Franc CFA, entre ancrage protecteur et handicap compétitif
Arrimé à l’euro à parité fixe, le franc CFA offre aux pays de l’UEMOA un environnement monétaire marqué par une inflation modérée et une relative prévisibilité du taux de change. Cette architecture, garantie par la France et adossée à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, a longtemps été présentée comme un facteur de stabilité dans une région exposée aux chocs extérieurs. La discipline monétaire qui en découle contribue à contenir les spirales inflationnistes et à rassurer les investisseurs.
Mais cette solidité a un revers. Lorsque l’euro s’apprécie face au dollar ou aux monnaies asiatiques, le franc CFA suit mécaniquement. Pour des économies dont les exportations sont souvent libellées en dollars et dont la compétitivité repose largement sur les prix, une monnaie perçue comme forte peut renchérir les produits sur les marchés internationaux. Le secteur agricole, les industries naissantes et certaines activités manufacturières ressentent alors cet effet de change.
Le débat prend une dimension concrète dans les périodes de divergence monétaire internationale. Si l’euro se renforce, les produits issus de l’espace UEMOA deviennent relativement plus coûteux pour les acheteurs étrangers, tandis que les importations libellées en dollars peuvent paraître moins chères. Cette configuration favorise la consommation de biens importés et peut accentuer les déséquilibres commerciaux.
Pour autant, l’argument d’une monnaie trop forte ne peut être isolé des autres déterminants de la compétitivité. Les coûts logistiques, le prix de l’énergie, la productivité du travail et l’accès au financement pèsent souvent davantage que le seul taux de change. Une dépréciation monétaire, si elle n’est pas accompagnée de gains d’efficacité, peut rapidement se traduire par une hausse des prix intérieurs sans amélioration durable des exportations.
La stabilité offerte par l’ancrage à l’euro joue également un rôle dans la gestion de la dette et des flux financiers. Une monnaie prévisible réduit le risque de change sur les engagements extérieurs et facilite la planification budgétaire. Dans des économies où la part des importations dans la consommation reste élevée, la maîtrise de l’inflation protège le pouvoir d’achat, notamment pour les produits alimentaires et énergétiques.
Le paradoxe du franc CFA tient donc à cette dualité. Ce qui sécurise l’environnement macroéconomique peut, dans certaines configurations, limiter l’ajustement compétitif par le taux de change. La question n’oppose pas simplement stabilité et performance externe. Elle renvoie à un choix de modèle, privilégiant une ancre monétaire forte et travaillant sur la productivité, ou rechercher davantage de flexibilité au prix d’une plus grande volatilité.
Dans un contexte mondial incertain, le débat reste ouvert. La compétitivité ne dépend pas uniquement de la valeur nominale de la monnaie, mais de la capacité des économies à produire efficacement, à diversifier leurs exportations et à réduire leurs coûts structurels. L’ancrage du franc CFA à l’euro offre un cadre. La performance économique se joue, elle, bien au-delà du seul taux de change.
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