la réalité. ‘Ce sont des idées nihilistes qui ont fait qu'à un moment donné, j'ai pensé arrêter l'exploitation de cette affaire. Et pourtant, de grands lutteurs ont été promus par Tiger Production, dont entre autres Zale Lô contre Niabaly au stade Assane Diouf dans un combat très populaire, de même que Khadim Ndiaye contre Boy Kaïré qui ont fait un combat de grande envergure. D'autres lutteurs ont bénéficié de la promotion de cette unité de promotion de la lutte. Ils ont fait capoté cette belle initiative, alors que beaucoup de jeunes lutteurs demandaient à être promus. ‘Pourtant, Tiger Production était en règle avec la loi. Or, je me demande si les unités de production de la lutte qui essaiment maintenant à travers le pays peuvent en dire autant. J'en doute fort. Chacun se lève et décrète Mbaye Production, Doudou Production, etc. Mais est-ce qu'ils sont inscrits sur les registres de commerce du pays ? C'est à voir. ‘Avant, on entendait seulement que telle personne va organiser un combat. Je suis le premier à créer une unité de production dans l'arène, avec des papiers légalement constitués. Et la structure existe toujours. Elle est dirigé actuellement par le manager général Abass Ndoye qui l'exploite. Et si demain, je cessais de lutter, je serais au devant de la scène pour tenir les rênes de ma structure qui est entre de bonnes mains présentement. Manga II est promoteur de lutte, après sa retraite sportive et il le fait bien, avec beaucoup de sérieux. Pourquoi pense-t-on que nous les lutteurs, nous ne devons pas gérer des structures de promotion ? ‘Les footballeurs sont devenus leurs propres promoteurs. Ce sont eux qui gèrent le football maintenant. Où sont les Platini, Pelé et autres grands du football mondial ? Ce sont eux qui sont aux affaires dans le football. C'est Beckenbauer qui gère la prochaine coupe du monde en Allemagne. Pourquoi ne devons-nous pas gérer la lutte demain au Sénégal ? La lutte aux lutteurs. Pourquoi Moustapha Guèye ne pourrait-il pas demain être entraîneur de lutte gréco-romaine ? .

Walfadjri : Lutte gréco-romaine.

Moustapha GUEYE : ‘J'ai mon diplôme de 1er degré en la matière. C'était lors d'un stage en 1987/1988, avec les meilleurs techniciens de la discipline. Ce que beaucoup de gens ne savaient pas. Je suis capable d'emmener des médaillés même des Jeux olympiques. Il n'y a que la lutte qui peut amener dans ce pays une médaille olympique. Et nous avons les athlètes doués pour décrocher le sésame. Nous n'avons jusqu'ici qu'un médaillé d'argent olympique en la personne d'Amadou Dia Bâ. Il faut mettre les moyens à la disposition des techniciens et lutteurs, pour avoir ce que nous voulons. ‘J'ai fait un stage de 40 jours pour devenir vice-champion d'Afrique. C'est vous dire que nous avons les compétences pour monter sur le toit olympique en lutte. Pourquoi aller prendre des entraîneurs ailleurs alors que nous avons des compétences ici qui peuvent faire le travail que les Européens font. La preuve, lors de la dernière coupe d'Afrique, les demi-finales ont été dirigées par des entraîneurs locaux et la finale a été remportée par un entraîneur égyptien. Alors, il faut cesser ce complexe envers les Européens’..

Walfadjri : Départ de l'équipe nationale de lutte gréco-romaine .

