SECTEUR DE LA SANTÉ: QUAND L’ILLÉGALITÉ DEVIENT LA NORME

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  • Article ajouté le : 23 Mercredi, 2016 à 19h03
  • Author: Daam SOW

SECTEUR DE LA SANTÉ: QUAND L’ILLÉGALITÉ DEVIENT LA NORME

Les Sénégalais ont fini de se familiariser en ces temps qui courent avec un nouveau business qui se prolifère dans le secteur aussi sensible que fondamental que constitue la Santé. Les populations sont agressées et appâtées par la publicité illégale et mensongère à travers tous les supports de communications possibles (médias, réseaux sociaux, transports en communs…) que mènent les promoteurs d'une «nouvelle médecine». Tout le monde a vu ou entendu la publicité des deux structures que sont: le GROUPE AFRIQUE SANTE (GAS) et HAOQI BIOTECHNOLOGIE SARL (HB). Bon nombre de nos concitoyens ont eu la malchance d'être parmi les premières victimes de ce nouveau business.

A la différence des Tradi-praticiens qui se limitent jusqu’ici à utiliser les termes de la médecine moderne ou, tout au plus, à se procurer illégalement de ses services pour la réalisation d’examen complémentaires, ces deux structures précitées se livrent carrément à l’exercice illégal de la médecine en son domaine le plus sophistiqué qu’est l’imagerie médicale.

L'un, en l'occurrence le GAS, nous parle d’une médecine naturelle avec la réalisation d’un bilan complet de tous les paramètres de l’organisme (sang, lipides, os, sperme, prostate, foie, hormones, cerveau, cœur…) par magnétisme (IRM = Imagerie par Résonnance Magnétique) grâce à une baguette « magique » que la personne tient à la main pendant quelques secondes. Pour votre information j’ai subi moi-même ce test dans leur stand à l'occasion de la Foire Internationale de Dakar (FIDAK 2015). Quant à l'autre (HB), il nous parle d’une médecine naturelle chinoise avec la réalisation d’un scanner complet de tout le corps (BODY-SCAN).

Les questions légitimes qu’une personne profane en la matière peut se poser sont : le service proposé est-il de bonne qualité ? Est-il sans danger pour l’organisme ? Est-il reconnu scientifiquement ?

Pour éclairer la lanterne de ce profane, nous lui apportons les réponses suivantes :
- Pour avoir reçu personnellement, à maintes reprises, des comptes-rendus d’examens provenant de ces structures et les avoir confrontés aux résultats des examens complémentaires réalisés dans nos services pour ces mêmes patients, j’affirme que c’est de la pure arnaque. Je vous épargne d’une argumentation technique basée sur les principes physiologiques, biophysiques, biochimiques qu’utilisent les procédés diagnostiques et thérapeutiques de la médecine moderne.

- Quant à l’innocuité des procédés utilisés par cette «nouvelle forme de médecine», personne ne peut le garantir par le simple fait qu’ils n’utilisent pas les méthodes conventionnelles. Ceci, nonobstant des effets des produits qu’ils prescrivent à la fin de leur prétendue consultation. Ce qui nous amène à parler de leur validation par la communauté scientifique.

- D’emblée, nous disons que les procédés de cette « nouvelle médecine » ne bénéficient d’aucune reconnaissance au sein de la communauté médicale nationale et internationale. En effet, nous ne saurions être les plus avancés dans le domaine de l’innovation en santé pour être les seuls à disposer de cette « révolution » médicale. Personne n’a jamais assisté à un congrès ou à une quelconque rencontre entre acteurs de la santé durant lesquels ces « nouveaux procédés » ont fait l’objet d’une communication, à plus forte raison un consensus.

Au vu de cette situation, la question que l’on se pose est : pourquoi ce business ne prospère que dans nos pays sous-développés ?

Ces réseaux d’arnaques qui ont fini de gangréner pas mal de systèmes sanitaires en Afrique, sont parvenus à étendre leurs tentacules au Sénégal à cause de la déliquescence de l’Etat et de ses démembrements. Comment qualifier le fait que le ministère de la santé et de l’action sociale (MSAS) puisse donner un agrément au GAS pour lui permettre d’escroquer d’une manière impunie les sénégalais, si ce n’est de l’irresponsabilité caractérisée et notoire. Il faut signaler que seul le ministère de la santé a le pouvoir régalien d’autoriser à quelqu’un d’exercer la médecine au Sénégal. Dans le même sillage, le MSAS ferme les yeux sur les agissements de la « multinationale chinoise » qui met fièrement sur ses affiches publicitaires les emblèmes des Républiques du Sénégal et de la Chine. Cependant, nous relevons le paradoxe qui consiste à interdire, à juste raison, la publicité en médecine moderne et l’autoriser à cette « nouvelle médecine ».

Au delà de l’irresponsabilité du MSAS, il faut noter pour le dénoncer la grande inertie avec laquelle les acteurs de la santé à travers leurs organisations syndicales et ordinales ont brillé dans cette affaire. Il est grand temps que ces derniers montent au créneau pour dénoncer cette forfaiture et éclairer la lanterne de leurs concitoyens qui sont laissés entre les mains de ces imposteurs véreux.

La population a une part de responsabilité dans cette situation du moment qu’elle est assez naïve pour croire à toute sorte de sottises. Au lieu de tirer à boulet rouge sur le système de santé conventionnel, quoiqu’étant le terreau d’imperfection et de laxisme, la population devrait accompagner les agents de santé pour construire un système de soins performant.


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