CAN MAROC 2025: Quand le succès et la grandeur imposent la redevabilité (Par Mactar N. NDIAYE)
La CAN 2025 organisée au Maroc a marqué un tournant décisif pour le football africain.
Elle n’a pas seulement été une réussite organisationnelle. Elle a fait tomber un alibi.
Le Maroc n’a pas organisé une CAN exemplaire. Il a fixé un standard. le succès n’est plus une protection, il devient au contraire un révélateur d’exigence.
Non seulement par la qualité de son organisation, mais surtout parce qu’elle a confirmé une réalité désormais incontestable : la compétition africaine a atteint le niveau d’exposition, d’exigence et de comparaison des grandes ligues mondiales.
À ce niveau, une règle s’impose partout : le succès ne protège plus, il expose.
Pendant longtemps, la CAN s’inscrivait dans un récit de progression. Ce cadre, légitime hier, ne suffit plus aujourd’hui. Le tournoi a été porté par un niveau de jeu exceptionnel, incarné par des stars mondiales confirmées comme Sadio Mané, Mohamed Salah, Achraf Hakimi, Victor Osimhen, Riyad Mahrez, qui n’ont plus rien à prouver, mais beaucoup à exiger.
À leurs côtés, une nouvelle génération de joueurs de moins de 23 ans s’est révélée avec une maturité remarquable. Des talents comme Ibrahima Mbaye, Malick Diouf, Bazoumana Touré, Christian Kofane, Ibrahim Maza ou Lamine Camara ont illustré une jeunesse africaine déjà prête pour le très haut niveau, tant sur le plan tactique que mental. Cette génération ne demande pas d’indulgence : elle impose le rythme.
Dès lors, la CAN n’est plus jugée comme une compétition “en devenir”, mais comme un produit sportif global, immédiatement comparable à la NBA ou à l’UEFA Champions League. Et dans cet univers, la performance des joueurs appelle mécaniquement un niveau équivalent de rigueur institutionnelle.
La NBA l’a compris depuis longtemps : au très haut niveau, l’erreur arbitrale ne se nie pas, elle s’explique. Transparence, pédagogie et responsabilité sont devenues des outils de protection de la crédibilité du jeu.
L’UEFA, de son côté, défend ses standards par des protocoles stricts et une communication codifiée, où le système prime sur l’individu.
La Confédération Africaine de Football (CAF) se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. La CAN dispose désormais de talents d’élite, d’une audience internationale et d’une valeur commerciale croissante. Dans ce contexte, le silence ou l’opacité ne sont plus des postures de prudence, mais des risques réputationnels.
L’arbitrage et la VAR cristallisent cette transition. À ce niveau d’intensité et d’exposition, ils ne peuvent plus être perçus comme des instruments de protection de l’autorité, mais comme des services rendus à l’intégrité du jeu. Plus le niveau est élevé, moins l’opacité est tolérée.
Le public, lui aussi, a changé de statut. Informé, connecté et habitué aux standards internationaux, il ne réclame pas l’excellence par émotion, mais par cohérence.
Son exigence est proportionnelle au niveau de jeu observé.
La CAN 2025 n’a pas marqué la fin d’un cycle. Elle a ouvert une ère nouvelle, où la grandeur sportive impose une responsabilité institutionnelle équivalente.
Le football africain a grandi.
Ses joueurs sont prêts.
Il appartient désormais à ses instances d’être à la hauteur de cette maturité.
« L’Afrique a atteint un seuil. À partir de maintenant, les exigences changent. »

Mactar N. Ndiaye
Consultant Senior en S4D et Économie du Sport - Braak Consulting
Fondateur de l’Institut Sports & Métiers de Dakar
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