Selon des sources généralement bien informées et proches d’une capitale religieuse très courue par le pouvoir, un complot est en train d’être ourdi par une coalition comprenant des autorités religieuses de haut niveau, des hommes d’affaires et industriels très liés au pouvoir libéral, et qui ont en commun la particularité de s’inquiéter pour leur devenir quand interviendra la fin du règne de Wade. Perspective plus proche que lointaine, en tout cas inéluctable. D’où leur panique qui n’a d’égale que celle du leader du Pds depuis longtemps, certes, mais surtout depuis le 23 juin.
Selon nos sources, des réunions ont déjà eu lieu entre les différents intéressés, surtout à Touba et Dakar, sous la houlette d’un porte-parole d’une grande confrérie très actif dans le microcosme politique et qui aurait pour argument rébarbatif face à ses interlocuteurs : «teranga ji u Ablaay Waad defal, war na ñoo fexe ba mu am li mu bëg» (traduction : «avec tous les bienfaits que Wade nous a prodigués, nous devons tout faire afin qu’il obtienne ce qu’il veut»). Ce que veut Wade, c’est, dans un premier temps, demeurer au pouvoir, alors que tout (la loi constitutionnelle et son âge essentiellement) milite pour qu’il le quitte. Dans un deuxième, y installer son fils - «tant qu’il lui restera un souffle de vie et une parcelle de pouvoir, il y pensera», a dit Idrissa Seck, dans un entretien sur la Rfm, mardi dernier au soir.
Aucune des deux perspectives n’est une mince affaire, pour dire le moins, et elles sont plus proches de l’échec. Wade le sait. Ceux qui ont profité de sa «teranga» le savent. Le président en est tellement conscient, lui-même, surtout depuis le 23 juin, qu’il multiplie les initiatives, les unes plus maladroites que les autres, cependant, pour tenter d’endiguer la vague de protestation contre sa candidature. Cette vague, si elle aboutissait au but visé, ferait s’effondrer les projets suscités. Ce serait le triomphe à la fois du bon sens et de la démocratie, en ce que la loi fondamentale est le socle de cette dernière.
Mais ce serait carrément la catastrophe, la «Naqba» - que les Palestiniens me pardonnent - pour certaines oligarchies confrériques qui se sont indécemment compromises avec le pouvoir, ainsi que pour des chefs d’entreprises et hommes d’affaires qui, sans réserve, se sont embarqués avec le pouvoir dans des affaires aux limites de la légalité et sur lesquelles ils ont bâti des fortunes et des projets en cours d’exécution. Ne parlons pas des politiques qui ont profité largement de leur proximité avec le clan au pouvoir pour planquer des fortunes colossales, ici et ailleurs. Le milliard étant devenu leur unité de compte…
Or, tous ces gens sont au courant de ce qui se passe dans le monde, et savent ce qu’une ancienne juge de la Cour pénale internationale, candidate à l’élection présidentielle française, Eva Joly, a rappelé, il y a peu : «Il n’y a plus dans le monde d’endroit sûr pour l’argent mal acquis». Surtout pour ceux qui ne disposent plus des leviers du pouvoir.
Ce sont toutes ces raisons qui fondent la décision d’une coalition de politiques, marabouts et hommes d’affaires de saper le mouvement né le 23 juin, et tout autre qui lui serait assimilable, en ayant le même objectif républicain. Les marabouts sont la plaque tournante de la coalition dont ils ont pris l’initiative, les hommes d’affaires mettront la main à la poche pour financer les actions. Leur première cible est le mouvement «Y en a marre» dont on note déjà l’évidente entreprise d’affaiblissement par les accusations non étayées de corruption, et l’entretien de différents amalgames à son sujet par des hommes du pouvoir. Et ce n’est pas fini. Ces gens iront jusqu’aux agressions physiques systématiques contre tout et tous ceux qui leur sembleront représenter un obstacle à leur objectif.
Sont visées, d’après nos sources, toutes manifestations de l’opposition politique et des divers mouvements citoyens et sociétés civiles jugés hostiles au pouvoir de Wade. Ces cibles seront l’objet de provocations visant à les faire basculer dans la violence. Certains marabouts, plutôt francs-tireurs, mais disposant de foules fanatisées, devraient être mis à contribution moyennant finances pour jeter leurs ouailles dans la bagarre. Et à la faveur des désordres engendrés, l’Etat saura quelles dispositions prendre. Cible moins facile, mais non moins prioritaire, la presse fait déjà l’objet d’indexations publiques de la part de gens du pouvoir, et la coalition prendra en charge, s’il le faut, des options qui lui sont destinées. Des options musclées au besoin. Notamment suite aux désordres provoqués dans les manifestations.
C’est pourquoi, l’opposition et le M23 et tous les mouvements impliqués dans les protestations contre le pouvoir, devraient étudier attentivement la décision prise par le ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom, d’interdire tout autre manifestation que celle du Pds, demain, samedi 23 juillet.
Elle s’apparente à une provocation qu’il ne faudrait pas négliger de décortiquer à fond, pour y apporter une réponse appropriée. Il n’est pas sûr que celle-ci soit de favoriser n’importe quoi qui saperait les acquis du 23 juin. Depuis le 23 juin, le pouvoir a perdu la main et s’affole, ses alliés avec lui. Ce qui précède en est la preuve. Elle patauge comme dans des sables mouvants, or dans ces derniers, plus on s’agite, plus on s’enfonce. Ce n’est pas la mobilisation qui sera mise en scène demain sur la Vdn, grande production à milliers de figurants convoyés du pays entier qui va changer ça ; c’est juste une agitation supplémentaire…
Si même le M23 se croisait les bras jusqu’aux prochaines élections, Wade resterait les mains liées, et n’oserait plus prendre aucune initiative politique substantielle. Il ne prendrait plus l’initiative d’une loi, même non constitutionnelle sans y réfléchir à deux fois.
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