Moustapha GUEYE : ‘C'était difficile. On en sort avec des poignets déboîtés, des muscles endoloris et il n'y avait pas d'argent à gagner. Imaginez que nous touchions à l'époque 1 250 F Cfa par jour comme perdiem. Avec cela, on ne peut même pas acheter des cadeaux pour la famille qui attend depuis plus d'un mois notre retour de l'étranger. Faites le calcul et vous verrez que les lutteurs ont raison de se tourner vers la lutte avec frappe où on peut gagner en un combat dix mille fois ce qu'on touche en un mois avec l'équipe nationale de lutte gréco-romaine. Et même pour toucher aux primes de compétition, c'est la croix et la bannière. Ce qui décourage beaucoup de jeunes lutteurs qui ont des prédispositions dans ce domaine. S'y ajoute le manque de considération à l'endroit des lutteurs, la coupe devient pleine. Personne ne les reçoit à l'aéroport, ni dans les bureaux, encore moins dans les grandes cérémonies, alors qu'ils rentrent avec beaucoup de médailles d'or au cou, à l'inverse du football qui n'a rien amené dans ce pays et qu'on reçoit avec les honneurs et beaucoup d'argent. Ça suffit. ‘Présentement, ils sont en regroupement et doivent aller défendre les couleurs du pays dans le cadre de la Cedeao à Niamey. Les conditions d'existence ont-elles changé ? Est-ce que la prime journalière a augmenté ? Des questions qui méritent des réponses pour mettre nos lutteurs dans les conditions de performance. Nous lutteurs, nous sommes des Sénégalais comme les footballeurs qui sont des milliardaires. Ce n'est pas normal. A la limite, c'est irrespecteux pour les lutteurs sénégalais qui sont les pourvoyeurs de médailles de ce pays et qui attendent quatre à cinq mois pour recevoir leurs primes, alors que les footballeurs repartent avec leurs sous au sortir d'une expédition ratée. Personne n'ose faire attendre les footballeurs pour entrer dans leurs sous au sortir d'une campagne.

Walfadjri : Part de responsabilité du Cng

Moustapha GUEYE : 'Mais ce n'est pas le Cng de lutte qui détient le cordon de la bourse. C'est le ministère des Sports qui administre, gère et finance le sport sénégalais qui doit mettre à la disposition du Cng de lutte, délégataire de pouvoirs, les moyens financiers nécessaires pour la promotion de la lutte. Aucune subvention ne tombe depuis des années, m'informe-t-on. Or toutes les disciplines sportives qui faisaient la fierté du Sénégal, tant au plan national qu'international, ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes. Ni le basket ball, ni le football, encore moins le handball et le judo ne polarisent ni ne mobilisent plus. Seule la lutte est devenue attractive et attrayante et est devenue la vitrine sportive de notre pays, avec quelques autres disciplines des sports de combats. Rien ne vient des footballeurs, encore moins des basketteurs. Les judokas font-ils encore des résultats comme du temps où les Ankiling Diabone, Abdoulaye Koté et autres revenaient avec des médailles d'or des compétitions internationales ?'

Walfadjri : Réaction des lutteurs

Moustapha GUEYE : 'Avant nous, nos aînés, les Mbaye Guèye et autres, nos devanciers des années 50/60 étaient souvent des illettrés. Seulement, notre génération de lutteurs est constituée d'intellectuels, des gens qui mettent en avant leur intelligence, qui réfléchissent, qui mettent en pratique des stratégies pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent à eux. On n'est plus du temps des Falang, Bosco, Modou Diakhaté qu'on exploitait'.

