Dr GADIO : un discours de vérité pour l’avènement des États-Unis d’Afrique

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Dr GADIO : un discours de vérité pour l’avènement des États-Unis d’Afrique

Sans avoir jamais été un va-t-en-guerre, l’ancien Ministre des Affaires Étrangères du Sénégal, Cheikh Tidiane GADIO, actuel Président de l’IPS (Institut Panafricain de Stratégies) et député à l’Assemblée nationale, reste tout de même remarquablement capable de naviguer entre « diplomatie » et « fermeté ». À ses pairs africains, il tient constamment un discours de vérité sur les questions qui touchent l’avenir du Continent. Invité ce samedi 30 novembre 2019 par le Mouvement And Sopi Thiès, le président GADIO, à travers sa verve légendaire, a tenu en haleine le public venu nombreux écouter sa conférence sur le thème : « Rôle de l’État, de la Société civile et de la Jeunesse dans l’avènement des États-Unis d’Afrique ».

Après avoir fait un bref résumé du combat historique mené par une certaine élite africaine (du Continent) et de la Diaspora, notamment Nkuruma, Cheikh Anta DIOP, Alioune DIOP (Présence africaine), Marcus GARVEY, Aimé CÉSAIRE, etc., le conférencier a soutenu que le panafricanisme reste plus que jamais d’actualité dans un contexte mondial marqué par des bouleversements multiples. En 1963, rappelle-t-il, s’est produit, soixante-dix-huit (78) ans après que l’Occident ait décidé de balkaniser l’Afrique à la Conférence de Berlin (1884-1885), ce qu’il appelle « la Deuxième Grande Catastrophe » (DGC).

En effet, au cours du premier sommet de l’OUA (1963), où Kwame NKURUMA proposa la création des États-Unis d’Afrique, en l’occurrence des États fondés sur le socle d’une « monnaie commune », d’une « diplomatie commune » et d’une « armée commune », des voix dissidentes avaient préféré à cette époque-là, se désole-t-il, l’option tragique de la division. Le Continent va, depuis lors, être maintenu dans un abîme beaucoup plus profond que celui que le colonisateur avait creusé, constate-t-il.

Le président GADIO appelle alors les gouvernements africains à tirer des leçons de leur passé commun, à écouter les aspirations de leurs peuples, mais aussi et surtout, à prendre conscience des graves menaces qui risquent de plonger nos États, encore très fragiles, dans une instabilité où leur morcellement ne ferait que l’affaire des prédateurs de tout genre (les impérialistes rêvant d’une recolonisation des terres africaines et les groupes terroristes à la recherche de territoire d’implantation). Sans être bien entendu dans une « théorie du complot », il soupçonne de la part de certains agitateurs, une volonté larvée de reconfiguration progressive des relations internationales, basées essentiellement sur une forme de kleptocratie consistant en une course à l’accaparement des immenses ressources naturelles de l’Afrique.

L’ancien ministre s’est dit par ailleurs surpris que l’on ait pu faire des Africains « les pauvres les plus riches du monde » ou « les riches les plus pauvres du monde ». À l’instar de l’économiste sénégalais Felwin SARR, dont il relaie les propos, il soutient que l’ancien paradigme sur lequel s’agrippent malheureusement nos États « n’a jamais marché, ne marche pas, et ne marchera jamais ». Pour lui, la Jeunesse (avec grand J)  et la Société civile ont, parmi leurs diverses missions,  celle  de bousculer les dirigeants qui ont tendance à très vite oublier, une fois parvenus au pouvoir, à la fois leurs engagements et les aspirations de leur peuple.

Dénonçant « l’afro-pessimisme pur et dur », il rappelle les effets dévastateurs du mythe que constitue la vielle et macabre idée du « Noir maudit » et démontre que l’Agenda 2063 est une belle farce contre laquelle les pays africains devraient s’opposer farouchement. Selon lui, dans un contexte de mutations sans cesse croissantes, il faudra au mieux un agenda décennal, au « pire » un programme de développement étalé sur vingt ans. Ironisant avec les experts internationaux qui veulent imposer l’Agenda 2063 à l’Afrique, Dr Cheikh T. GADIO leur demande, avant son adoption, de promettre qu’ils seront là lorsque ce programme invraisemblable arrivera à terme, afin d’assumer, à la face du monde, le bilan qui en découlera.

Pour éviter l’invisibilisation de la Société civile et de la Jeunesse, le président de l’IPS recommande vivement à tous les citoyens de ne pas se désintéresser de la politique, de la pratiquer sainement, avec pour seule ambition l’intérêt de leur communauté, car l’élite traditionnelle a presque, ou toujours, fait les choses dans un sens inverse. Seules de fortes mobilisations des acteurs dans leur diversité, à la fois stratèges et soucieux de la stabilité de leurs pays respectifs, mais surtout conscients de l’intérêt de l’unité de l’Afrique face aux enjeux actuels, pourront faire sauter les verrous et favoriser la réalisation des mutations attendues, martèle-t-il.

Cheikh T. GADIO appelle pour finir, à l’unité des multiples chapelles panafricanistes autour d’un « Grand Mouvement Panafricain », où elles parleront toutes d’une seule voix. Mais la priorité des priorités reste à ses yeux, à l’heure actuelle, la libération du Nord Mali, car, est-il convaincu, si la scission de ce pays frère est consommée, ce sont, en définitive, tous les autres pays (Nigéria, Sénégal, Burkina, Tchad…) qui risquent de subir le même sort.

 

Par Malick GAYE AÏDARA


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