Médias et politique : Le cas des plateaux spéciaux
Lors de son discours à la Nation, le 31 décembre 2025, le président Bassirou Diomaye Faye a parlé d’économie, de santé, d’éducation et de justice, entre autres sujets. Mais pour apprécier la teneur de ce message aux Sénégalais, les médias ont estimé qu’il n’y avait pas mieux que les politiciens.
Ainsi, la TFM a invité le ministre Cheikh Tidiane Dièye et Sidy Bara Fall pour la majorité présidentielle, Hamidou Anne et Madana Kane pour l’opposition.
La Sen TV, de son côté, a convié Moussa Niang de Gueum Sa Bopp, Aboubakry Sokomo de l’APR, Bachir Diawara du PDS et Bachir Fofana, un « analyste politique » que l’on assimilerait facilement à un opposant. Sans compter Thierno Alassane Sall, qui devait intervenir à distance. Et pour faire face à cette opposition, Babo Amadou Ba du Pastef qui, apparemment, n’est finalement pas venu.
La 2STV est dans cette même logique lorsqu’elle invite Abdourahmane Diouf et Babacar Sané Ba pour le camp du pouvoir, Aïda Sophie Niang et Alioune Badara pour l’opposition, et enfin Elimane Haby Kane de la société civile pour assurer l’équilibre.
Même chose à Radio Sénégal, où Fadilou Keita et Ibrahima Hamidou Dème se faisaient face, avec au milieu Cheikh Tidiane Sy, membre de la société civile.
Seneweb TV n'a échappé à cette logique avec deux invités de la mouvance présidentielle et deux de l'opposition.
Pendant ce temps, d’autres médias restent dans cette même dynamique, mais avec un seul son de cloche. Alors que la RTS opte sans surprise pour la porte-parole du gouvernement, Walf TV déroule le tapis rouge à Déthié Fall, tandis que Cheikh Yérim Seck se sent chez lui à la 7TV, face à Maïmouna Ndour.
En procédant ainsi, les médias réduisent l’espace public à une logique binaire entre pouvoir et opposition. En fait, tout est fait comme si ceux qui s’occupent de politique politicienne étaient les seules voix qui comptent. Même lorsqu’on invite la société civile, on choisit celle politique, c’est-à-dire cette frange qui s’occupe d’élections, de libertés publiques, bref, de gouvernance et de démocratie.
De ce fait, en dépit du fait que l’économie a été la principale actualité durant 2025, les acteurs économiques ont été totalement absents des plateaux, de même que les sachants. Depuis un an, les acteurs du BTP voient les autres parler à leur place. Cette fin d’année et les perspectives du nouvel an devaient être enfin l’occasion pour eux de s’exprimer. Mais la presse a estimé que les politiciens peuvent le faire mieux que les chefs d’entreprise et les employés qui vivent la situation au quotidien.
Déconnexion des réalités du peuple
Ce qui est valable en économie l’est aussi en éducation et en santé, des sujets revenus dans le discours du président Faye. Mais à aucun moment, les médias n’ont jugé pertinent de tendre le micro aux acteurs de ces secteurs. Ce cadrage axé sur la politique fait qu’une actualité aussi importante que l’affaire Softcare a été à la limite banalisée. Or, si ce scandale concernait un acteur politique, il serait encore au-devant de l’actualité.
Les plateaux spéciaux révèlent cette déconnexion des médias de la réalité quotidienne des Sénégalais. Les faits politiques, économiques, sociaux et autres sont appréciés sous le prisme déformant d’une appartenance politique. Et c’est presque toujours les mêmes. Par exemple, depuis l’arrivée de Pastef au pouvoir, Abdourahmane Diouf et Cheikh Tidiane Dièye ont presque toujours pris part à un plateau spécial, chaque fois que l’occasion se présente. Pourquoi inviter un Bachir Fofana présent tous les soirs sur la Sen TV ? Ces exemples montrent que c’est le même groupe restreint qui occupe les médias pendant 12 mois, à l’exclusion des autres.
En outre, ces formats ne permettent pas un débat constructif. Avec cette logique, les plateaux de télévision ne sont jamais ces espaces calmes, apaisés, propices à l’argumentation. Au contraire, ils deviennent des arènes de gladiateurs, une tribune de beaux parleurs où le bruit et la technique communicationnelle l’emportent sur les sujets qui impactent la vie des Sénégalais.
Ainsi, à force de mettre le focus sur la politique, les journalistes ont fini par croire que c’est le seul sujet qui vend. Sauf qu’à l’image de la presse écrite, le public ne cesse de se désintéresser des médias. Ainsi, l’aveuglement de la presse ouvre la voie à d’autres acteurs, en particulier les créateurs de contenu informationnel.
Commentaires (6)
Vous critiquez une logique instaurée dans nos médias, une politisation a outrance de l'espace publique. Sur ce point je suis daccord avec vous, nous gagnerions à diversifier les contenus de nos plateaux de télé notemment avec des sujets a forte valeurs ajoutées qui ne sont pas toujours orientés vers la polémique, la confrontation et la politique politicienne.
Là ou vous avez raté le coche, c'est d'avoir, sans discernement, mis tout le monde dans "le meme sac"; dans votre texte au ton l'ecriture qui rappelle celui des personnes a qui vous en faite la reproche.
Non Sadikh, sur les plateaux d'apres discours du chef de l'etat il n'y avait pas que des politiciens qui ne connaissent rien à l'education, a l'economie, a la santé. Vous auriez pu avoir l'honneteté intellectuel d'au moins dresser le profil des invités/ du moins de certains invités, je suis persuadé que vous seriez surpris par la pertinence de certains et par consequence de la légitimité de leur presence.
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