Walfadjri : Virus de la lutte

Moustapha GUEYE : 'C'est à l'âge de 17 ans que Birahim Ndiaye m'a emmené pour la première fois dans les Mbappates de Yoff où j'ai fait onze combats, dont dix victorieux pour une défaite. Je suis rentré fatigué et, le lendemain, je suis tombé malade, avec des courbatures partout dans un corps meurtri. De quoi mettre ma mère dans tous ses états. Elle ne voulait pas que j'y aille, mais à force de lui parler pour la convaincre de me laisser y aller, Birahim a eu gain de cause. C'était vers la fin de la carrière de Mbaye Guèye. Avant, il me demandait pourquoi je ne voulais pas devenir lutteur, qu'est-ce qui m'empêchait de pratiquer ce sport, etc. Finalement, il m'a convaincu, m'a encouragé, encadré et me conseille avec l'ensemble des grands de l'époque comme Toubabou Dior, Amadou Katy Diop, Mbitta Ndiaye, Mame Gorgui Ndiaye, Mor Nguer, Alassane Diakhaté et autres célébrités de l'écurie de Fass, comme feu Boy Nar Fall. C'est ainsi que j'ai commencé à m'entraîner. Et, à l'époque, c'est devant chez Mbaye Guèye qu'on s'entraînait. 'J'ai fréquenté les mbappattes de Thiès, de Pire, des villages lébous environnants, pour mon apprentissage, avant de me produire au drapeau du chef de l'Etat où je suis allé jusqu'en finale après des éliminatoires fort disputées. Malheureusement, par suite d'une décision contestée après un combat que Cheikh Mbaba avait gagné, les organisateurs ont déclaré son adversaire vainqueur et l'écurie a déclaré forfait pour la suite de la compétition. Alors que je devais combattre en finale un lutteur du nom de Cheikh Tidiane. 'Mon premier combat dans l'arène a eu lieu en 1986, lors du combat entre Mor Nguer et Mohamed Ali. En deuxième combat, j'avais battu Doudou Diom de l'écurie sérère'.

Walfadjri : Mais qui est lutteur ?

Moustapha GUEYE : 'Le lutteur, c'est celui qui vient dans l'arène avec l'intention de lutter, qui fait la rentrée traditionnelle communément appelée 'Tousse' avec une rythmique traditionnelle. Le lutteur, c'est celui qui vient faire des backs dans l'arène pour égayer les amateurs, ses fans et les sportifs. C'est le prototype d'un Falaye Baldé ou d'un Boy Niang, qu'on appellait 'Séw Niandou', un lutteur qui n'est ni long, ni costaud, encore moins du genre Bombardier. Le vrai lutteur, c'est celui qui donne du plaisir à l'arène, en faisant de la lutte pure avec toutes les facettes techniques, spectaculaires et audacieuses. Il doit être coté à la bourse de la popularité, avec un palmarès éloquent. C'est quelqu'un qui, à chacune de ses sorties, fait se lever les foules en délire, par des backs et des défis de grande envergure. Enfin, c'est celui qui vient pour lutter avec tous les lutteurs, sans calcul, ni prétention autre que le sport. 'L'argent fait partie du jeu. Sans cachet, il ne peut y avoir de combat de lutte. Chaque lutteur sait combien il vaut, pour tel ou tel combat. Il y a des lutteurs de série et de seconde zone, il ne faut pas se voiler la face. Certains lutteurs sont des génies, des champions de lutte, qui savent faire le spectacle, donner du plaisir et répondre à l'attente des amateurs, avec tout ce que cela demande en terme de préparation, de sensation, de frayeur et de sportivité. Il arrive que le vrai lutteur tombe devant un 'thiouné' de la lutte. La force peut y jouer un grand rôle, mais aussi le manque de respect vis-à-vis de l'adversaire'.

Walfadjri : Catégorisation de l'arène demandée par les amateurs

Moustapha GUEYE : 'Vous avez vu ce qui s'est passé récemment à Thiès avec Bombardier que Balla Bèye n°2 a battu alors que personne ne misait sur ce dernier, à cause de la différence de poids. Lors de mes combats contre Mohamed Ali, Mame Ndieumbane, Ibou Ndaffa, personne ne pouvait imaginer qu'un poids intermédiaire pouvait battre un super poids lourd. Cela ne veut pas dire qu'il faut toujours programmer des combats du genre. Il faut faire attention et y aller avec beaucoup de circonspection. Il y a des lutteurs qui peuvent s'en sortir face à des super lourds. La chance y joue aussi un rôle ainsi que la stratégie. C'est ce qui est arrivé à Thiès.' (A suivre)

 

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Auteur: Babacar N - Le Soleil

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