Photo : Seneweb.com
Politiciens de tous bords, soyez désormais sans crainte, quelque forfait que votre position de pouvoir vous aura permis de commettre. Rebeuss n’est plus pour vous une prison où l’on expie ses fautes. C’est devenu une zone franche où, par la seule «grâce» du Président, tout bien mal acquis se mue en richesse halal, où se construisent les virginités politiques les plus improbables, sur la base d’arrangements politiciens aussi répréhensibles que l’enrichissement illicite. De fait, la traque des biens mal acquis, jusque-là circonscrite au seul cas Karim Wade, débouche aujourd’hui sur une impasse, un paradoxe.
À l’épreuve de la prison, Karim est actuellement dans la peau du maestro, qui donne le ton et bat la mesure. Aujourd’hui en effet, le prisonnier semble être plus à l’aise que ses geôliers pour fixer les conditions de sa libération. Si bien que le sujet mobilise toute la République et agite toute la classe politique.
Dans cette atmosphère de surenchère communicationnelle, le déploiement médiatique de nos gouvernants a pour objectif d’ancrer dans nos consciences l’idée que cette libération est un événement majeur de notre vie. Or, par rapport à nos soucis actuels, il ne s’agit que d’un non-événement, dont les enjeux (purement politiques) n’intéressent que les politiciens qui nous gouvernent et les médias qui en font leurs choux gras.
En vérité, si la simple libération d’un prisonnier, reconnu coupable et condamné, agite si profondément l’État, c’est que la condamnation n’a pas suffisamment été «en âme et conscience», ou que le prisonnier est trop puissant et sa libération problématique jusqu’à l’embarras. Mais le côté le plus ubuesque de cette affaire réside dans le prétexte d’une prétendue «médiation des chefs religieux», à qui le chef de l’État croit aujourd’hui devoir soumettre, pour approbation, sa «grâce» en faveur de Karim. Oublieux de son statut de chef de l’État, oubliant que depuis le début, ces «citoyens ordinaires» l’ont constamment sollicité dans ce sens. Sans aucun résultat. C’est également à Touba et Tivaouane que s’est dénouée la tragédie de la crise scolaire.
Mais l’État doit comprendre que la fin de cette crise n’est ni une finalité ni la fin du mal véritable qui gangrène tout le système éducatif : de la base au sommet. Et dont la solution ne consiste certainement pas à administrer un remède de cheval : en menaçant les enseignants de radiation ou en opérant des ponctions sur leurs salaires et autres sanctions semblables, purement conjoncturelles, aussi spectaculaires et impertinentes les unes que les autres. Au final, cette grève n’aura pas seulement été révélatrice du niveau de déliquescence de notre système éducatif, de l’Élémentaire au Supérieur. Elle est surtout parfaitement inédite, aussi bien dans le motif de son initiative que dans le tragique de son dénouement.
Qui en réalité, n’est qu’une sorte d’entracte, en attendant que des examens de fin d’année au rabais, soient organisés pour des élèves formés au rabais par des enseignants qui toute l’année, étaient plus dans la rue que dans les classes. Quant à la grève elle-même, dans l’histoire de notre pays, aucun mouvement syndical n’a jamais eu pour motif une revendication aussi improbable : amener un gouvernement à mettre en œuvre des accords qu’il a lui-même signés. Ni plus ni moins, il ne s’agit là que d’une impertinence à la fois axiologique et managériale, dont le gouvernement est entièrement responsable. La crise scolaire s’est ainsi transformée en une crise d’autorités à la hauteur de leurs responsabilités et résolument engagées à mettre tous les acteurs du système dans des conditions de performances fondées sur une saine émulation.
En définitive, il en est de l’affaire Karim comme de la crise scolaire : nos gouvernants auraient dû, par l’exemplarité de leur comportement, mettre en œuvre la vérité selon laquelle : «il vaut mieux enseigner la vertu que réprimer les vices.» Le constat est que des socialistes aux libéraux, les vaincus de 2012 comme ceux qui triomphent aujourd’hui, d’une alternance à une autre, il n’y a strictement ni rupture ni vertu ni sobriété….
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