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CASAMANCE : L'OFFENSIVE CONTRE SALIF SADIO PIETINE
Hier, mardi 21 mars, des chars blindés sont venus renforcer, à Sao Domingo, l'artillerie bissau-guinéenne qui pilonne depuis trois jours les alentours des localités de Baraca Mandioca où se trouverait « l’Etat major militaire du maquis ». Et de Bamcére, où résistaient toujours des partisans de Salif Sadio, le général auto-proclamé de la branche militaire du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc), Atika, selon des sources généralement bien informées depuis la capitale du Sud du Sénégal. Encore « invisible », après une semaine de tirs et de ratissages, Salif Sadio se serait retranché au Sénégal ou en Gambie voisine, croient savoir les mêmes sources, tandis que dans ses bases-arrières, ses combattants semblent encore se jouer de l'armée bissau-guinéenne qui progresse lentement, en terrain miné.
On apprenait hier, mardi 21 mars depuis Dakar, que notre confrère Alain Yero Embalo, ancien correspondant de Sud Communication et actuel collaborateur de Radio France international (Rfi) qui se trouvait sur le terrain,-lui qui est maintenant un habitué de telles situations,- a compté les coups de canons de 105 « s’alternant avec l’orgue de Staline bissau-guinéenne », a-t-il révélé dans son compte-rendu, qui pilonnaient les positions des hommes de Salif Sadio dans la zone de Baraca Mandioca dans le département de Sao Domingo en Guinée-Bissau. Les tirs ont embrasé la forêt dense, a-t-il informé, qui sert de base-arrière aux partisans de Salif Sadio. L’homme présenté comme « l’empêcheur » d’aller à la table de négociation pour une « paix dans la vérité et la justice, une paix qui n’est pas bricolée », pour reprendre approximativement le leitmotiv de l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor, président du mouvement irrédentiste casamançais, fait l’objet d’un « contrat » de mise à mort. Certains de ses anciens compagnons voudraient l’éliminer purement et simplement de la carte avec le concours de l’armée bissau-guinéenne et sous l’œil intéressé de Dakar. La justice sénégalaise l’avait condamné en janvier dernier, par contumace, à cinq ans de prison pour «atteinte à l'intégrité du territoire», tandis que les journalistes de Sud Quotidien et de Sud Fm « Sen radio » parmi lesquels, l’auteur de l’entretien qui avait suscité le courroux des autorités sénégalaises, avaient été relaxés purement et simplement.
Cependant, les dégâts collatéraux dans cette offensive contre Salif le « rebelle » déclenchée depuis maintenant plus d’une semaine commencent à inquiéter. La ville de Ziguinchor est envahie par les populations des localités environnantes qui fuient les combats, tandis que l’armée « étrangère » ne manque pas de déborder ses lignes.
N’empêche. «C'est un pays ami et ils ne nous veulent que du bien; même s'ils débordent dans notre frontière, nous sommes des panafricains et ils sont chez eux au Sénégal», aurait répondu lundi le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gaudio, interrogé par nos confrères de l’Agence France Presse (Afp) sur l’offensive bissau-guinéenne. La faction du Mfdc «qui veut la paix a demandé à l'armée bissau-guinéenne de les aider, en contrôlant la frontière, comme ça ils nettoient les poches de résistance», a ajouté le chef de la diplomatie sénégalaise. De fait, Dakar semble jouer à Ponce Pilate dans cette affaire. S’en lavant les mains. D’ailleurs, «l'armée sénégalaise n'est pas du tout impliquée».
Néanmoins, en une semaine, l’opération de nettoyage bissau-guinéenne a vidé de leurs populations civiles les localité de Baraca Mandioca (des centaines d’âmes) et de Bamcére (une dizaine de familles), sans jamais venir à bout des indépendantistes basés dans diverses clairières, au bord de cours d’eau, avec des vigiles en lisière de forêt et force de cordons de mines artisanales, qui explosent en chaîne au premier mouvement imprudent. Selon Alain Yero Embalo, l’arrivée de démineurs a permis à l’armée bissau-guinéenne de faire progresser son front, le déminage d’un puits lui permettant de se fixer quelques centaines de mètres plus loin. Mais, outre le problème des mines, la pertinence des assauts groupés au sol reste limitée par la tactique des guérilleros casamançais. A pieds, sans uniformes, fusils d’assaut, lance-roquettes Rpg 7, ou mortiers portables à l’épaule, les indépendantistes se meuvent comme poissons dans l’eau dans une région où la population leur est souvent acquise. Adeptes du téléphone mobile, ils pratiquent avec beaucoup d’habileté la «technique du cinocéphale», qui consiste à se dissimuler sur les cimes des palmiers dont ils empruntent les feuillages, rapporte Alain Yero Embalo. Leurs adversaires leur prêtent aussi la capacité de «disparaître au premier flair», comme l’antilope. Renseignement et camouflage sont leurs meilleures armes, comme en témoigne une marmite fumante encerclée par des soldats bissau-guinéens, sous les yeux de notre envoyé spécial. Quand ils sont à bout de ressources, les guérilleros passent la frontière, à deux ou trois kilomètres à l’intérieur du Sénégal. Certains se replient dans une zone encore plus boisée, en bord de mer, du côté de Cap-Skiring. Côté bissau-guinéen, ils peuvent toujours compter sur leurs positions voisines, à Nhabalang et à Bofa. Avant de relancer l’offensive à l’Est, mardi, en direction de Baraca Mandioca, l’armée intensifiait ses efforts pour reprendre le contrôle de la route reliant Sao Domingos à la côte Atlantique. Les villageois de la région sont invités à rester chez eux. Mais déjà, dans la région frontalière de Ziguinchor, la ville principale de Casamance, au Sénégal, les organisations humanitaires ont dû fournir vivres et couvertures à plus de 500 réfugiés. Mardi matin, l’armée bissau-guinéenne appelait au retour des quelque 3 000 habitants des environs de Sao Domingos qui avaient été priés, dimanche, d’évacuer la zone des combats. «Les soldats sont là pour assurer votre sécurité», leur promettait sur la radio locale le lieutenant-colonel Antonio Ndiaye. Un bilan officieux faisait état de plusieurs morts parmi les rebelles et les civils et de cinq morts au sein de l'armée bissau-guinéenne. Salif Sadio ne figurait toujours pas parmi les morts ou les prisonniers. Mais en annonçant la reddition de deux de ses lieutenants, qui lui auraient fourni de précieuses informations pour loger ses adversaires, ou, du moins localiser leurs «portes de sortie», l’armée bissau-guinéenne a battu le rappel de ses troupes postées sur l’Atlantique. Pilonnages et ratissages battaient leur plein mardi, en fin d’après-midi. Souhaitons que cela ne soit une réédition de l’offensive dans la même zone en 2001 des hommes du même officier alors, simple officier supérieur Bissau guinéen ? Ce serait, une trêve inutile dans le processus de paix qui était pourtant bien engagé. Pour l’heure l’offensive piétine. |