Korité à Thiès : L'imam Ndiour crache du feu sur Wade, Ndèye Guèye...
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| Auteur: Theunguiethe |
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Posté
le : 2007-10-15 22:03:25 |
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Bonnes vendre ...
Bienvenue l'aroport Rafic-Hariri", susurre une voix fminine tous les quarts d'heure. 7 h 30 du matin, le hall est vide. Seule une salle d'attente est noire de monde. Sur le mur, un panneau indique "zone de rception pour les bonnes". Des chrtiens, des musulmans, des couples, des familles entires, arrivent. Parmi eux, M. Hadj, un mdecin franco-libanais. Il est press, le travail l'hpital l'attend : "Les agences s'occupent de tout, explique-t-il, mais il faut venir soi-mme pour la livraison de la bonne." "En 2002, j'ai littralement sauv de la famine une Togolaise en la prenant chez moi, raconte une dame en jeans. Je l'ai d'abord paye 50 dollars (35 euros) par mois, mais au bout de six mois, comme elle travaillait trs bien, je l'ai augmente 75 dollars (53 euros)."
Depuis des annes, des jeunes filles d'une trentaine de pays pauvres viennent se placer comme domestiques au Liban. Aujourd'hui, elles sont plus de 90 000 Sri-Lankaises, 30 000 Ethiopiennes, 40 000 Philippines, sans parler des autres nationalits, dont beaucoup de Burundaises et de Malgaches. Une personne sur seize vivant au Liban est une domestique trangre, selon le quotidien anglophone Daily Star. Ces domestiques sont payes 200 dollars par mois pour les Philippines (les plus duques), 150 dollars pour les Ethiopiennes, 100 dollars pour les Sri-Lankaises - moins de 20 centimes d'euro de l'heure. L'employeur peut tout moment "rendre" la bonne, qui, elle, n'a pas le droit de partir.
Ce matin, les futurs employeurs attendent les passagres de l'avion d'Ethiopian Airlines arriv 2 heures du matin : 200 jeunes filles pour l'heure parques sous douane, accroupies les unes contre les autres. Pas de boissons, pas de nourriture, pas de toilettes. Comme l'exige la sret nationale, leur passeport transitera directement des mains du policier des frontires celles de l'employeur.
La jeune Ethiopienne qui foule pour la premire fois le sol libanais ignore que son passeport ne lui sera rendu que le jour de son dpart. Elle ne se doute pas qu' cet instant elle vient de perdre sa libert. Le docteur Hadj vrifie d'un coup d'oeil que le nom correspond celui que lui a donn l'agence, fait, d'un geste du bras, "yalah", sans parole ni sourire. Son maigre bagage la main, la jeune fille tente de le suivre en jetant des regards terroriss de tous cts. Ils doivent se rendre l'agence de placement. L, elle va probablement signer un nouveau contrat, en arabe, avec des conditions qui n'auront plus rien voir avec les engagements pris dans son pays. Son salaire risque de diminuer. Selon l'ambassade des Philippines, certaines jeunes filles travaillent gratis les trois premiers mois, voient la dure du sjour obligatoire passer de deux ans trois ans et sont prives de toute libert : interdiction de sortir seule de la maison, de correspondre avec sa famille et de communiquer avec l'extrieur. Sans parler de la chambre promise qui risque d'tre un balcon, voire la cuisine ! Refuser de signer ? Trop tard. Sans argent, sans passeport, elles voient le pige se refermer.
Le jour de la signature du contrat, l'agence se verse entre dix et quinze fois le premier salaire de la domestique. Une jeune Ethiopienne revient au total 2 400 dollars l'employeur (billet, visa, visite mdicale, contrat chez le notaire, etc.). Une somme importante, dont 60 % reviennent l'agence. A Beyrouth, 380 agences de placement de personnel de maison officielles envahissent le paysage d'affiches publicitaires. Il y a quelques annes, l'une d'entre elles avait mme propos des soldes de Sri-Lankaises !
21 juin 2007. Anlyn Sayson, une jolie Philippine de 21 ans, arrive au Liban. Le 29 juin, elle meurt, en se jetant d'un balcon du cinquime tage d'un appartement de Beyrouth. Que s'est-il pass durant cette semaine pour pousser une jeune fille sans histoires se suicider ? Selon la police libanaise, la jeune domestique aurait fait une crise de nerfs chez ses employeurs Tripoli, dans le nord du pays. Ceux-ci l'auraient illico ramene l'agence de placement NK Contrat, Beyrouth. Le patron de l'agence, Negib Khazaal, raconte que la jeune fille tait trs excite et que l'un de ses employs lui aurait donn des calmants avant de la laisser seule dans l'appartement. A 3 heures du matin, les voisins ont entendu des cris. Ils ont trouv le corps fracass de la jeune fille gisant sur le trottoir. Rsultats de l'autopsie : il y avait des doses massives de mthanol, une substance neurotoxique particulirement dangereuse, dans l'estomac d'Anlyn Sayson.
