A trahi qui? A trahi quoi?

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  • Article ajouté le : 06 Vendredi, 2020 à 19h11
  • Author: Birame Ndiaye

A trahi qui? A trahi quoi?

Les bonnes questions font les bons compères. L’entrée d’Idrissa Seck dans la mouvance présidentielle va-t-elle améliorer les pratiques du pouvoir? Va-t-elle aider à mieux surmonter les crises sanitaire et économique?  Logique pour logique, ces angles d’analyse pragmatiques se distinguent de la manière des jugements de valeurs produits, faisceau d’amalgames, perçus globalement comme un code moral, comme un moule sacré. Allons savoir de quoi Idrissa Seck est-il coupable. Oui, il affaiblit l’opposition en s’acoquinant avec Macky Sall. Cependant, l’opposition n’est pas le Sénégal tout comme la foule n’est pas le peuple.

Il s’est dédit pour avoir déjà écarté l’éventualité de toute fonction qui relève d’un décret, disent ses détracteurs. Il s’en est expliqué en invoquant le cas de force majeure. C’est un fait. En outre, il lui est reproché de s’être livré à des calculs politiciens et à des intérêts financiers crypto personnels. Ce ne sera que conjecture tant que des aveux ou des révélations des parties prenantes n’en seront pas les motivations réelles. Si tant est que M. Seck est coupable uniquement de s’être renié, sera-t-il acceptable et légitime qu’il fasse entrer dans le gouvernement ses lieutenants tout en restant en retrait. Non. Voilà qui montre bel et bien que les invectives qui lui sont destinées cachent une guerre de positionnement qui ne dit pas son nom ou, à tout le moins, un réflexe de conformisme.   

Qui trouve intérêt dans le discrédit et la liquidation politique du nouveau président du Conseil économique, social et environnemental (CESE)? D’un côté le camp présidentiel et de l’autre le PASTEF se le disputent. Pour le premier, il s’agit aux yeux de l’opinion une grave compromission qui débarrasse d’un concurrent de taille arrivé deuxième aux dernières élections présidentielles. Pour le second, la course au leadership prend fin tout à coup. La sortie de Rewmi du rang des opposants propulse le président Ousmane Sonko au rang du chef de parti le plus représentatif de l’opposition.

Qu’est-ce qui explique que Aissata Tall Sall soit parfois soutenue et encouragée par les mêmes qui s’indignent des accointances entre Seck Idy et Sall Macky? Pourquoi l’entrée de la bande d’And Suxali Sopi n’a pas fait l’objet d’une clameur aussi grande que celle du nouveau président du CESE? Deux poids, deux mesures. Autrefois, il était question d’appareil politique pour relayer et mener la propagande et les campagnes de sape des directoires politiques. Il nécessitait des cadres communistes ou des Brigades de choc anticommunistes. Ils avaient à leur charge de colorer les avis et convictions de l’opinion. À présent, il faut investir les réseaux sociaux, imposer d’autorité une ligne de pensée puis embrigader la presse commerciale et populiste. « Des clichés. C'est ce qui a remplacé la réflexion. »

Et si Idy s’est exécuté à quelques désirs du prince pour réaliser ses ambitions présidentielles? Après tout, sans que la fin ne justifie les moyens, la politique c’est aussi des stratégies dans la perspective de la conquête du pouvoir. Les Mollahs de la pensée unique auront beau sauté sur leurs chaises, proclamant valeurs et vengeances, il faudra calculer et cadrer faits et gestes pour devenir locataire du Palais Roume ou de tout autre nid de président de la République. Si ce n’est pas avec Macky, ce sera avec Wade, Khalifa Sall, Pape Diop, Decroix ou tout autre comptable de l’actuel état des lieux.

Birame Waltako Ndiaye
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