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MBEUBEUSS, KAOLACK, JOAL, SINDIA… : Les ordures ménagères, un business qui rapporte gros

Auteur: Mamadou Lamine DIATTA

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Le marché des déchets solides et liquides est réputé assez porteur. De Mbeubeuss à Sindia, en passant par Kaolack et Joal, les ordures rapportent beaucoup d’argent. Malgré l’anarchie constatée dans le milieu, un site comme la célèbre décharge de Mbeubeuss génère au quotidien des revenus estimés à 13 millions de FCfa, au profit des seuls récupérateurs.

Un réel business des ordures ménagères existe au Sénégal, si bien qu’on peut parler, de manière caricaturale, du commerce de l’or dur. « Rien ne se perd, tout se transforme », dit un adage qui se vérifie aisément à la décharge de Mbeubeuss située à Malika, dans la banlieue dakaroise. Ici, l’activité frénétique des 1500 récupérateurs de déchets est très lucrative. En effet, chaque jour,  près de 650 camions débarquent leur chargement. La récupération et le recyclage, principales activités identifiées sur les lieux, concernent les bouteilles, le plastique, le carton, le bois et le fer.

Selon Elhadji Malick Diallo, le président de l’association « Bokk Jom » regroupant des récupérateurs de Mbeubeuss, l’entité, mise en place en 1995, s’investit beaucoup dans des activités génératrices de revenus (Agr). Avec le soutien logistique et financier de structures comme le Pnud et Enda Graf, les récupérateurs se sont transformés en grossistes et détaillants du commerce des déchets.

Mbeubeuss génère 13 millions de FCfa par jour

D’ailleurs, les grossistes sont considérés comme les barons de la plate-forme, l’espace de référence de Mbeubeuss, là où toutes les ordures sont jetées. Ils disposent de leurs propres hangars et achètent tout ce qui leur tombe sous la main.

D’autres places fortes de la récupération, comme les sites de Baol et Gouye-Gui, font aussi partie du décor de Mbeubeuss. Baol se singularise par le fait que ses pensionnaires, venus de l’intérieur du pays, habitent sur place. Ces récupérateurs aguerris et imaginatifs ont réussi à décrocher des partenaires en France, en Belgique, au Canada, etc. Gouye-Gui est le fief des « Boy Dakar » qui viennent travailler le jour avant de rentrer la nuit tombée. « Si Mbeubeuss était bien organisée, tout le monde y gagnerait et il est même possible d’y installer la technologie des fermentateurs à biogaz pour régler une bonne partie des problèmes d’électricité dans le pays », analyse le secrétaire général de l’Alliance citoyenne pour le développement, Mahfou Guèye. A noter que les enjeux financiers sont énormes, car, selon un récupérateur du nom de Pape Ndiaye, des individus viennent souvent Mbeubeuss avec 200.000 ou 300.000 FCfa par jour pour acheter de la ferraille. 

La décharge de Mbeubeuss génère chaque jour des revenus estimés à 13 millions de FCfa. Notre interlocuteur croit savoir qu’en matière de récupération, le Sénégal est très en avance, malgré les moyens rudimentaires des acteurs. « Si on ferme Mbeubeuss, beaucoup de micro-entreprises mettront la clé sous la porte, car plusieurs sociétés de plastique, employant des centaines de personnes, travaillent sur la base des produits de récupération », affirme M. Guèye.

Les récupérateurs de Mbeubeuss contre la délocalisation de la décharge

Mbeubeuss polarise aujourd’hui 300.000 personnes. Les récupérateurs sont formels : pas question de se laisser faire. C’est dire qu’ils sont tout simplement défavorables au fameux projet de délocalisation de cette décharge sauvage, construite en 1974 sur le lit d’un petit lac asséché, situé aux confins de Malika. Pourtant, une pollution très avancée de la nappe phréatique est décelée sur les lieux. Ce qui a fini de faire de Mbeubeuss une bombe écologique nichée non loin d’un des rares poumons verts de la capitale, à savoir la forêt classée de Mbao.Les plus hautes autorités ne cessent d’évoquer une prochaine délocalisation de la décharge à la faveur de l’érection du Centre d’enfouissement technique de Sindia. Mais les habitudes ont la peau dure et les pensionnaires de Mbeubeuss entendent mener un combat contre la délocalisation. Ils ont récemment battu le pavé pour protester contre le projet de fermeture et de délocalisation du site. « Il y a des enjeux financiers non négligeables, car nous avons toujours exercé ce business et Mbeubeuss, c’est notre vie », résume avec conviction le président de l’Association des récupérateurs.

