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SAMBA KARA NDIAYE, LEADER DE NADEMS : « A cause de Macky, les Sénégalais sont déjà nostalgiques de Wade»

Auteur: Georges Nesta DIOP et Magib GAYE

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Si les Sénégalais en sont arrivés aujourd’hui à regretter Abdoulaye Wade juste un an après son départ du pouvoir, c’est par la faute de Macky Sall et son régime qui, dans les actes, ne présentent aucune rupture. C’est la conviction de Samba Kara Ndiaye. Pour cet ex-bras droit de Serigne Modou Kara au Pvd et actuel leader de la Nouvelle alliance démocratique du Sénégal (Nadems), Macky Sall a intérêt à se débarrasser de tous ces hommes - leaders de Benno Bokk Yakaar - qui encombrent son destin de président. 

Wal fadjri : Le Sénégal s’apprête à célébrer l’an un du  régime de Macky Sall. Sentez-vous la rupture prônée par les apéristes et leurs alliés ?

Samba Kara NDIAYE : A l’époque, lorsque j’étais le porte-parole du guide et le vice-président du Pvd, j’avais souligné que le président sortant Me Abdoulaye Wade n’allait pas être battu par ses concurrents. C’est un de ses «fils» qui allait prendre le pouvoir. Il n’y a pas de rupture et il ne peut y avoir de rupture. Cet élève qui a hérité du pouvoir va appliquer les cours que son professeur de «père» lui a inculqués. Cette rupture ne peut pas venir de Macky Sall ancien militant du parti communiste And Jef. Il a ensuite rallié le Pds. Et du Pds, il est promu Directeur de Petrosen par son pater jusqu’aux stations de Premier ministre et de Président de l’Assemblée nationale. Aujourd’hui au Sénégal, on remarque que les gens sont nostalgiques du président sortant, Me Abdoulaye Wade à cause de Macky Sall et de son système. Un an après, qui nous aurait dit que Karim Wade allait avoir un bain de foule au Sénégal ? Qui aurait prédit que les barons de l’ancien régime à l’image de Oumar Sarr, Ousmane Ngom, allaient déambuler dans les rues de Dakar pour affronter le régime actuel d’une façon arrogante. Qui nous aurait dit que Me Amadou Lamine Sall allait insulter le président élu des Sénégalais et humer l’air de Dakar librement sans se soucier de la justice ? Qui nous aurait prédit que, à peine six mois, les gens allaient être nostalgiques de Abdoulaye Wade ? Nous, de la Diaspora, on s’est battu durant 4 ans pour faire dégager Me Wade, mais ce n’était pas pour obtenir ce régime. On s’était dit que c’est fini, que le Pds ne peut plus gagner d’élections. A peine battus, ces gens sont revenus avec un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Je suis désolé, mais il n’y a pas de rupture.

Pourquoi ?

Parce que c’est une coalition! Un groupement d’individus qui avaient la même haine pour quelqu’un et qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pour faire partir cette personne. Ils se sont retrouvés au second tour pour soutenir le candidat par défaut. Macky Sall est un président par défaut. C’est pour cela que les gens n’arrivent pas encore à le reconnaître aujourd’hui comme président alors que c’est lui-même qui s’est créé cette situation.

En quoi faisant ?

Comment Macky Sall qui a obtenu  65 % des voix peut-il se permettre aujourd’hui de mettre à la tête de l’Assemblée nationale du Sénégal  Moustapha Niasse ? Alors qu’il y a des jeunes qui étaient là et qui pouvaient occuper ce poste. Il faut du courage politique. Il faut de l’entregent. Aujourd’hui au Sénégal, vous imaginez Macky Sall, président de la République du Sénégal qui va prendre les anciens adversaires de Abdoulaye Wade qui sont aujourd’hui à ses côtés. (…) Macky devait se servir du neuf et pas du vieux (…) Le monde a changé. Ce nouveau monde a besoin de personnes qui ont de l’audace.(…)

Dans quel  camp vous situez-vous aujourd’hui ? Dans l’opposition ou la mouvance présidentielle ?

Quelle opposition ? Vous n’allez pas me dire que ce sont les gens qui ont été là et qui nous ont causé beaucoup de problèmes qui sont considérés comme l’opposition. (...)   Il n’y a pas encore une structure de l’opposition qu’on peut appeler opposition.

Vous avez créé votre propre parti politique alors que vous étiez le bras droit de Serigne Modou Kara au Pvd. Votre séparation résulte-t-elle d’une divergence de points de vue ?

Absolument pas ! Ce mouvement était là comme le bras armé du Pvd qui devait, en un moment donné, frapper là où le Pvd devait maintenir une position de régularisation. Notre point de vue à l’époque c’était que Abdoulaye Wade ne pouvait obtenir un autre mandat. Il fallait donc qu’il se retire de la course. Rentré au Sénégal,  j’avais souligné qu’il y aura un tsunami politique au Sénégal en 2012. Ce qui a été constaté avec la fameuse manifestation du 23 Juin. A l’image du «Printemps arabe», le Sénégal a eu son été avec le 23 juin qui a été un grand déclic  populaire. Après cela,  il fallait qu’on se positionne ailleurs, car il fallait que ça aille de l’avant. C’est pour cela que Nadems est devenu plus qu’un mouvement. C'est-à-dire un parti politique qui peut aujourd’hui prétendre à toutes les formes de positions étatiques et institutionnelles de ce pays.

Le faible score obtenu par votre Guide Serigne Modou Kara aux élections législatives ne vous a-t-il pas découragé ?

(…) Même si c’était un siège au sein de la représentation nationale, c’est un grand fossé que le Pvd a creusé. Du point de vue organisation, on aurait pu s’organiser autrement parce que les envieux et les jaloux lorsqu’ils sont présents dans une famille, on a tous plus à perdre qu’à gagner. Le Cheikh a toujours souhaité qu’on soit un bloc, il a toujours voulu que sa famille soit soudée. Peut-être qu’aujourd’hui on aurait la majorité.

Les dernières élections législatives ont montré que le discours religieux en politique ne passe pas encore, malgré ce que certains appellent une percée…

Le Sénégal n’est pas encore prêt à endosser des familles maraboutiques. Mais, les Sénégalais sont prêts à endosser une manière de faire la politique. Les marabouts devraient, avec leurs familles, travailler avec des hommes laïcs ou autres qui peuvent incarner leurs visions, leurs réalismes politiques sur le terrain et s’effacer (…) Au Sénégal la religion est très impliquée dans la politique et vice-versa. C’est dommage que des hommes religieux s’impliquent comme têtes de listes ou comme candidats à des élections au Sénégal. Il faudrait qu’ils occupent le terrain spirituel et laissent les gens qui sont dans leur entourage (disciples ou amis) faire le travail sur le terrain. En ce moment, on aura plus à gagner. Par exemple Cheikh Modou Kara n’a pas siégé à l’Assemblée nationale, il a cédé son siège de député. Ça m’aurait frustré de voir mon guide à l’Assemblée nationale en train de recevoir des invectives. C’est une décision sage qu’il a adoptée.

Auteur: Georges Nesta DIOP et Magib GAYE
Publié le: Dimanche 10 Mars 2013

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