Crise universitaire : «Les causes réelles»
Dans un entretien accordé à L'Observateur, Pr David Célestin Faye, secrétaire général national du SAES, exprime sa profonde douleur après le décès de Abdoulaye Bâ, qu'il qualifie de « mort atroce, et de trop, d'un étudiant sans défense ». Il dénonce un cycle de violences qui se répète depuis 1987 et fustige l'absence de justice pour les victimes passées :
« Les responsables de la mort de ces étudiants ont-ils été formellement identifiés et sanctionnés ? Cela n'a fait qu'encourager la récidive et créer une atmosphère d'impunité. »
L'enseignant-chercheur en Informatique à l'Ufr des Sciences appliquées et technologies de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB) critique la décision de suspendre les amicales, qu’il considère comme contre-productive. À ses yeux, « les décapitations synchronisées des instances syndicales des étudiants […] semblent être des solutions de facilité pour les autorités ».
Pr Faye estime qu’en période de crise, supprimer les représentants étudiants risque d’aggraver la radicalisation des étudiants. Pour sortir de l’impasse, il insiste sur la nécessité de préserver des interlocuteurs légitimes afin de maintenir un canal de dialogue et éviter l’enlisement.
Franchises universitaires et usage disproportionné de la force
Il déplore des « violations flagrantes et répétitives » des dispositions encadrant les franchises universitaires. Même si la loi restreint formellement ces franchises au campus pédagogique, le syndicaliste considère que cela ne saurait justifier l’irruption des forces de l’ordre dans les pavillons. Pr Faye condamne fermement ce qu’il qualifie d’usage excessif de la force : « Les images sont là et elles témoignent parfois d’une violence aveugle que nous dénonçons fermement.»
Pour lui, la sécurité ne doit jamais se traduire par des interventions disproportionnées susceptibles d’embraser davantage les campus.
Les causes réelles de la crise (Bourses et LMD)
Plutôt que de percevoir la bourse comme un fardeau, le Pr Faye rappelle avec insistance qu'elle constitue avant tout un « investissement pour le futur ». Selon lui, le nœud du problème ne réside pas dans l'enveloppe financière elle-même, mais plutôt dans le décalage persistant du calendrier académique.
«La question des bourses est une conséquence et il faudrait plutôt en adresser les causes, tranche-t-il. Et ces causes sont la généralisation des bourses, l'orientation de tous les bacheliers sans tenir compte des capacités d'accueil, du taux d'encadrement, la non-livraison des infrastructures pédagogiques et sociales entamées depuis plus de 10 ans, le manque de sincérité dans les budgets des universités qui ne couvrent pas les dépenses pédagogiques, de recherches et de personnel. A cela, s'ajoutent la pandémie du Covid-19, les fermetures intempestives des universités au gré du calendrier électoral...»
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