Allan Petre, le Sénégalais qui a rejoint la NASA à seulement 24 ans
A seulement 26 ans, Allan Petre affiche déjà un parcours qui force l’attention. Né en France de parents franco-sénégalais, cet ingénieur aérospatial est passé par ArianeGroup avant d’intégrer la NASA à 24 ans, devenant l’un des plus jeunes Français à rejoindre l’agence américaine. Derrière la fulgurance de son ascension se cache un itinéraire loin d’être linéaire, ponctué par une enfance en HLM dans la Seine-Saint-Denis, des doutes, des réorientations et des obstacles sociaux. Invité vedette du Sénégal Space Week 2026 à Dakar, le Franco-Sénégalais s’est confié à Seneweb sur ses origines, son rêve d’espace, ses ambitions d’astronaute et son désir de transmettre à la jeunesse, africaine en général et sénégalaise en particulier, l’idée que rien n’est inaccessible.
La tête dans les étoiles et les pieds sur Dakar. Du 19 au 22 mai 2026, la capitale sénégalaise a accueilli la deuxième édition du Sénégal Space Week. Organisé par l’Agence Sénégalaise d’Etudes Spatiales (ASES), l’évènement se veut être un lieu de dialogue politique, sécuritaire et technologique, au croisement du spatial, de la défense, du numérique et de la décision publique. Plus globalement, il a pour ambition de faire du Sénégal un hub spatial. Cette rencontre a été l’occasion de découvrir de nombreux visages du spatial. Une impressionnante sélection d’experts mondiaux dans le domaine parmi lesquels figurait Allan Petre. Ce nom ne vous dit sûrement pas grand-chose mais pour les passionnés d’astronomie, il représente beaucoup. Au dernier jour de la Sénégal Space Week, l’ingénieur aérospatial a animé une masterclass d’une trentaine de minutes. Lors de sa prise de parole, il est revenu sur son parcours, qui n’en est qu’à son début mais déjà aussi dense. A seulement 26 ans, Allan est passé par le Groupe Ariane et … la NASA. Après cela, le jeune homme a su, littéralement, mettre des étoiles dans les yeux du public en parlant du spatial tout en dévoilant des clichés pris par l’Agence gouvernementale américaine. En faisant la genèse de la conquête spatiale - des premiers pas de l’homme sur la lune en 1969 aux moyens colossaux déployés aujourd’hui par les gouvernements occidentaux -, Allan est revenu sur les différents enjeux qui motivent ces puissances mondiales à se positionner dans l’espace. A la suite de sa présentation, une pause de vingt minutes a été observée. Un instant pendant lequel la star du jour s’est mis à la disposition du public pour des photos et surtout des échanges avec des jeunes étudiants qui, visiblement, espèrent suivre le même parcours que lui. Profitant d’un peu d’accalmie après un échange avec les médias locaux, Allan Petre s’est longuement confié au micro de Seneweb sur ses origines, son parcours et ses ambitions.
L’enfant de Villemomble qui rêvait déjà de la NASA
Considéré comme l’un des plus jeunes français à avoir intégré la NASA (à 24 ans), Allan Petre a aussi du Sénégal en lui. C’est en 1999 à Villemomble, une commune française située dans le département de la Seine-Saint-Denis, qu’il voit le jour de parents franco-sénégalais. « Le Sénégal représente une part essentielle de mon identité. Du côté de mon père - d’où vient mon nom de famille, Petre - j’ai un grand-père français et une grand-mère sénégalaise. Mon père est donc métis, franco-sénégalais. Ma mère, quant à elle, est sénégalaise, explique-t-il. Au final, trois de mes grands-parents sur quatre sont sénégalais, ce qui donne forcément une place très importante au Sénégal dans mon histoire familiale et personnelle. J’ai eu la chance de grandir en France, mais dans un environnement profondément marqué par des valeurs africaines et sénégalaises, transmises par mes parents, eux-mêmes éduqués dans cette culture ». Statistiquement, il se présente comme étant à 75% sénégalais et 25% français. Une donnée largement en faveur du pays de la Téranga mais c’est dans celui de Marianne qu’il va faire ses humanités. D’ailleurs, c’est lors d’une sortie scolaire et à la vue de la planète Jupiter au télescope que le franco-sénégalais voit sa passion pour l’espace éclore. « C’est à ce moment que je m’étais donné pour objectif de travailler plus tard à la NASA », dit-il. Déterminé à concrétiser ce rêve, Allan doit quand même faire face à la réalité dans sa Villemomble natale dans la Seine-Saint-Denis. « C’est le département le plus pauvre de France, donc on a des jeunes qui, parfois, sont issus de milieux défavorisés, et en fait c’était mon cas, j’ai grandi dans un HLM à Villemomble, et je n’avais pas forcément de modèle proche autour de moi à qui me fier dans le domaine spatial, donc c'était un peu compliqué de se projeter, de connaître les formations, connaître les codes pour aller dans le domaine scientifique », livre-t-il.
