8. Fuir l’enfer, périr en mer

Blogs

8. Fuir l’enfer, périr en mer

                                  Correspondances d’outre-tombe (suite)

 

Vous êtes des martyrs. Vous nous avez parlé en périssant en masse de cette façon tragique. Vous nous avez envoyé un message simple en nous disant ceci : « gens de Ndoumbélane, vos ancêtres, même victimes de toute sorte d’atrocité, vous ont laissé un pays avec d’énormes potentialités. Vous nous avez déshérités en les gaspillant. Pour votre propre confort, vous nous avez sacrifiés. Vous avez vendu la mer et condamné les pêcheurs traditionnels au chômage. Vous avez été incapables de mettre en valeur 700 km de côtes, parmi les plus poissonneuses au monde. Pas même une université dédiée aux ressources halieutiques et à l’énergie hydraulique ! ».

 

Ces jeunes morts en mer ont fait exploser la spirale du silence savamment orchestrée autour de la situation de précarité et de détresse aigue de la jeunesse sénégalaise. J’accuse les médias de peindre et d’occulter la réalité par la fiction ; de noyer toute la laideur du pays dans le vernis malsain du folklore. La grande et profonde pauvreté du pays est restée inaperçue depuis belle lurette. Les gens de Ndoumbélane sont vraiment sectaires, chauvins, égoïstes : même dans leurs téléfilms, ils ne réservent aucune place pour les pauvres !

 

Ce pays n’a jamais été un enfer, il ne l’est point, mais on l’a rendu infernal par une direction pourrie, des mœurs incompatibles avec le développement. Ces jeunes sont morts pour préserver leur dignité. Il se dit que beaucoup d’esclaves se suicidaient durant leur transplantation aux Amériques, qu’ils ont préféré mourir plutôt de rester serviles toute leur vie : le martyre de ces jeunes n’est pas loin de cette logique. Ils voulaient s’évader de cette immense prison qu’est devenue leur pays. Ils sont compris qu’on leur a volé et que leur dignité était presque en jeu. Il ne saut pas les blâmer, il ne faut pas criminaliser leur folie ; ce qu’il faut criminaliser, c’est plutôt l’indolence républicaine et la compromission des élites qui laissent faire.

 

La mort tragique de ces jeunes et leur insouciance face au danger de cette illusion infinie et jamais domptée qu’est l’océan montre que l’espoir est mort dans leur pays. Demander à ces pêcheurs, étudiants, ouvrier, etc. de garder l’espoir dans ce pays rongé par la misère et la corruption, c’est demander à un croque-mort de garder un mort dans ses bras. L’espoir a été tué, et la seule façon de faire semblant d’avoir encore de l’espoir, c’est de prolonger les funérailles du désespoir dans la festivité, par la fabrique d’une société de folklore. 

Des jeunes qui préfèrent mourir dans l’eau plutôt que de vivre dans leur pays : c’est tout un symbole ! C’est aussi le meilleur baromètre pour mesurer l’état du pays. Tout le reste n’est que bavardage et ostentation puérile.  (A suivre)

 

Le Casse-pieds de Ndoumbélane

 


Cette entrée a été publiée dans Politique. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien. Alerter

Vous pouvez lire aussi

....

