La chute du régime libéral a précipité Karim Wade dans le gouffre. Que lui réserve l’avenir au-delà des audits ? Chronique d’un «Krim».
On imagine la solitude de Karim Wade. Ce n’est pas rien, les regards ont définitivement changé. Quelle pitié de devoir rejoindre si tôt les fantômes qui hantent les salons surdorés du Palais. Comme si le destin, qui prend soin de mesurer les félicités qu’il concède, ne voulait jamais tout accorder à la fois. Jamais, il n’a dévoilé ses ambitions mégalos. Durant sa présence au Sénégal, il est resté mystérieux dans ses plans. Au fil des années, il a dessiné par petites touches, les contours de l’architecture de ses ambitions. Karim Wade est donc face à son destin qui a pris une tournure inattendue après douze ans de plénitude. La scoumoune acharnée le vise particulièrement. En dehors du territoire national, il est une cible parfaite pour les prochains audits. L’aîné des Wade est porté disparu. Une situation qui a passablement énervé les nouvelles autorités, mais surtout horripilé la masse de jeunes «Concrétistes» à l’ardeur désormais douchée. Que lui reste-t-il ? Peut-il redevenir ce jeune homme tonsure luisante d’ambitions, vif et pressé ? Aujourd’hui, il est seul. Son règne s’achève en même temps que le démantèlement de son hyper-ministère. Lui reste-t-il d’amis ? Il devra mener cette grande bataille dans une grande solitude. Peut-il rebondir ? Lui reste-t-il d’ambitions ? Pour l’instant, il s’emmure dans son silence à l’étranger.
Pour son avenir, il devra aller à la rencontre de la vérité en affrontant les audits. Pour son honneur ! Sans complaisances ! Utilisés juste comme un simple mécanisme républicain et sans arrières pensées politiques, ils seraient une bouée de sauvetage pour lui. Ils projetteraient un faisceau de lumière dans la part d’ombre du ministre Karim Wade. On espère cette fois-ci que cet homme brossé sous les beaux jours par Abdoulaye Wade, sorte de l’ombre de son père pour affronter la meute.
Aujourd’hui, il reste une certitude : Karim Wade ne sera plus le dépositaire des carrières. Son avenir… politique est entre les mains des audits pour éclairer une opinion qui a toujours refusé de lui accorder un raccourci à cause de son statut de fils… de Abdoulaye Wade. Son erreur : il n’a pas pu construire patiemment son ambition. Il a voulu profiter de l’héritage paternel pour se hisser à la haute station. Pis, il n’a jamais eu l’habileté d’un orfèvre pour adopter les postures et les intonations d’un présidentiable. Dans l’imaginaire sénégalais, son nom fait écho à scandale. C’est la naissance de «M. 10%». Pendant longtemps, il a essayé de raboter son image auprès d’une opinion étreinte par le projet de dévolution monarchique du pouvoir nié bien sûr par les thuriféraires de l’ancien régime. La lettre adressée aux Sénégalais est venue exacerber leurs relations dont les ressorts ont tenu grâce à la politique du ventre : dons, subventions, prises en charge. Il a voulu que les Sénégalais le voient dans son humanité et dans ses actions humanitaires. Voilà pour l’image.
Pour le fond, la construction des infrastructures routières pour façonner un destin qu’il s’est efforcé à construire à coût de goudron, la banlieue est aussi appâtée à travers la création de l’Ofejban qui avivait les rancœurs et les rancunes.
La part du drame qui se noue quand il a atteint l’âge de la croissance n’échappe pas à l’opinion. Macky Sall, Idrissa Seck quittent la sphère libérale devenue trop encombrante «à cause de la présence du fils biologique». Responsable, coupable ? Ses détracteurs l’accablent de tous les maux dont souffre le parti, l’échec à la Présidentielle lui incombe selon certains dissidents de Bokk gis gis né des entrailles du Pds. Karim Wade n’a jamais voulu mener les batailles politiques, mais il a voulu profiter des avantages et du prestige du sommet de l’Etat pour exister. Il n’a jamais voulu se détacher de l’ombre de son père et du cynisme assumé de sa politique. Il n’aime ni les risques ni les conflits. La première bataille politique qu’il a livrée lors des Locales de 2009 est un authentique échec. Comme la Gc.
Dans le sillage de sa descente aux enfers, il a, en même temps, consumé les ambitions de certains «concrétistes» dont le rêve éveillé s’est substitué en un cauchemar continu. Awa Ndiaye, muse de la Gc, pistonnée par le fils de l’ex-chef de l’Etat jusqu’aux fonctions les plus élevées du gouvernement, a passé son mercredi le plus sombre de sa carrière politique entre les mains des gendarmes de la Section de recherche pour justifier l’origine de sa fortune. Bara Gaye, exemple achevé de parrainage politique, s’étripe pour récupérer les véhicules de Abdoulaye Wade. Kalidou Diallo, défenseur zélé et propagandiste de la Gc, toujours en convalescence après son accident, a pratiquement grillé toutes ses cartes après un règne controversé au ministère de l’Education. Cheikh Diallo, gourou du bonhomme, s’échine à monter son groupe de presse après un long compagnonnage sans tumultes avec Karim Wade. Tous les symboles se sont évanouis près de trois mois après la chute du pouvoir libéral qui a réussi à façonner des personnalités qui auront toutes les difficultés à se recycler dans d’autres sphères.
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