« Le Président Faye doit trancher » (CDEPS)
Depuis l’avènement de la troisième alternance en mars 2024, les relations entre les médias privés et les nouvelles autorités se sont fortement détériorées, au point de devenir, selon Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), une véritable « guerre ».
Revenant sur les origines de cette rupture dans un entretien accordé à L’AS, il identifie deux dates charnières : le 9 juin 2024, lorsque le Premier ministre Ousmane Sonko a accusé la presse d’« illégalité fiscale et de chantage », puis le 7 juillet 2024, lorsque le Président Bassirou Diomaye Faye a affirmé ne pas être au courant de l’instruction de son prédécesseur, Macky Sall, sur l’effacement de la dette fiscale. Pour le patron du CDEPS, ces déclarations ont marqué un basculement vers un acharnement administratif : blocage de comptes, résiliation de contrats et suspension des subventions.
Une « asphyxie financière » délibérée
Sur le plan fiscal, Mamadou Ibra Kane rejette les 40 milliards de francs CFA avancés par les autorités, y voyant un « fourre-tout » visant à diaboliser la presse. Le secteur conteste également la gestion du Fonds d'appui et de développement de la presse (FADP) par le ministre de la Communication, Alioune Sall. Selon le CDEPS, sur une enveloppe de 1,9 milliard FCFA, « 41,3 % ont été captés par des entités publiques déjà financées par l’État » (RTS, Le Soleil, APS), au détriment du privé.
Le rempart judiciaire
Sur le terrain juridique, le CDEPS se félicite de l’arrêt n°12/2026 et de la décision du Conseil constitutionnel du 7 avril 2026. Cette dernière rappelle que « seul le pouvoir judiciaire est compétent pour ordonner la fermeture définitive d’un média ou l’usage de la force publique », un rappel perçu comme un désaveu du ministère de la Communication. Malgré ces victoires, le secteur réclame d'urgence l’effacement effectif de la dette fiscale pour éviter une faillite généralisée.
L'appel à l'arbitrage présidentiel : « Une lettre ne suffit pas »
Face à cette situation, le journaliste attend un signal fort du sommet de l'État. Tout en saluant le geste d'ouverture du 3 mai 2024, il précise :
« Le Président [Bassirou Diomaye Faye] nous a écrit. C'était un geste d'ouverture que nous avons salué. Mais une lettre ne suffit pas. L'arbitrage présidentiel est une nécessité absolue quand les conflits deviennent aussi structurels et persistants. »
L'interlocuteur du quotidien d'information rappelle que l'État doit « plusieurs milliards » au secteur et que les subventions 2024 restent gelées. Il interpelle directement le Chef de l'État : « Nous demandons au Président de trancher : est-il pour une presse libre ou pour une presse aux ordres ? »
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