«C’était la maison des horreurs» : les témoignages glaçants des deux femmes qui accusent Julio Iglesias de viols
Icône mondiale de la chanson, Julio Iglesias était visé par de graves accusations d’abus sexuels par deux ex-employées. La justice espagnole vient cependant de classer la plainte, invoquant l’incompétence territoriale. Retour sur l’affaire.
Le nom de Julio Iglesias, aujourd’hui âgé de 82 ans, s’étale depuis début janvier à la une des médias. Mais cette fois, il n’est pas question de tubes ou de records de ventes. Le chanteur espagnol est accusé d’agressions sexuelles par deux anciennes employées, pour des faits qui se seraient déroulés en 2021, en pleine pandémie de Covid-19, dans ses villas privées des Bahamas et de République dominicaine. La plainte déposée vient cependant d’être classée sans suite par la justice espagnole, qui a invoqué l’incompétence territoriale. Mais l’Espagne continue de se diviser. Car l’interprète de Vous les femmes, figure quasi intouchable, voit son mythe se renverser.
Des agressions presque quotidiennes
Les révélations publiques proviennent d’une vaste enquête publiée le 13 janvier dernier par le quotidien espagnol elDiario.es, en collaboration avec le groupe audiovisuel hispanophone américain Univision. L’article, rédigé après trois années d’investigation, a rapporté les témoignages de deux plaignantes sous pseudonyme : Rebeca et Laura, âgées de 22 et 28 ans au moment des faits.
Tout aurait commencé en 2021, lorsque Rebeca est employée comme femme de ménage dans l’une des propriétés de Julio Iglesias aux Bahamas. Comme Laura, elle affirme avoir été recrutée via les réseaux sociaux. Mais dès l’entretien, confie-t-elle, le cadre professionnel dérape déjà. Et les questions de la personne qui l’interroge fusent: «Aimez-vous les femmes?», «Aimez-vous les plans à trois?», «Avez-vous subi une augmentation mammaire?». Des interrogations déplacées qui, selon elle, donnent immédiatement le ton. D’après son témoignage, Rebeca aurait ensuite subi pendant près de six mois des relations sexuelles non consenties avec le chanteur, qui était alors âgé de 77 ans. Elle se souvient de «convocations» dans la chambre de ce dernier, après ses heures de travail. «Là, il la pénétrait analement et vaginalement avec ses doigts», rapporte elDiario.es. «Il m’utilisait presque toutes les nuits. Je me sentais comme un objet, comme une esclave.»
Rebeca affirme que ces agressions se déroulaient presque toujours en présence — et parfois avec la participation — d’une autre employée occupant une position hiérarchique supérieure à elle. Plus loin, elle raconte encore : «Il me saisissait violemment le sexe et ça me faisait très mal». «Je suis ton putain de robot, ton esclave, ta poupée. Et je ne peux pas bouger», se souvient-elle alors avoir pensé. Et de décrire également des violences physiques : «Il me giflait aussi très fort, avec une violence inouïe.» Pour preuve, assure elDiario.es, des photos d’ecchymoses sur son corps.
Rebecca rapporte une autre scène : quelques jours plus tard, elle aurait accompagné son employeur dans sa villa de New Providence, aux Bahamas, affirmant avoir été appelée à 23 heures dans sa chambre, où une autre femme - encore hiérarchiquement supérieure à elle - attendait, à moitié nue. «Je commençais à travailler à 8 heures du matin et je terminais à 11 heures du soir», avant d’être appelé pour des orgies dans la chambre du chanteur. Elle se souvient encore avoir dû, un soir où il était malade «lui lécher l’anus et lui faire des fellations toute la nuit», car cela «le soulageait». Selon elle, ces convocations cessaient uniquement lorsque l’épouse du chanteur, Miranda Rijnsburger - de 22 ans sa cadette - était présente. elDiario.es et Univision indiquent avoir tenté de contacter cette dernière, mais en vain.
Un «climat de peur»
Laura, kinésithérapeute du chanteur qui vivait également parmi le personnel, relate des faits similaires. Elle affirme que tout aurait débuté le jour où Julio Iglesias aurait tenté de l’embrasser et de lui toucher la poitrine contre son gré. «Nous étions sur la plage, il s’est approché de moi et m’a touché les tétons», assure-t-elle dans son témoignage. L’épisode se serait répété dans la piscine de la villa de Punta Cana, en République dominicaine.
Au-delà des agressions sexuelles, elle décrit tout un environnement de travail toxique : isolement des employées, conflits permanents en raison du tempérament abusif du chanteur, interdiction de nouer des liens et de sortir de la maison. L’enquête assure par ailleurs que leurs récits sont encore étayés par de nombreuses preuves : entre photographies, relevés d’appels, messages WhatsApp, et rapports médicaux. Car Laura évoque un réel «climat de peur». «Julio est quelqu’un de très autoritaire. Il vous menace de vous licencier et vous répète que travailler pour lui est la meilleure chose qui vous soit jamais arrivée», confie-t-elle.
À cela s’ajouterait un contrôle permanent sur les téléphones portables - qu’il pouvait demander à tout moment -, sur leur nourriture également. «Je ne laissais jamais rien de visible sur mon téléphone. Je savais qu’il le vérifierait.» Rebecca complète ainsi : «Cette maison devrait s’appeler la maison des horreurs. C’est un cauchemar.» Les deux femmes décrivent encore des humiliations publiques. Comme ce jour où Julio Iglesias aurait demandé à Laura de se déshabiller devant ses collègues (un fait confirmé par un invité présent à ce moment-là).
Deux catégories d’employés
ElDiario.es a enfin recueilli les témoignages d’anciens employés pour compléter son investigation, et comprendre le fonctionnement au sein du personnel. Ces derniers ont rapporté une organisation en deux catégories : le personnel domestique, des femmes de ménage, par exemple, comme Rebecca, et les «dames» — kinésithérapeutes, accompagnatrices, que les autres employés devaient appeler ainsi. Il y avait encore plus haut les superviseurs ayant pour mission de relayer les ordres et de satisfaire toutes les demandes du chanteur. Le journal affirme avoir identifié deux femmes occupant des postes de supervision qui, selon Rebeca, incitaient ou demandaient au personnel de se rendre dans la chambre de Julio Iglesias pour des relations sexuelles, parfois en leur présence, comme cité plus haut.
Contacté avant et après la publication, Julio Iglesias n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes. Il a cependant transmis un communiqué à elDiario.es après la parution de l’enquête, niant «avoir abusé, contraint ou manqué de respect à une quelconque femme», qualifiant les accusations «d’absolument fausses». L’affaire vient d’être classée, ce vendredi, par la justice espagnole. Le parquet a classé la plainte «pour défaut de juridiction des tribunaux espagnols», notamment en matière territoriale, selon le document du ministère public consulté par l’AFP. «Selon le parquet de l’Audience nationale, la juridiction spécialisée dans les affaires sensibles dont le siège est à Madrid, les victimes n’étant pas espagnoles et n’habitant pas en Espagne, la personne accusée ne vivant pas non plus sur le territoire espagnol et les faits ne s’étant pas produits en Espagne, la justice espagnole ne peut pas être compétente», a relayé L’Indépendant .
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