Une économie tournée vers l’Asie peut-elle renforcer son autonomie ?
Dans les rayons des supermarchés comme dans les marchés urbains, les produits en provenance d’Asie occupent une place dominante. Équipements électroniques, textiles, matériaux de construction, motos, pièces détachées ou biens intermédiaires alimentent une large part de la consommation et de la production locale. Cette présence s’explique par des coûts compétitifs, des chaînes d’approvisionnement bien rodées et une capacité industrielle que peu de pays africains peuvent égaler.
Les données du Centre du commerce international et de la Banque mondiale montrent qu’en Afrique subsaharienne, la Chine est devenue le premier partenaire commercial bilatéral depuis plus d’une décennie. Pour de nombreux pays de la région, elle représente plus de 20 % des importations totales. Au Sénégal, l’Asie figure parmi les principales zones d’approvisionnement, notamment pour les biens manufacturés et certains intrants industriels.
À court terme, cette ouverture soutient le pouvoir d’achat et facilite l’accès à des équipements à prix modéré. Les entreprises locales bénéficient de machines, de matériaux et de composants moins coûteux, ce qui peut réduire les barrières à l’entrée dans certaines activités. La consommation urbaine, en forte progression, s’appuie largement sur cette offre abondante.
Mais cette configuration révèle aussi une faiblesse structurelle. Une économie qui importe massivement des biens transformés tout en exportant principalement des matières premières demeure exposée à un déséquilibre persistant de sa balance commerciale. Lorsque les prix des produits de base fluctuent ou que les flux logistiques se contractent, la dépendance devient plus visible.
La crise sanitaire mondiale a illustré cette fragilité. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement et l’augmentation des coûts de transport ont entraîné des retards et des hausses de prix sur de nombreux produits importés. Plus récemment, les incertitudes géopolitiques en mer Rouge ou en Asie ont rappelé que des routes commerciales lointaines peuvent influencer directement les marchés domestiques africains.
L’enjeu dépasse la seule question commerciale. Une concurrence extérieure très compétitive peut freiner l’émergence d’une base industrielle locale, surtout lorsque les coûts énergétiques, logistiques et financiers internes restent élevés. Les entreprises nationales peinent alors à rivaliser sur les segments manufacturiers standards, ce qui limite la création de valeur ajoutée domestique.
Toutefois, parler de dépendance ne signifie pas prôner un repli. Les importations asiatiques s’inscrivent dans un système mondial d’échanges dont l’Afrique fait partie. La question centrale concerne la capacité à diversifier l’appareil productif et à intégrer progressivement davantage de transformation locale. Cela suppose des politiques industrielles cohérentes, une amélioration de la productivité et un environnement d’investissement stable.
La présence massive de produits asiatiques n’est ni une fatalité ni une anomalie. Elle reflète l’état actuel des rapports de compétitivité. La réduction du risque stratégique ne passera pas par la fermeture des frontières, mais par la montée en gamme, l’industrialisation progressive et l’insertion plus équilibrée dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.
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