Mardi 23 Février, 2021

Mbeuk - #1

Le GoÛt Amer De La Mer Oh Peuple Sénégalais, Nous Sommes Tous Responsable De Ce Qui Nous Arrive Au Sénégal Oh Peuple Sénégalais, Nous Sommes Dans La Même Barque Appelée Le Sénégal Nous Ne Voguons Pas Dans Le Même Sens, Nous Ne Regardons Dans Le Même Sens Nous Avons Tort De Ne Voir Que Le Bout De Notre Nez, Comme Tout Bon Africain Sénégalais Réveillez Vous Pendant Qu’il Est Temps, Car Y’aura Un Moment Où Le Retour Sera Impossible Je Me Suis Levé En Sursaut à 2 Heures Du Matin De Mon Lit Pour écrire Ces Mots Qui Doivent Interpeller Tout Bon Sénégalais A Peine Dormi Cette Nuit, J’ai Rêvé être Assis Sur Le Tribord D’une Pirogue De Fortune, Serré Entre Deux Autres Sénégalais. Il Faut Dire Que La Pirogue était Pleine à Craquer Et Tanguait Au Moindre Contact D’une Vague. Quand J’ai Levé Les Yeux Vers Les Horizons, J’ai Vu Que Du Bleu Comme Si Nous étions Enfermée Dans Une Grande Bouteille Remplie D’eau Et De Ciel Bleu Sans Issue. Là Mon Cœur S’est Arrêté Un Instant De Battre Lorsque J’ai Imaginé Le Pire Et A Repris La Chamade Quand Une Vague Est Venue S’affaler Sur La Pirogue Avec Une Force Inouïe Qui A Fini Par La Chavirer. C’est à Cet Instant Même Où Je Me Suis Retrouvé Dans L’eau Froide Que Je Me Suis Réveillé Sous Les Cris De Détresse Des Autres Passagers Clandestins. Un Sursaut Avec Effroi Et Certitude Que Beaucoup D’entre Eux Vont Mourir Laissant Derrière Eux Une Famille Et Des Amis. J’ai Eu Tellement Mal De Voir Que La Jeunesse De Mon Pays Est Entrain De Braver Les Mers, Les Déserts Pour Quitter Leur Pays à La Recherche De Cette Pitance Tant Convoitée En Vain Dans Leur Patrie. Sans Espoir, Elle Se Dirige Vers Une Issue Immanquablement Destructrice Pour Les Plus Faibles D’entre Eux Et Les Moins Chanceux. Armés De Courage Et De Détermination, Les Jeunes Luttent Pour Garder Leur Dignité, Le Peu D’espoir Qui Leur Reste Dans La Vie. Pourquoi Ils Préfèrent Affronter La Mort, Se Résigner à Rester Au Pays, Quitter Leurs Siens, Engager Une Aventure Incertaine Et Très Risquée ? J’ai Mal Quand Je Vois Un Jeune Tenter L’aventure Avec Son Diplôme En Poche Et Que Des Vieux Retraités Occupent Des Postes Dans La Fonction Publique Jusqu’à Présent. Je Suis écœuré Quand Je Vois Une Jeune Femme Prendre Les Pirogues Dans Le Désespoir Ultime Alors Que Des Financements Destinés à Elle Sont Détournés Par Une Minorité Clanique. J’ai Le Cœur Meurtri Quand Je Vois Des Personnes Par Centaines Mourir En Mer Dans L’espoir De Servir Leurs Familles. J’ai Un Sentiment De Désolation Quand Je Vois Que Les Gens Ne Croient Plus En Leur Pays à Cause De Détraqués Qui N’en Font Qu’à Leurs Têtes. Qu’est Ce Que Vous Voulez ? Je Vous Pose La Question à Vous Qui Critiquez Ces Jeunes Ou Qui Les Rabrouez à Cause De Leur Geste Insensé Selon Vous. Vous Voulez Qu’ils Viennent Renforcer Le Lot De Délinquants, De Voleurs, De Dealers De Drogue, De Prostituées, De Marginaux, De Criminels, De Déprimés, De Fous…parce Que Je Vous Rappelle Personne Ne Fait Rien Pour Ces Couches Qui Ont Besoin D’assistance Dans La Société. Non, Eux Ils Préfèrent Mourir Que De Servir Ces Vices Ou Tares De La Société Sénégalaise. Personne N’écoute, Ni N’entend Le Cri De Détresse De Ces Jeunes Sénégalais Qui Vivent Le Chômage, La Marginalisation, L’isolement, Le Désespoir, Le Désœuvrement, Le Manque D’assistance…particulièrement Nos Autorités Qui