[ EXCLUSIF ] Pikine : L'IA au service du faux, un comptable du Ministère de l'éducation et des profs aux arrêts
Un réseau de cinq présumés faussaires a été démantelé par le commissariat de Pikine, dont deux professeurs d'anglais et un comptable-matières au ministère de l'Éducation nationale, selon des informations exclusives de Seneweb. L'affaire révèle un usage inédit de l'intelligence artificielle pour contrefaire des documents administratifs. C'est une affaire qui mêle fonctionnaires de l'État, faux documents et intelligence artificielle.
Le commissariat d'arrondissement de Pikine a mis fin aux activités d'un réseau de présumés faussaires en procédant à l'arrestation de cinq suspects, tous déférés ce jeudi devant le procureur Saliou Dicko, chef du parquet de Pikine-Guédiawaye. Ils ont toutefois fait l'objet d'un retour de parquet.
Une plainte qui remonte le fil du réseau
Tout commence par une plainte du secrétaire général de l'Inspection de l'Éducation et de la Formation (IEF) de Pikine, après qu'il a découvert qu'un certificat de non-scolarisation avait été établi frauduleusement en imitant sa signature et son cachet officiel. Le document avait été fabriqué au nom d'un certain S. Ndiaye, résidant en Espagne.
Cette plainte conduit, dès le 10 mars 2026, à l'interpellation de deux premiers suspects : O. Diop et T. Diao. Durant son interrogatoire, T. Diao reconnaît s'être tourné vers son collègue I. Diallo, professeur d'anglais à l'école Al Makhdi de Yoff, âgé de 38 ans, pour obtenir le précieux sésame. Ce dernier affirme avoir réclamé 50 000 FCFA pour le service, somme qu'il aurait finalement restituée lorsque l'attestation a été rejetée.
Une chaîne de complicités jusqu'au ministère
Le lendemain, le 11 mars, trois nouveaux suspects sont interpellés. Entendu à son tour, I. Diallo confirme avoir transmis la demande à son frère, E. S. Diallo, 40 ans, lui aussi professeur d'anglais, officiant à l'école Touba Diaksao. Ce dernier confirme les faits et révèle avoir contacté M. Guèye, 39 ans, comptable-matières au ministère de l'Éducation nationale, domicilié à Pikine Icotaf. C'est là que l'affaire prend une tournure particulièrement inédite.
L'intelligence artificielle au service de la fraude
Convoqué et interrogé, M. Guèye, enseignant de profession détaché au ministère, avoue avoir fabriqué le document d'après l'enquête de la police de Pikine. Il soutient l'avoir fait gratuitement, en service rendu à son collègue avec qui il partageait le même établissement. Selon ses déclarations, après s'être renseigné auprès de la Direction de l'enseignement élémentaire, il aurait appris que celle-ci ne délivre plus d'attestations de non-scolarisation, selon des sources de Seneweb.
Face à l'urgence, l'ami en Espagne risquant de perdre son emploi, il aurait alors proposé une solution de substitution : générer le document grâce à l'intelligence artificielle. Sa méthode : scanner un document officiel en sa possession comportant la signature et le cachet du secrétaire général de l'IEF, demander à l'IA de supprimer le texte original tout en conservant ces éléments d'authentification, puis y insérer les informations souhaitées.
Un retour de parquet, une décision attendue vendredi
À l'issue de leurs interrogatoires, les cinq suspects ont été placés en garde à vue pour faux et usage de faux portant sur un document administratif avant d'être déférés ce jeudi. Leur dossier a fait l'objet d'un retour de parquet.
L'issue dépendra désormais de la décision du procureur Saliou Dicko : s'il sollicite l'ouverture d'une information judiciaire vendredi, les mis en cause s'exposent à de lourdes poursuites. Le Code pénal sénégalais prévoit des peines sévères pour les infractions de faux en écriture publique.
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