Réforme des bourses : oser un langage de vérité
Le gouvernement a initié une réflexion pour une nouvelle politique des bourses. Mais à peine les discussions ont-elles démarré que la partie représentant les étudiants a boudé les travaux. La raison invoquée est que « l’esprit de la rencontre visait à diminuer de manière brutale les acquis des étudiants ». La Fédération nationale des étudiants du Sénégal reproche au gouvernement de vouloir supprimer les rappels. Cette posture des étudiants montre combien la question des bourses reste un point sensible, un nœud gordien difficile à trancher.
Pourtant, il faut bien s’y résoudre. Selon les chiffres du gouvernement, 90 milliards ont été dépensés durant l’année 2024-2025, sans compter les bourses étrangères. Pour faire face à la récente crise, près de 4 milliards ont été mobilisés. Ces chiffres, qui ne cessent de grimper, montrent combien il est urgent de s’attaquer à cette question. Mais pour cela, il faut du courage, dire la vérité et ne pas jouer sur les mots. Dans un communiqué, le gouvernement cherche à préciser certaines informations, parmi lesquelles la volonté de supprimer les rappels.
Pour se défendre, le ministère de l’Enseignement supérieur affirme œuvrer « à faire converger la période de paiement des allocations d’études et celle effective d’organisation des enseignements ». Si l’on sait que le rappel de fin d’année correspond aux trois mois de vacances, on comprend aisément que l’un des résultats de la réforme sera alors la suppression des rappels de fin d’année. Pourquoi ne pas assumer cette décision plutôt que de se livrer à des acrobaties sémantiques ? Cette entreprise de réforme des bourses nécessite beaucoup de courage et un langage de vérité.
Aujourd’hui, beaucoup d’étudiants bénéficiaires d’allocations ne suivent pas les cours à l’université. Ils sont en formation dans des écoles privées. Certains allient les deux, en s’appuyant sur la bourse pour payer une partie de la mensualité ou régler d’autres frais, comme le transport. Le moment est venu de dire clairement que cet argent n’a pas pour vocation de payer ou de faciliter une formation dans le privé. C’est l’occasion de définir de nouveaux critères assortis de conditionnalités permettant de couper la bourse en pleine année académique, si nécessaire.
Formation payante dans les universités publiques
Mais le problème du privé ne se limite pas uniquement aux écoles privées de formation ; il existe aussi à l’université, dans les établissements publics de façon générale. En effet, de plus en plus, l’enseignement supérieur est privatisé. Beaucoup d’écoles et d’instituts publics prennent un nombre d’étudiants assez faible par voie de concours. Mais ensuite, ils sélectionnent un gros lot d’étudiants en formation payante. Et certains de ces étudiants bénéficient d’une bourse de l’État du Sénégal.
C’est donc le moment de trancher cette question pour savoir si un étudiant en régime payant dans une école ou une université publique a droit à une bourse. Autrement dit, faut-il un traitement différencié entre un étudiant d’une école privée de formation et un étudiant en régime payant (donc privé) dans une école publique ? En tout cas, cette privatisation à outrance semble même remettre en cause l’orientation des bacheliers à travers Campusen. En effet, un nouveau bachelier qui ne pouvait pas prétendre à une orientation dans une université peut y accéder par voie payante et bénéficier d’une bourse, ce qui constitue une forme de contournement de Campusen.
En outre, la nouvelle politique des bourses devrait aussi s’inspirer de certains secteurs comme l’eau et l’énergie, où l’on cherche à alléger la charge pour le pauvre et à laisser le riche payer sa note. Au lieu de donner la bourse à tout le monde ou de viser uniquement les critères d’excellence, on peut aussi cibler la situation familiale. Certes, cela peut être un travail difficile, mais il peut aussi aider à réduire la facture s’il est bien mené.
La bourse étrangère
Un dernier point, et pas des moindres : la bourse étrangère. Ici se pose une question fondamentale : à quelle finalité ? Avant d’accorder une bourse à un Sénégalais, l’État doit pouvoir dire quel est l’objectif précis poursuivi à travers cette enveloppe. Il est évident qu’on ne peut plus continuer à accorder une bourse étrangère à quelqu’un simplement parce qu’il a la mention au bac. Les pays africains ont suffisamment financé le développement des autres pays par ce mécanisme.
Lorsqu’une bourse est accordée, il faut qu’elle soit en adéquation avec les besoins du pays et que des dispositions soient prises pour que le bénéficiaire rembourse cette « dette » au contribuable. Sinon, le Sénégal va continuer à financer la fuite des cerveaux. Même les écoles préparatoires nouvellement créées doivent être interrogées quant à leur finalité. Si c’est pour envoyer nos enfants dans des écoles d’ingénieurs occidentales pour qu’ils ne reviennent plus jamais, ce serait du gâchis. Quant aux autres citoyens qui partent avec leurs propres moyens, avant de solliciter une bourse, ils ont prouvé qu’ils avaient de quoi assurer leur scolarité sans les fonds publics, du moins pour certains parmi eux.
En résumé, le gouvernement devra faire un travail minutieux s’il veut alléger la charge. Il faut traquer toutes les niches, mais aussi assumer et savoir tenir. Une telle réforme ne se fera pas sans heurts.
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