2 milliards de FCfa pour valoriser les déchets à Kaolack

A Kaolack, la décharge sauvage de Thiofack, située à la lisière de la ville, non loin de la communauté rurale de Mbadakhoune, verra ses déchets valorisés dans les meilleurs délais. Une aubaine pour une ville classée jusque-là parmi les cités les plus insalubres du pays. Pour l’adjoint au maire, chargé des questions d’assainissement, Mandiaye Cissé, un Centre d’enfouissement technique (Cet) d’un coût global de 2 milliards de FCfa, sur financement de la Banque islamique de développement (Bid), sortira de terre dès décembre 2013. A terme, l’infrastructure générera 3000 emplois. Le démarrage des travaux est fixé au plus tard en décembre 2013. La commune de Kaolack, maître d’œuvre des travaux, fonde beaucoup d’espoir sur ce projet novateur. Il est prévu l’érection de 10 sites de transfert des ordures ; ce qui  aboutira à l’élimination des dépôts sauvages.

A Joal, il existe un site spécialisé dans le tri sélectif des déchets, et surtout le compostage. Ici, le business de l’engrais est très porteur, car le sac vendu ailleurs à 6000 FCfa y est cédé à 1000 FCfa. « Nous sommes débordés. Nous avons récemment reçu une commande de 1000 sacs de composte que nous ne pouvons même pas honorer », informe le doyen Saër Loum, agent de développement.

Sindia va abriter un Centre d’enfouissement technique d’un coût de 5 milliards de FCfa

L’initiative majeure du business de l’or dur est sans doute le Centre d’enfouissement technique (Cet) de Sindia dans lequel le Groupe italien Gta Environnement a déjà injecté 5 milliards de FCfa. Gabriele Giaconne, un des responsables du Cet, est convaincu qu’à l’issue des études jugées probantes, le potentiel de biogaz à produire sera connu et le Sénégal pourra ainsi résoudre partiellement ses sempiternelles difficultés d’approvisionnement en énergie.

Du composte sera aussi produit sur place, à la grande satisfaction des acteurs du monde rural. Il s’agit d’un grand projet intégré qui comprend, outre le Cet de Sindia, un centre de tri situé à Mbao, à la sortie de la capitale sénégalaise. Le Cet sera capable de traiter 1500 tonnes de déchets par jour, soit l’équivalent de la production journalière de Dakar. Selon le directeur des affaires juridiques et de la communication du groupe italien, Cheikh Mbaye, ce Cet sera une des solutions phares du Plan national d’élimination des déchets récemment élaboré par les autorités sénégalaises. Autant dire, en paraphrasant notre interlocuteur, que les déchets sont une source de richesse. Cerise sur le gâteau, les responsables du projet de Sindia s’engagent à tout mettre en œuvre pour éviter les nuisances olfactives.

Cependant, la construction de ce Cet est loin d’être une partie de plaisir pour les initiateurs du projet. Une bonne partie des populations de Sindia s’est récemment insurgée contre l’initiative en organisant des marches de protestation, invoquant les problèmes environnementaux que cela pourrait engendrer. Aux dernières nouvelles, les négociations sont très avancées entre le Groupe italien, l’Etat, la communauté rurale et les populations polarisées. Résultat, la reprise des travaux est imminente, au grand bonheur des futurs employés de ce projet à haute intensité de main-d’œuvre.

Auteur: Mamadou Lamine DIATTA
Publié le: Dimanche 09 Juin 2013

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