Idées reçues : Pourquoi 60 % de la migration africaine reste à l'intérieur du continent
Souvent présentée à travers le prisme dramatique des traversées clandestines vers l’Europe, la migration africaine demeure pourtant un phénomène bien plus complexe et largement mal compris. Entre mobilités intra-africaines majoritaires, crises sécuritaires et repositionnement académique, les dynamiques actuelles traduisent des mutations profondes des sociétés africaines.
Selon Ibrahima Kane, expert en migration, les discours médiatiques et politiques tendent à réduire ce phénomène à une simple pression vers l’Occident. Invité de l'émission Jury du Dimanche sur Iradio, il rappelle que les migrants africains représentent moins de 10 % des flux mondiaux. Plus significatif encore, plus de 60 % de ces mobilités s’effectuent à l’intérieur même du continent. Pour l'expert, "cette réalité révèle que la migration constitue avant tout un phénomène structurel, enraciné dans les dynamiques économiques régionales".
Conflits, climat et économie : les moteurs des déplacements
Si la mobilité intra-africaine domine, elle est fortement influencée par l’instabilité sécuritaire et environnementale. Les violences au Sahel, la guerre au Soudan ou l’assèchement du Lac Tchad provoquent des déplacements massifs. Ces crises favorisent l'émergence des "déplacés climatiques et sécuritaires", illustrant l’impact direct du changement climatique sur les moyens de subsistance.
Dans ce paysage, le Sénégal occupe une position singulière en cumulant trois fonctions : territoire d’émigration, zone de transit et espace d’accueil. Cette centralité, portée par sa stabilité et son rôle commercial, notamment avec le Mali, renforce l’influence géopolitique du pays tout en posant des défis de gouvernance et d'intégration.
L'émergence d'une mobilité académique
Parallèlement, un autre phénomène gagne en importance : la mobilité académique. Face au durcissement des politiques européennes, des villes comme Dakar ou Abidjan s'imposent comme des pôles universitaires régionaux. Cette "migration du savoir" stimule les économies locales et forme une élite mobile, moteur de l'intégration continentale.
Vers une nouvelle lecture des mobilités
L’évolution de ces dynamiques invite à dépasser les lectures simplistes dominées par les enjeux sécuritaires européens. La migration s'impose désormais comme un indicateur des transformations géopolitiques du continent, exigeant des réponses publiques concertées et adaptées aux réalités africaines.
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