Industrie pharmaceutique : Trois universités pour renforcer la régulation
Tirant les leçons de la pandémie de Covid-19, le Sénégal, à l’image de certains pays africains, veut assurer sa souveraineté pharmaceutique. Or, une industrie dans ce secteur suppose une autorité de réglementation forte dans le domaine. Pour y arriver, il faut du personnel qualifié. C’est à ce besoin que répond Reg-pharma, un portail numérique pour la formation continue aux métiers de la régulation pharmaceutique lancé ce jeudi à Dakar par l’université Cheikh Anta Diop, l’université Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire et l’École des hautes études en santé publique (EHESP) en France.
« On veut une industrie locale, produire nous-mêmes, être indépendants. C’est bien, mais qui est compétent pour contrôler ce qui est produit ? Il ne faut pas que le médicament devienne un poison. Donc, il faut former les agents pour qu'ils puissent contrôler ce qui est produit localement », résume le professeur Mahama Ouattara, doyen de l’UFR Sciences pharmaceutiques et biologiques de l’UPHB.
L’objectif global est ainsi de renforcer les compétences des autorités de régulation pharmaceutique dans l’UEMOA et dans la CEMAC.
Venu présider la cérémonie de lancement, le docteur Mor Diagne, conseiller technique du ministre de la Santé, a salué une avancée dans l’offre de formation, surtout pour les professionnels. « Il y a des masters en régulation pharmaceutique qui sont dispensés à l'UCAD. Mais aujourd'hui, cette plateforme permettra d'avoir une formation continue dans la pratique », se félicite-t-il.
Il s’agit donc, comme l’a précisé Jean-Philippe Naboulet, enseignant-chercheur à l’EHESP, de formations courtes, très pratiques, destinées à renforcer une compétence particulière.
Les formations vont toucher des domaines comme l’inspection, la régulation, l’harmonisation des textes, la mise en place d’un système de management de la qualité. « Comment rédiger des procédures ? Comment étudier un dossier d'autorisation de mise sur le marché ? Comment assurer l'imputabilité d'un effet indésirable d'un médicament ? Vérifier la causalité entre l'effet indésirable qui est déclaré par un patient, par un professionnel de santé, et la réalité », liste M. Naboulet.
Bref, il s’agit des méthodes et techniques qui ne s’inventent pas et ne s’apprennent pas nécessairement dans un parcours étudiant.
Pour l’instant, l’initiative vise à doter les agences de régulation africaines de personnels qualifiés, mais la formation pourrait s'étendre aux professionnels qui travaillent dans l'industrie pharmaceutique, chez les distributeurs ou dans des centrales d'achat.
En effet, souligne le Pr. Mahama Ouattara de Côte d’Ivoire, le régulateur et les acteurs du secteur ne parlent pas toujours le même langage, ce qui constitue un frein à la collaboration. Élargir cette offre de formation permettra donc à tous ceux qui composent l’écosystème pharmaceutique d’avoir la même compréhension de la réalité afin de favoriser le dialogue au bénéfice de la population.
Car, en définitive, la formation servira non seulement à avoir une main-d’œuvre qualifiée, mais aussi à harmoniser les pratiques, autrement dit boucher les failles qui profitent aux industriels.
Ainsi, l’Afrique pourra faire face aux faux médicaments, aux médicaments de qualité inférieure ou inefficace. Bref, à tous les produits pharmaceutiques inadaptés aux besoins et à la santé de la population.
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