Fiscalité, financement, marchés publics : Les obstacles qui freinent les PME
Les petites et moyennes entreprises représentent 99,8 % des entreprises sénégalaises, mais 97 % d’entre elles opèrent dans l’informel. C’est la révélation de l’économiste Dr Ibrahima Mbaye, spécialiste du développement des PME. Invité de l’émission "Seneweb Eco" de ce dimanche 7 juin 2026, l’expert estime que cette situation pénalise lourdement l’économie nationale. « Une entreprise qui est dans l’informel ne peut jamais également accéder aux marchés publics », explique-t-il. Elle rencontre également des difficultés pour obtenir des financements bancaires parce que les établissements financiers exigent une visibilité sur les activités et les états financiers des entreprises.
Dr Mbaye affirme par ailleurs que l’État perd lui aussi dans cette situation. « Une bonne partie de l’impôt échappe à l’État avec l’informel », affirme-t-il. Il évoque également une sous-estimation de la richesse réellement produite par le secteur privé, une partie de la valeur créée n’étant pas intégrée dans les statistiques officielles.
Une pression fiscale qui dissuade la formalisation
Les réformes engagées par l’État dont les guichets uniques de création d’entreprise n’ont pas suffi à inverser la tendance. M. Mbaye pointe par ailleurs une « pression fiscale très élevée pour les PME ».
Selon lui, de nombreux entrepreneurs préfèrent rester dans l’informel en raison des charges et des obligations administratives qui accompagnent la formalisation. En ce sens, iI appelle à la création d’un statut spécifique aux PME assorti d’exonérations fiscales temporaires, sur le modèle de pays ayant mis en place ce type de dispositif.
Des marchés publics structurellement inaccessibles
Malgré les dispositions du Code des marchés publics prévoyant des mesures en faveur des PME, l’accès à la commande publique reste limité et les appels d’offres exigent des références techniques et des garanties financières que la majorité des PME ne peuvent fournir. «Les marchés publics ont des exigences. Aujourd’hui, les PME ont toujours des problèmes pour démontrer qu’elles ont les capacités techniques requises pour réaliser les marchés de l’État», martèle-t-il.
Or, selon lui, la majorité des PME ne disposent pas des références exigées ni des garanties financières nécessaires pour soumissionner dans de bonnes conditions.
Elles se retrouvent en concurrence avec de grandes entreprises nationales et étrangères mieux structurées pour répondre aux procédures de passation. Il préconise ainsi un accompagnement des PME dans la préparation des dossiers et une application plus stricte des mesures de discrimination positive existantes, ainsi que la mise en place d’un mécanisme de suivi-évaluation.
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