17 décembre 1962 : le jour où le Sénégal emprunta des sentiers obscurs
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Posté
le : 2008-12-17 18:11:43 |
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Avec le recul, en 1999, Mamadou Dia explique :
“ Il (l'échec de la Fédération) a résulté de causes objectives et subjectives, dont la plus déterminante semble liée au fait que les concepteurs du projet n'avaient pas suffisamment pris en compte la force du micro nationalisme dans l'esprit des chefs politiques et des populations elles-mêmes. Il s'y ajoute qu'après le retrait de nos autres partenaires, la Fédération s'est réduite à un tête-à-tête entre Sénégalais et Soudanais qui ne pouvait qu'être un dialogue de sourds à l'époque, sans possibilité d'arbitrage ni même de résolution démocratique des conflits.
Avouons aussi que de nombreux Sénégalais n'étaient pas enthousiasmés par une construction fédérale à laquelle ils avaient le sentiment d'avoir tout apporté, notamment Dakar et ses infrastructures, sans véritable contrepartie. Et que la partie soudanaise n'était pas non plus exempte de péchés. ”
Entre le 15 et le 19 août, Mamadou Dia s'assure sur le terrain de la fidélité des militants du parti. " Les coordinations de Thiès, Louga et Kébémer " sont invitées à se mobiliser. Et effectivement aux premières heures de ce 20 août, des camions déverseront des militants venus " spontanément " soutenir leurs dirigeants nationaux. Parallèlement à cette action politique, Valdiodio Ndiaye, ministre de l'Intérieur, s'enquiert des bonnes dispositions des responsables des services de sécurité et leur donne des instructions pour le cas où... la Fédération du Mali viendrait à éclater.
Prévenu des préparatifs menés par les responsables sénégalais, Modibo Keita convoque à la hâte, le 19 août à 21 heures 30, le gouvernement fédéral. Des quatre membres sénégalais, seul est présent, Boubacar Gueye, ministre de la Justice et surtout neveu de Lamine Gueye. Les trois autres ministres sénégalais avaient préféré s'abstenir d'assister à une réunion au cours de laquelle diverses mesures (dont la destitution de Mamadou Dia) allaient être prises….
Deux heures plus tard, Modibo Keita s'en explique sur les antennes de Radio Mali. Soulignant que l'existence du Mali est en péril, le chef du gouvernement fédéral déclare que " certains dirigeants du Mali sous le prétexte d'élections présidentielles, voulaient mettre en cause l'intégrité du territoire national et créer un état de tension qui risque d'être à l'origine d'incidents extrêmement graves ".
LE SIEGE DU GOUVERNEMENT FEDERAL :
Le palais du gouvernement fédéral à Dakar
Modibo Keita, sur la
terrasse du bâtiment Mamadou Dia, dans son
bureau, 2 étages plus bas.
Aussitôt après cette allocution, l'armée malienne composée en fait d'unités sénégalaises, est mobilisée pour occuper les accès aux principaux établissements administratifs et notamment la radio. Si l'armée se déploie effectivement, la gendarmerie sénégalaise s'y refuse, s'abritant derrière un décret soumettant les corps de gendarmerie des deux pays à la seule autorité des gouvernements locaux. Mais en réalité la gendarmerie sénégalaise, dirigée alors par un officier supérieur français, le lieutenant-colonel Pierre, ainsi que la Garde républicaine avaient déjà été requises par Mamadou Dia qui, cumulativement avec ses fonctions de vice-président du gouvernement fédéral, assurait la charge de président du Conseil du Sénégal.
Cette nuit-là, une véritable course de vitesse est, en fait, engagée entre le gouvernement malien et les autorités sénégalaises pour s'assurer le contrôle de la situation et avoir la haute main sur les forces de maintien de l'ordre présentes sur le territoire sénégalais. Elle tournera très vite à l'avantage du gouvernement sénégalais, qui, dès 12 heures, ce 19 août, avait été informé des décisions qui allaient être prises par Modibo Keita et ses amis. C'est dire donc que toutes les dispositions avaient déjà été prises du côté sénégalais pour neutraliser les "partenaires" soudanais et franchir le pas juridique et constitutionnel qui allait conduire au retrait de ce pays de la Fédération du Mali. Entre 23 heures et 2 heures du matin, les autorités sénégalaises ordonnent aux unités de l'armée sénégalaise de rejoindre leurs casernes et de ne plus obtempérer aux ordres donnés par Modibo Keita. L'armée est remplacée par des éléments de la gendarmerie, de la Garde républicaine et de la police sénégalaises qui seront chargés de prendre position aux abords immédiats des principaux points stratégiques de Dakar. Ils s'empareront, entre autres, de l'émetteur de Rufisque (à environ vingt-cinq kilomètres de la capitale) interrompant ainsi les émission de Radio Mali. Les forces fidèles au gouvernement sénégalais procéderont à l'arrestation du chef d'état-major de l'armée malienne, le colonel Abdoulaye Soumaré, venu s'enquérir au quartier général de la gendarmerie de Médina (à Dakar) de la bonne exécution des ordres transmis par les autorités maliennes. Il est aussitôt remplacé par le colonel Fall qui prend en main le commandement de toutes les opérations de maintien de l'ordre.
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