[Grain de Sel] - Macky Sall : crédit épuisé ?
Ce qui arrive à Macky Sall n’a rien d’un dérapage collectif. Il est perçu comme victime d’un acharnement mais en réalité, il fait face à ce qu’il a construit. Tout était prévisible. Le problème n’est pas la violence des réactions, mais ce qui les a rendues possibles.
Un État fort crée des citoyens responsables, et un État faible crée des citoyens méfiants, enclins à la contestation permanente. Rien ne surgit ex nihilo dans l’espace public. Les réactions sociales, même les plus vives, sont souvent le reflet d’une accumulation de perceptions et d’expériences. Ce qui est qualifié de dérapage collectif est souvent le symptôme visible de tensions plus profondes, longtemps contenues.
Au fond, le problème n’est pas uniquement la violence des réactions, mais les conditions qui, progressivement, ont rendu ces réactions possibles.
Pendant des années, il a exercé le pouvoir en imposant un certain rythme, des décisions parfois controversées, une manière absolutiste de gérer l’opposition et la contestation. Aujourd’hui, il fait face à une opinion qui ne lui accorde plus le bénéfice du doute. La critique est devenue frontale parce que la confiance s’est érodée. Mettre du sucre dans de l’eau chaude, vous comprendrez mieux ce dont on parle.
On peut regretter le ton employé sur les réseaux ou dans certains débats publics, mais il faut regarder la cause avant de juger la conséquence. Une société qui se sent tenue à distance finit par parler autrement. La brutalité actuelle est aussi le produit d’un rapport au pouvoir qui a longtemps laissé peu de place à la contradiction réelle. Ce n’est pas une excuse, c’est un enchaînement logique.
Ce qui interroge davantage, c’est la posture adoptée depuis la fin de son mandat. Au lieu de se tenir en retrait, il multiplie les prises de parole et semble chercher à rester dans le jeu. Pour séduire qui ? Cette présence permanente brouille les lignes. Elle donne l’impression d’une quête d’influence qui n’est plus adossée à une légitimité élective. À ce niveau de responsabilité, la retenue n’est pas une option, c’est une exigence.
Ses positions à l’international, notamment sur l’homosexualité, sont lues par une partie de l’opinion comme un alignement sur des standards extérieurs, sans prise en compte suffisante des sensibilités locales. Dans un contexte où il a souvent été accusé de défendre davantage des intérêts extérieurs que ceux d’une partie de l’opinion nationale, ce type de discours ne passe pas inaperçu et vient conforter une perception déjà bien installée.
En face de lui, ce jour-là, se trouvait Sidiki Kaba. Le contexte n’est pas neutre. Lorsqu’il aborde ces questions sensibles, il le fait sans contradiction visible de la part de celui qui partage cette scène avec lui. Cette absence de dissonance publique n’étonne personne. Elle s’inscrit dans une continuité politique qui renforce l’idée d’un positionnement assumé.
Au final, la séquence actuelle dit quelque chose de plus large que le cas d’un ancien Chef d’État. Elle révèle une rupture entre une partie du pays et ceux qui ont exercé le pouvoir. Quand cette rupture s’installe, la fonction ne protège plus. Elle expose. Et dans ce climat, chacun devrait comprendre que l’opinion ne se gère pas après coup. Elle se construit ou se perd, sur la durée.
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