Parlent De Problème D’employabilité « Pfff ». Le Problème Risque De Perdurer Et Rester Entier Si Nous Continuons à Nous Voiler La Face En Faisant La Politique De L’autruche. « Hop, La Tête Dans Le Trou, L’orage Va Passer. » Le Problème Est Devenu Cyclique Comme Les Saisons Parce Que Les Causes Profondes N’ont Jamais été évoquées. Le Mal être De La Jeunesse Prise Pour Malsaine Par Un De Nos Présidents, L’aveu D’échec De Son Successeur Sur Sa Politique De Jeunesse, Le Million D’emplois Utopiques Du Président Actuel Qui Est Loin Du Compte, Montrent à Suffisance Que Le Sénégal N’est Pas Encore Sorti De L’auberge Avec Ces Dirigeants Dépourvus De Vision. Le Cœur De Nos Braves Mamans Qui Ont Perdu Leurs Enfants Dans Ce Drame Tressaillit Quand Elles Entendent Certains Propos Incongrus Venir De Nos Dirigeants Politiques Comme Religieux. Il Est Temps De Traiter La Plaie Qui Risque De Devenir Un Cancer Si L’on N’y Prend Pas Garde. La Société Sénégalaise Dans Son Ensemble A Tort Dans Cette Affaire. Pas De Stigmatisation. N’oublions Pas Que La Personne Ne Se Résume Pas à L’individu Uniquement. Elle Est L’individu En Personne, Ses Relations, Ses Sentiments, Son Histoire, Son Environnement Social, Son Espoir De Vivre, De Servir, De S’exprimer, De S’épanouir, D’aimer Et D’être Aimé, De Travailler Pour être Libre, Elle Peut être Psychologiquement Affectée Par Les Maux De La Société, L’indifférence Totale De Son Entourage, La Discrimination à Cause De Son Statut Social. A Travers Les Plateaux Télé, Les Spécialistes Non Désignés Se Prononcent Sans Retenue Sur Le Phénomène Sans Une Seule Marque De Tristesse Ou De Désolation ; C’est Pour Cela Que Les Réseaux Sociaux Ont Ravi La Vedette à Ces Média Instrumentalisés. Le Phénomène Doit Dépasser Toute Appartenance Politique, Religieuse, Culturelle Et Sociale Pour être Compris Er Gérer Dans Son Ensemble Avec Toutes Les Parties Prenantes Pour Trouver Une Solution Durable. Je Commencerai Par Demande Solennellement à Monsieur Le Président De La République De Partager Les Richesses De Ce Pays, Au Lieu De Partager Le Pouvoir, De Protéger Les Richesses De Ce Pays Au Lieu De Protéger Les Partisans, De Garantir L’emploi Des Jeunes Au Lieu De Précariser L’emploi, D’industrialiser Le Pays Avec Les Nationaux Au Lieu De Préférer Les étrangers, D’encourager Nos Entrepreneurs Au Lieu De Les Minimiser, De Renforcer La Formation Des Jeunes Au Lieu De Les Sacrifier, De Responsabiliser Les Jeunes Au Lieu De Les Manquer De Considération. La Complexité De Cette Affaire Vous Interpelle Au Plus Haut Niveau Et Fait Que Vous Ne Pouvez Pas Vous Dédouaner. Vous êtes Le Premier Des Sénégalais à Devoir Trouver Une Solution à Ce Drame. De Grâce, La Mer Est Entrain D’engloutir L’espoir De Tout Un Peuple, Faites Quelque Chose. « Ventre Affamé N’a Point D’oreille » « Un Homme Digne Ne Regardera Jamais Sa Famille Mourir De Faim » La Dernière Alerte C’est Que Si Vous Ne Prenez Garde, La Révolte Risque D’être Une Surprise Plus Dangereuse Que Ce Que Nous Vivons Aujourd’hui ; Car Ce N’est Pas Seulement Des Jeunes Qui Sont Fatigués Dans Ce Pays, Mais Tout Un Peuple. « Le Réveil Risque D’être Brutal » « Le Mal De Mer Peut Encore Durer » Contribution Du Travailleur Social : Mbacké Gueye

le Vendredi 27 Novembre, 2020 à 14:11:28RépondreAlerter

Commentez cet article

Pseudo *

Votre commentaire :

Pseudo *

Mon commentaire *