EMIGRATION SUICIDAIRE : LES VICTIMES DES BARRIERES DE L’EGOISME

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  • Article ajouté le : 22 Dimanche, 2020 à 19h11
  • Author: abdoulaye taye

EMIGRATION SUICIDAIRE : LES VICTIMES DES BARRIERES DE L’EGOISME

L’Afrique a tété de tout temps victime d’émigrations sanglantes et meurtrières. L’émigration forcée et violente des esclaves, suivie de celle des tirailleurs sénégalais sous la colonisation, a déporté la première énergie renouvelable de l’histoire de l’humanité qui s’est manifestée aux USA comme source de progrès. Ni le soleil, ni le vent, ni l’eau encore moins l’animal n’ont représenté une énergie renouvelable aussi puissante, aussi productive aussi maitrisée et contrôlée que l’énergie renouvelable musculaire humaine à l’origine de l’émergence de la première puissance économique mondiale. Cette énergie est apparue abondamment sur le sol africain qui couvre l’essentiel des richesses minières, minérales, végétales et agricoles de la planète. Nous avons vécu en harmonie avec ce capital géologique. Nous avons évolué dans nos villages au sein de sociétés harmonieusement réglées et régulées par des coutumes et des traditions dont les dynamiques culturelles exprimaient une ingénierie sociale qui défie tous nos modèles modernes (d’ingénierie sociale) par la stabilité des valeurs et des émotions qu’elle incarne et entraine. Nous ne connaissons ni pauvreté, ni faim ni solitude. Nous pétions la santé et la joie de vivre. Nous cultivions nos patates, nos maïs, nos mils, nos pastèques, nos ignames, nos gombos, etc. en se nourrissant sainement et de manière nutritive. Nous péchions nos carpes, nos capitaines, élevions nos moutons, nos chèvres et nos vaches qui nous procuraient un capital nutritif en protéines, en glucides et en vitamines que reflétait l’état de notre santé physique et mentale infaillible. On chantait, on dansait, on se divertissait. On était heureux. Cette plénitude et cette quiétude ne seront perdues que par les turpitudes des envahisseurs blancs. Eblouis par les merveilles du continent, ils ont entamé leur entreprise de brigandage pour s’emparer de la valeureuse ressource humaine en violant toutes les vertus et les valeurs de la conscience, de l’éthique, de la morale et de la raison humaine. L’émigration blanche meurtrière en Afrique a été faite de contacts se traduisant par des chocs sanglants, violents et inhumains : des chocs physiques, des chocs économiques, des chocs culturels, des chocs sociaux, des chocs psychologiques, des chocs émotionnels. Tout ce que l’émigration suicidaire africaine n’a ni l’intention ni la capacité de provoquer. Nous ne les avons pas invités, ils nous ont envahis. Nous ne leur avons pas demandé des visas, ils ont forcé nos portes. Ils se sont installés comme des conquérants, ils ont pillé nos richesses. De même que l’ordre commercial, technologique et financier inégalitaire actuel, l’esclavage et la colonisation n’ont été que des mécanismes violents et sanglants de transfert de nos richesses sur la base d’une « émigration brutale, illégale et irrégulière ». Leurs auteurs sont les responsables historiques de la répartition inégale des richesses, la cause première et principale de l’émigration suicidaire. Emigration clandestine, émigration illégale, émigration irrégulière, concepts galvaudés à la mode, sont des expressions coupables de jugements de valeurs indécents ! Combien d’Africains rentrent et vivent au Nigeria, au Kenya ou au Maroc sans papier. Ont-ils provoqué la hausse de la criminalité ? Ont-ils provoqué la récession économique de ces pays? Cessez d’être égoïstes chers frères européens en permettant aux émigrés africains de partager votre bien-être social! Ils ne sont pas des bombes ambulantes. Ils ne sont pas des virus ni des bactéries ! Ils ont envie de vivre, ils ont le droit de vivre décemment en participant à votre développement. Ils sont menacés par la faim et la pauvreté selon vos propres statistiques. Le délit de non-assistance à des personnes en danger n’est-il pas définitivement constitué ? Hier vous aviez besoin d’eux, vous êtes venus chez eux en défonçant la porte et en faisant main basse sur leur richesse. Aujourd’hui ils ont besoin de vous, rendez leur la monnaie. L’émigration est l’expression la plus achevée de la fraternité, de la tolérance, de la liberté (de circuler), de l’égalité (des chances), de la solidarité entre les peuples. C’est un droit humain éclipsé et rejeté par votre égoïsme, votre narcissisme et vos peurs (du

