Enfants lutteurs : entre "bains mystiques" et signatures de contrats, l’enfance sacrifiée sur l’autel du profit (1/2)
Les images ont choqué plus d’un internaute. Sur YouTube, précisément sur une chaîne dénommée Sen Leader, des vidéos devenues virales montrent des enfants âgés de 7 à 10 ans s’adonnant à la lutte dans une mise en scène digne des combats de grands lutteurs professionnels. Une pratique qui soulève une profonde indignation et pose une question centrale : où sont passés les droits et la protection de l’enfant au Sénégal ?
Des enfants propulsés dans une arène de violence
À Dakar, la lutte, sport national par excellence, est régulièrement pointée du doigt pour les violences, les agressions, les propos déplacés et les dérives mystiques qui l’entourent. Des combats sont même parfois menacés de suspension par les autorités. Pourtant, dans un paradoxe inquiétant, des enfants mineurs s’introduisent aujourd’hui dans cette arène hostile, exposant leur intégrité physique, psychologique et morale.
Ces enfants, à peine sortis de la petite enfance, copient et incarnent tout ce que font les lutteurs adultes : face-à-face musclés, provocations verbales, bains mystiques, port de gris-gris, signatures de contrats, bagarres simulées et propos outranciers, souvent sans en mesurer la portée ni même en comprendre le sens.
L’argent plus fort que l’école
Ce qui choque davantage, c’est que ces enfants qui devraient être dans les salles de classe, à l’école coranique ou en formation, se retrouvent à lutter pour gagner de l’argent, rémunérés par des promoteurs après les combats. La plupart sont issus de la banlieue dakaroise où la lutte reste fortement ancrée, notamment à Diamaguène, Pikine, Guédiawaye ou aux Parcelles Assainies. Ce sont des zones où le rêve de devenir lutteur professionnel supplante parfois celui de réussir à l’école. Le risque est réel : certains enfants pourraient quitter définitivement le système scolaire, attirés par l’argent facile et une notoriété précoce au prix de leur avenir.
Parents et autorités : une responsabilité partagée
Dans les vidéos, des enfants affirment agir avec l’accord et le soutien de leurs parents. Une posture qui interpelle et inquiète. Comment des parents peuvent-ils encourager leurs enfants à s’exposer à la violence, à la stigmatisation et aux dangers physiques à un âge aussi précoce ? Mais la responsabilité ne s’arrête pas là. Le silence des autorités compétentes est tout aussi préoccupant. Sont directement interpellés la Direction de la protection de la petite enfance, le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Éducation nationale ainsi que le ministère des Sports.
Pire encore, selon le présentateur de la vidéo, des autorisations de signature de contrats entre enfants lutteurs seraient délivrées par le préfet. Une révélation grave qui, si elle est avérée, pose un sérieux problème de conformité avec les lois nationales et les conventions internationales sur les droits de l’enfant.
Des images qui violent les droits de l’enfant
La médiatisation de ces scènes pose également la question de la responsabilité des plateformes ayant diffusé ces face-à-face. Ces enfants sont des mineurs, protégés par des textes juridiques clairs. Leur exposition sur les réseaux sociaux les rend vulnérables aux risques d’insécurité et de manipulation, tout en influençant d'autres mineurs à suivre le même chemin.
Une pratique dangereuse qui menace l’avenir
Au-delà du spectacle, c’est l’avenir de ces enfants qui est en jeu. La lutte, dans un environnement déjà décrié pour ses dérives, n’est pas une place pour des enfants. Si rien n’est fait, cette pratique risque de se généraliser, transformant l’arène en un lieu de sacrifice de l’enfance sous couvert de tradition et de divertissement. L’enfance sénégalaise ne peut pas être livrée à l’arène du profit. Les autorités sont désormais interpellées et leur silence serait une complicité.
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