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PRÈS DE DEUX SIÈCLES APRES LE SUICIDE DES FEMMES : NDER, UN DEVOIR DE MÉMOIRE
   Par | Lobservateur |  Mardi 13 mai, 2008 16:51  | Consulté 26738  fois  | 0 commentaires   Favoris
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Perdu au fin fond du Walo, le village de Nder, qui fait partie de la Communauté rurale de Ross Béthio, dans le département de Dagana, ressemble à un mirage au milieu d’un désert. Aucun panneau qui indique la position de cette ancienne capitale du Walo. Et pour s’y rendre sans risque de se perdre, il faut être solide et avoir un bon guide qui maîtrise la route. Ce célèbre village est très enclavé et difficile d’accès.

Nder est situé sur les rives du lac de Guiers. On y accède, en venant de Saint-Louis, par une piste cahoteuse en très mauvais état qui part de Nadiel ou de Colonat. Un paysage triste accueille le voyageur avec de vastes champs de patates, et aussi quelques périmètres envahis par une colonie de typhas. Quelques curieux habitants des hameaux qui se sont créés au fil des ans se sont installés aux abords de la piste pour regarder de près les rares voitures qui passent et qu’ils n’ont pas l’habitude de voir souvent, quitte même à avaler toute la poussière soulevée par leur passage. Des bergers conduisent tranquillement leurs troupeaux dans des zones beaucoup plus vertes. Cette partie de la province du Walo, naguère prospère, est aujourd’hui plongée dans un profond anonymat et même un marasme.

Et pourtant, Nder a tout pour mériter un statut beaucoup plus digne de son rang. Car si, aujourd’hui, la femme sénégalaise a su acquérir une dignité, Nder, avec sa tragédie, en est pour quelque chose. Puisque c’est à Nder que les femmes, à bout de résistance, se sont immolées collectivement plutôt que de tomber entre les mains des esclavagistes maures venus du Trarza. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis et, aujourd’hui, dans ce village, la vie est calme, paisible. Et un inconnu qui met pour la première fois les pieds aura du mal à croire que ce fameux mardi du mois de mars 1820, alors que le Brack était à Saint-Louis accompagné des dignitaires et que les hommes étaient occupés aux travaux des champs, les Maures du Trarza avaient attaqué le village où seuls se trouvaient les femmes, les vieillards et les enfants. Dans les quelques maisons qui composent aujourd’hui le village de Nder, les habitants qui sont soient des petits-fils de ces valeureuses femmes ou des étrangers que la destinée a menés dans ce coin perdu, ne mesurent pas l’ampleur du geste de leurs ancêtres qui ont permis au village de Nder d’entrer dans l’histoire et d’être connu à travers le monde.

Car, à l’heure où l’on célèbre la femme un peu partout, ces gens vaquent tranquillement à leurs occupations et se demandent, sans en rêver, quand le vent du changement soufflera sur Nder.

MALGRE LE HANDICAP DE L’OUBLI : Les populations toujours attachées à leur Nder

Avec ses 650 habitants, le village de Nder est aujourd’hui à des années lumières de ces villages modernes qui ont bénéficié du vent du changement. Même s’il dispose d’une école élémentaire qui date des années 90, d’une case des tout-petits et d’une case de santé avec une seule matrone, le village de Nder fait face à un manque criard d’infrastructures.

Ce village, jadis prospère, qui a fait son temps et marqué l’histoire avec sa fameuse tragédie, semble oublié.

Nder n’est pas électrifié, n’a pas de marché, d’école digne de ce nom, de dispensaire, de maternité. Les femmes enceintes, pour leur accouchement, doivent se rabattre vers Gnith, distant d’une dizaine de kilomètres. Et en charrette. Nder n’a pas de route, si ce n’est une piste cahoteuse qui devient impraticable pendant l’hivernage.