lendemain). Un droit que pourtant les oiseaux et les poissons se reconnaissent les uns les autres. Les poissons de l’océan pacifique viennent sans visas, sans barrières douanières partager la nature et la nourriture avec ceux de l’océan atlantique et vice versa. Les oiseaux de l’Europe viennent se nourrir en Afrique (au parc de Djoudj par exemple) en partageant le climat sans querelle ni haine. Ils nous livrent ainsi de fortes leçons d’amour, de solidarité et de partage. Les vaches dans les prairies vertes mangent à leur faim, rassasiées elles se couchent sur l’herbe surveillant du regard leurs heureux petits qui s’amusent à côté. Il ne leur vient jamais l’idée de clôturer une partie de la prairie ou de se l’attribuer par la force par esprit d’égoïsme, d’accaparement et d’accumulation. Notre modèle de progrès technique et notre modèle financier et économique dominants ont injecté dans les tissus sociaux des inégalités toxiques qui ont gangrené toutes nos valeurs. La pauvreté n’est pas nécessairement un état de privation, elle n’est que la manifestation et la perception d’une inégalité. Au village, nous portons les mêmes haillons, nous mangeons les mêmes plats enrichis des mêmes vitamines, nous habitons les mêmes cases, nous épousons nos filles et nos femmes. Nous sommes bien nourris, nous avons une santé physique et mentale merveilleuse, personne n’envie personne, nous avons le même statut social. Nous ne nous sommes jamais sentis pauvres. Les villageois ne se valorisent ni par le pouvoir, ni par le savoir ni par l’avoir mais par les valeurs morales de mougne, de jom, de ngor, de bokk, etc. Leurs rivalités tournent autour des qualités morales car ils partagent le même statut social. Le sentiment de pauvreté et de frustration est né avec l’apparition du modèle social urbain où les inégalités ont introduit de fortes différentiations de statut social. Les sentiments de reconnaissance, d’envie, de paraitre, deviennent frustrants chez les pauvres qui n’arrivent pas à les satisfaire. Le conflit entre le sentiment de frustration et le besoin de reconnaissance ouvre toutes les portes au dérapage des valeurs morales et sociales. Etre bon ou pieux n’apporte plus rien ?! La criminalité, la prostitution, la corruption, l’émigration suicidaire sont des raccourcis pour satisfaire notre besoin de reconnaissance sociale. L’avoir face au pouvoir, au savoir et à la morale devient le raccourci par excellence de valorisation sociale immédiate. Les candidats à l’émigration suicidaire ont un besoin immédiat de « tekki ». Ni le savoir, ni le pouvoir, ni la morale, ni la beauté, ni la force ne garantissent une valorisation sociale aussi immédiate et aussi spectaculaire que l’avoir. Que l’on soit vilain, handicapé, ignare, voyou, faible, poltron, l’avoir vous garantit immédiatement la reconnaissance sociale. Il te confère directement le statut du plus beau, du plus intelligent, du meilleur. La richesse « ennoblit ». Ne vaudrait-il pas risquer sa vie pour s’ennoblir par la richesse ?

Une étude statistique sérieuse des motivations des candidats à l’émigration nous permettrait de mieux comprendre les causes du phénomène de l’émigration suicidaire. Mais en attendant ne pourrait-on pas préjuger que la cause liée au chômage n’est que l’arbre qui cache la forêt ? Nous sommes incapables de comprendre les mobiles profonds qui déterminent certains jeunes à s’engager dans cette entreprise potentiellement suicidaire. Mais nous sommes capables de combattre les inégalités sociales et économiques (au plan national et international) qui constituent les premières et principales causes de l’émigration suicidaire. Celle-ci ne connaitra tout au plus que des accalmies mais ne disparaitrait pas tant que les barricades des pays du Nord ne soient levées et que les causes des inégalités ne soient éradiquées. VIVE LE PARTAGE ! VIVE LA SOLIDARITE !

Dr. Abdoulaye Taye

Enseignant-chercheur à l’Université Alioune Diop

Initiateur du RBG-AMO

Président de TGL


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