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VIH au Sénégal : La stigmatisation menace la riposte malgré des investissements colossaux

Auteur: Adama SY - Omar SAKHO

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VIH au Sénégal : La stigmatisation menace la riposte malgré des investissements colossaux

Malgré des avancées notables et des investissements importants de l’État et de ses partenaires, la lutte contre le VIH au Sénégal reste fortement entravée par la stigmatisation, la discrimination et les violations des droits humains notamment à l’encontre des populations clés et vulnérables. C’est le principal constat issu de la rencontre organisée ce mardi 03 février a Dakar par l’Alliance Nationale des Communautés pour la Santé (ANCS).

Cette rencontre a été marquée par la présentation des conclusions du rapport 2023–2025 sur les violations des droits humains dans le cadre de la lutte contre le VIH et par l’installation officielle du Comité de Veille et d’Alerte (COVA), assortie de la signature de sa charte. Une initiative majeure visant à créer un environnement social et institutionnel favorable aux interventions en direction des populations les plus exposées.

Un contexte épidémiologique préoccupant

Au Sénégal, l’épidémie du VIH demeure de type concentrée. Si la prévalence reste faible dans la population générale, elle atteint des niveaux alarmants chez certaines populations clés. Selon les données présentées, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) affichent un taux de prévalence passé de 27,6 % en 2017 à 45 % en 2024, une hausse jugée extrêmement préoccupante. Les professionnelles du sexe et les consommateurs de drogues injectables présentent également des taux largement supérieurs à la moyenne nationale.

"Aujourd’hui, au Sénégal, près de 47 700 personnes vivent avec le VIH dont 25 000 femmes, ce qui montre une féminisation inquiétante de l’épidémie. Nous comptons aussi environ 2 000 enfants, avec un gap important dans leur prise en charge", a révélé Débia Dia, responsable juridique et secrétaire permanent du COVA.

Des services disponibles, mais un environnement hostile

Pour Mame Mor Fall, responsable des programmes à l’ANCS, le principal défi n’est plus l’absence de services, mais l’environnement social dans lequel ces services sont offerts.

"L’État a fait d’énormes sacrifices avec des investissements colossaux et une forte décentralisation des services de santé. Mais malheureusement, l’environnement n’est pas favorable. Les populations clés sont fortement stigmatisées, discriminées et cela crée une peur réelle de fréquenter les structures sanitaires", explique-t-il.

Cette stigmatisation touche également les acteurs communautaires engagés auprès de ces populations.

"Le simple fait de travailler avec des communautés pénalisées nous expose, nous aussi à la stigmatisation. C’est ce que nous appelons le cloisonnement", déplore Mame Mor Fall.

Les droits humains, talon d’Achille de la riposte

Bien que le Sénégal dispose d’un arsenal juridique qui condamne toute discrimination fondée sur l’état de santé, les violations persistent. Elles se manifestent dans les structures de santé, au sein des familles, dans la communauté mais aussi sur les lieux de travail et dans les milieux éducatifs.

D'après le rapport présenté, ces violations constituent un obstacle majeur à l’accès aux soins, compromettant l’atteinte des objectifs nationaux et internationaux notamment l’engagement de mettre fin au VIH d’ici 2030.

"Si rien ne change, nous risquons clairement de ne pas atteindre cet objectif. La stigmatisation et la discrimination restent les principales causes du gap de 15 % observé dans le premier “95” de la cascade de soins, notamment le dépistage", alerte Débia Dia.

Le Comité de Veille et d’Alerte, un outil stratégique

La création du COVA répond à un besoin urgent de structurer les réponses face aux menaces, violences et violations subies par les populations clés et les acteurs de la riposte.

"Ce rapport n’est pas destiné à alimenter des procédures judiciaires, mais à servir d’outil de plaidoyer auprès des autorités sanitaires, administratives et politiques. Si ces questions ne sont pas prises au sérieux, nous allons droit au mur", souligne Mame Mor Fall.

En effet, ce comité vise à anticiper les risques, documenter les violations, renforcer la concertation intersectorielle et proposer des recommandations concrètes pour un environnement plus protecteur et inclusif.

Recommandations : replacer la dignité humaine au cœur de la riposte

Pour vaincre durablement la stigmatisation et la discrimination, le COVA recommande: la mise en place de services VIH respectueux des droits humains et de la dignité des personnes ; le renforcement de la sensibilisation communautaire ; l’amélioration continue de la qualité de l’accueil et de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH et des populations vulnérables.

Un combat essentiel pour garantir le droit à la santé pour tous, condition indispensable à l’élimination du VIH au Sénégal.

Auteur: Adama SY - Omar SAKHO
Publié le: Mardi 03 Février 2026

Commentaires (2)

  • image
    le vrai problème il y a 5 heures
    majeur est la descrimination des homosexuels, ils sont déjà de part leur préférence sexuelle descriminés, mis au banc de la société bien pensante. Des mères atteintes du sida le donnent à leur prégéniture dès la naissance.
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    Accuser les bonnes personnes il y a 2 heures
    Il faut accuser les bonnes personnes.
    J ai personnellement le sentiment que les responsables de la lutte contre le sida ne sont presque plus sur le terrain.
    C est comme s il n y avais plus de sida au Sénégal. Et les gens ne cessent de dire que la prévalence du sida au Sénégal reste faible, ce qui est totalement faux. Il suffit de comparer le Sénégal avec les pays qui ont une prévalence faible pour s en rendre compte.
    En tout, en ayant un soit disant économiste de la santé a la tête de la division de lutte contre le sida, les autorités actuelles semblent emprunter la mauvaise voie pour bien lutter contre le Sida.

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