Et le comble, c’est que les femmes sont toujours absorbées par les tâches ménagères et le dur labeur des champs ingrats. Malgré ce handicap, les populations sont très attachées à leur Nder. Les hommes ne sont tentés ni par l’exode rurale et encore moins par l’émigration clandestine. Ils ont préféré rester près des siens pour s’adonner à l’agriculture, leur principale source de revenu, la pêche et le commerce. Et pourtant, chaque année, ce sont des centaines de curieux issus de contrées lointaines qui viennent visiter ce site laissé à lui-même. Quels sentiments éprouvent-ils en découvrant que Nder n’est rien d’autre qu’une pauvre bourgade perdue au milieu du Walo ? La seule question qui hante l’esprit du visiteur demeure celle de savoir comment ce village, qui a joué un rôle très important dans l’histoire du Sénégal, peut être démuni à ce point.

Indignées et outrées, les populations ne crient pas au scandale, mais réclament une toute petite reconnaissance de la part des autorités, à la mémoire de ces braves femmes qui ont préféré la mort à la captivité. Un geste noble et rare qu’on devrait éternellement magnifier. Le Sénégal et l’Afrique tout entière leur sont redevables, car elles ont su valoriser la dignité, la bravoure et l’honneur. Ces nobles vertus sont aujourd’hui foulées au pied par des générations en perte de repères.

PRES DE DEUX SIECLES APRES LE SUICIDE COLLECTIF DES FEMMES : Un devoir de mémoire réclamé

La postérité retient que les femmes de Nder, après avoir tenu tête aux envahisseurs maures et leurs alliés, le mardi 7 mars 1820, ont préféré s’immoler par le feu. Elles ont pris cette option lorsque les envahisseurs s’étaient aperçus que ceux qui les avaient mis en déroute n’étaient « que des femmes ». Ils se sont organisés pour passer à la contre-attaque. Les femmes de Nder, qui savaient que la seule issue qui se présentait à elles était la captivité, ont alors décidé de se donner la mort, plutôt que de se laisser prendre vivantes.

Elles ont envoyé les enfants se cacher et mis le feu aux cases, ne laissant qu’une seule survivante chargée de répéter leur geste lorsque le Brack serait de retour de Saint-Louis où il était allé prendre des soins, suite à une vilaine blessure contractée dans les champs de bataille. Aujourd’hui, à Nder, il ne survit qu’un gros baobab sur le lieu du sacrifice. Aucun ouvrage commémoratif n’a été édifié.

Pourtant, le 7 mars 1820, la localité a inscrit son nom dans l’Histoire. Il est vrai que rien, a priori, ne renvoie à cette fin d’après-midi horrible et tragique que la postérité retient sur le registre oral seulement. Pas une stèle, ni un mémorial, encore moins un musée pour rappeler l’acte suprême de bravoure des femmes qui firent don de leur vie, plutôt que de se laisser capturer par les envahisseurs maures et leurs alliés. Ce que les populations retiennent, c’est qu’à chaque prière, les descendants des braves femmes de Nder prient pour le repos éternel de ces martyres.

OUSSEYNOU DIOP, DIRECTEUR DE L’ECOLE ELEMENTAIRE : « Le village mérite au moins un mémorial »

« Nder a marqué l’histoire du pays à travers le fameux Talaatay Nder. Nul n’ignore cette histoire. Même le chef de l’Etat, dans ses discours, évoque souvent Nder qu’il cite en exemple. C’est dire que Nder occupe une place importante dans l’histoire du Sénégal. Malgré tout cela, Nder manque terriblement d’infrastructures.

Le village n’est pas urbanisé. Il n’y a pas de route, pas de dispensaire, ni de marché. Le village n’est pas électrifié et l’école n’a pas de clôture. Tout cela est du à une négligence des autorités. Nder, à l’heure qu’il est, devait dépasser ce stade de village anonyme. Nder est connu à travers le monde, mais toute personne qui y débarque a du mal à croire qu’il est dans ce village qui, par le passé, a connu une fulgurante renommée grâce à ses femmes qui ont préféré s’immoler par le feu plutôt que de devenir des esclaves. Nous ne sommes pas d’ici, mais ce que nous souhaitons, c’est que Nder se développe, qu’il y ait des infrastructures et que son histoire soit immortalisée ».

Reportage de Saliou Fatma LÔ et Samba Oumar FALL

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