Kenya : un jeu de société dédié aux ramasseurs de déchets plastiques
Les ramasseurs de déchets travaillent souvent dans l’ombre, sans formation ni véritable reconnaissance. Pour survivre, ils récupèrent tout ce qui peut encore avoir de la valeur dans d’immenses décharges. Pourtant, leur rôle est essentiel : en triant et en collectant ces matériaux, ils évitent que des quantités considérables de déchets ne finissent enfouies.
Le Circularity Gap Report 2025 souligne d’ailleurs l’ampleur de cet enjeu : sur plus de 100 milliards de tonnes de matériaux utilisés chaque année dans le monde, moins de 10 % sont réintégrés dans une logique circulaire. Dans ce contexte, les ramasseurs de déchets jouent un rôle clé en récupérant une part importante des matières recyclables.
Pour renforcer leurs compétences, l’organisation Mazingira Yetu a développé un jeu de société innovant. Son objectif est de former ces travailleurs aux principes de l’économie circulaire, mais aussi de les sensibiliser aux moyens de subsistance durables et à leurs droits. Le jeu repose sur une mécanique simple : les participants, répartis en équipes, lancent des dés pour avancer sur un plateau. Chaque case déclenche une discussion à partir de cartes de questions. Les thèmes abordés sont variés : réduction des déchets, techniques de recyclage, accès à l’assurance maladie, besoins en équipements de protection ou encore importance de la négociation collective. Les joueurs débattent, vérifient leurs réponses à l’aide d’un livret et accumulent des points, tout en acquérant des connaissances utiles pour améliorer leurs revenus.
Comme l’explique Sam Ndindi, directeur de Mazingira Yetu, des concepts comme l’économie circulaire réduire, recycler, restaurer restent difficiles à appréhender sans outils adaptés. Le jeu permet justement de les rendre concrets et accessibles. Selon les spécialistes, l’apprentissage par le jeu constitue une méthode particulièrement efficace, notamment pour les travailleurs du secteur informel. Il facilite la compréhension du tri, de la réutilisation et de la distinction entre déchets organiques et recyclables.
2,3 milliards de tonnes de déchets solides
Hellen Dena, responsable du projet panafricain sur le plastique chez Greenpeace Afrique, confirme cet intérêt pédagogique. Elle souligne que les jeux de société peuvent enseigner, aussi bien aux enfants qu’aux adultes, les bases de la circularité et des pratiques durables. Ces outils permettent d’aborder des notions comme les types de déchets, leur recyclabilité ou leur biodégradabilité, tout en encourageant l’application des principes fondamentaux : réduire, réutiliser, recharger et recycler.
Pour les ramasseurs de déchets de Nairobi participant à ce programme, ce jeu dépasse largement le cadre du divertissement. Il représente une opportunité concrète d’accéder à une économie circulaire plus stable, susceptible d’améliorer leurs revenus et de réduire l’impact environnemental de leur activité. Les organisateurs espèrent ainsi faire évoluer leur statut, de travailleurs invisibles à véritables acteurs de la gestion des ressources urbaines.
À l’échelle mondiale, l’urgence est réelle : l’humanité produit environ 2,3 milliards de tonnes de déchets solides municipaux chaque année, un chiffre qui pourrait atteindre 3,8 milliards de tonnes d’ici 2050 si les tendances actuelles se poursuivent, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Au Kenya, la production quotidienne s’élève à environ 22 000 tonnes, dont près de 2 400 tonnes pour la seule ville de Nairobi, d’après l’Autorité nationale de gestion de l’environnement (NEMA).
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