Si sa mort a donn lieu quelques lignes dans la presse locale, la plupart de ces suicides ont lieu dans l'indiffrence totale. Pourtant, le nombre de suicides de domestiques ne cesse d'augmenter : 45 Philippines, 50 Sri-Lankaises et 105 Ethiopiennes se sont suicides ces quatre dernires annes. "Dans de nombreux cas, raconte Sami Kawa, mdecin lgiste, les mortes sont couvertes d'ecchymoses, de morsures ou de brlures."
Tout un systme d'exploitation est en place o chacun, Etat, agences, employeurs, joue sa partition, souvent avec la complicit des pays d'origine. Depuis 1973, le Liban "importe" des domestiques trangres qui ne sont protges par aucun texte de loi : le code du travail ne s'applique pas elles. Et selon les associations caritatives, leur situation ne cesse d'empirer. "Depuis quelques annes, nous enregistrons une augmentation des actes de violence et de viols", explique-t-on Caritas.
"A ma connaissance, il n'y a pas eu au Liban une seule condamnation pour crime ni pour viol en trente ans, seulement quelques rares et faibles condamnations au pnal pour coups et blessures", souligne Me Roland Tawk, qui dfend les domestiques depuis plus de dix ans. La plupart des affaires se traitent la libanaise : comme la majorit des cas de maltraitance s'accompagnent de non-paiement de salaire, la victime laisse tomber sa plainte pour viol contre le versement de son salaire, ou bien le salaire est totalement oubli, mais elle rcupre enfin son passeport. La violence n'est pas l'apanage des employeurs. Ici, on peut faire corriger une bonne par la police ou, plus frquemment, par les agences de placement.
Le rsultat d'un sondage effectu par l'association Caritas en 2007 auprs de 600 employeurs est difiant. Plus de 91 % des sonds confisquent le passeport de l'employe, 71 % ne la laissent pas sortir seule, plus de 31 % avouent la battre, 33 % limitent sa nourriture, 73 % surveillent ses frquentations et 34 % la punissent comme un enfant.
Elles sont quarante, caches au sous-sol de l'ambassade des Philippines. Trente l'ambassade du Sri Lanka. Autant dans une annexe de l'ambassade d'Ethiopie. Toutes veulent rentrer au pays mais n'ont pas touch leur salaire depuis des mois voire des annes. Les journaux publient les noms et souvent les photos de celles qui sont en fuite, et la police est charge de ramener les fuyardes l'employeur de gr ou de force.
A l'ambassade d'Ethiopie, Yeftusran, 22 ans, est prostre sur une chaise depuis le matin. Elle a un bras cass. L'assistante sociale de l'ambassade, Lina, Libanaise compatissante, tente de comprendre son histoire, mais Yeftusran est mutique, hormis quelques mots qu'elle rpte en boucle : "Je veux rentrer Addis-Abeba." Ses yeux sont vides, sa dtermination est terrifiante. Au bout de plusieurs heures, la jeune femme lche par bribes son histoire. Depuis quatre ans, elle vit dans une famille de campagnards, dans le nord du pays. Le fils de 22 ans lui a cass le bras parce qu'elle n'avait pu - ou su - ramasser la grand-mre impotente qui gisait au sol. Yeftusran ne veut ni voir un mdecin ni en dire plus. Le lendemain, l'ambassade fera chercher ses affaires personnelles pour l'expdier Addis-Abeba. "Nous avons eu trois suicides cette semaine, j'ai peur pour celle-ci, murmure Lina. Une Ethiopienne arrive il y a deux jours est l'hpital. Elle serait tombe d'un balcon", poursuit l'assistante sociale en levant les yeux au ciel.
Environ 400 domestiques croupissent en prison pour des vols imaginaires, affirme Me Roland Tawk. Ds qu'une employe de maison prend la fuite, l'employeur dpose plainte pour vol. Durant l't 2006, l'attaque isralienne au Liban et le dsarroi des Libanais fuyant les bombes ont t largement couverts. Les mdias ont voqu, sans s'attarder sur le sujet, le nombre de 30 000 domestiques abandonnes dans des appartements ferms clef, souvent avec le chien. A leur retour, les employeurs taient furieux. La domestique tait partie ! "Nous avons eu beaucoup de mal rcuprer leurs passeports, certains employeurs menaaient d'entamer des procs pour abandon de poste", raconte Annie Israel, assistante sociale l'ambassade des Philippines.
Le dimanche, les services religieux sont bonds Beyrouth. Les domestiques qui ont droit au cong hebdomadaire et celles qui sont en fuite se retrouvent. A l'glise Saint-Joseph, le Pre MacDermott, un Amricain de 75 ans install au Liban depuis trente ans, dnonce chaque dimanche le calvaire des domestiques et souhaite que la hirarchie chrtienne s'implique. En 2001, les vques du Moyen-Orient ont publi un rapport sur le calvaire des domestiques, mais il est rest confidentiel.
En 1948, le Liban a sign un trait contre la confiscation des papiers d'identit. En 1991, la Convention des droits de l'homme est devenue partie intgrante de la Constitution libanaise.
Dominique Torres.
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