De l’Europe spatiale au rêve américain
Son parcours a commencé par un faux départ. En suivant les conseils de ses professeurs qui l’ont convaincu de renoncer à se lancer dans le domaine aérospatial en raison de son caractère « sélectif », il opte pour un DUT en gestion des entreprises et administrations à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée. Peu de temps après, il déserte cette filière pour se remettre sur la voie de son amour naturel en se réorientant vers un DUT en génie thermique et énergétique à l’IUT de Ville-d’Avray. Plus tard, il rejoint le cursus d’ingénieur aérospatial à l’Ecole Nationale Supérieure de Mécanique et d’Aérotechnique (ISAE-ENSMA) et au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), tout en effectuant une alternance chez ArianeGroup de 2020 à 2023. « J’ai eu la chance de travailler au développement du lanceur européen Ariane 6 pendant mon alternance. Ariane 6, c'est le nouveau lanceur européen et il est modulable. Il y a deux versions d’Ariane 6 pour différentes orbites, et en fait Ariane 6, c'est un peu le nouveau fer de lance européen en termes de spatial. On a un lanceur qui permet à la fois aux Européens d'avoir un accès autonome à l’espace, de pouvoir lancer leur propre satellite, et de pouvoir à la fois continuer « la militarisation de l’espace » tout en continuant d’améliorer le quotidien des Français, des Européens, etc… », détaille-t-il en affirmant qu’il s’agit du plus gros projet sur lequel il a eu à travailler. Diplôme d’ingénieur aérospatial en poche, il se décide à tenter le tout pour le tout en postulant à la NASA. Une audace qui va s’avérer payante. En janvier 2024, Allan Petre intègre l’agence fédérale responsable de la majeure partie du programme spatial civil des États-Unis à l’âge de 24 ans. Il revient sur ce moment qui l’a marqué à jamais : « J’ai ressenti une immense satisfaction en intégrant la NASA aussi tôt dans ma vie. Je venais tout juste d’avoir 24 ans, donc réaliser un rêve d’enfance à cet âge-là était assez incroyable. Il y avait aussi toute la dimension scientifique : être entouré de personnes passionnées, apprendre constamment, découvrir de nouvelles choses chaque jour. Cette expérience m’a permis de continuer à me former et de travailler sur des sujets particulièrement stimulants et intéressants. En plus de cela, cette opportunité m’a permis de débuter ma carrière à l’étranger, en Californie, loin de ma zone de confort. Cela m’a aidé à améliorer encore davantage mon anglais, aussi bien mon anglais technique d’ingénieur que mon anglais du quotidien ».
Le spatial aussi appartient aux enfants des quartiers
Malgré ce parcours éclair et jalonné de succès, Allan Petre confie avoir traversé des moments d’incertitude au sein de cette institution américaine. « Il m’est arrivé de douter de ma place dans un milieu qui reste encore aujourd’hui perçu comme assez élitiste, notamment en France. Mais justement, l’objectif est aussi de casser ces codes et de montrer que, peu importe d’où l’on vient - qu’on soit issu d’un quartier populaire, d’un milieu modeste ou défavorisé - il est possible, avec de la détermination et de l’ambition, de faire bouger les lignes et de réaliser ses rêves », lance-t-il. C’est d’ailleurs ce rôle de motivateur qu’il a arboré ce 22 mai lors de la masterclass qu’il a livré à l’occasion du Sénégal Space Week. Devant une foule constituée majoritairement d’étudiants en ingénierie dans des écoles supérieures privées sénégalaises, il leur a fait comprendre, entre les lignes, que tout est possible à celui qui croit. « C’est un message important pour moi. Au-delà du fait de vivre de sa passion ou d’accomplir un rêve personnel, je pense qu’il est essentiel ensuite de transmettre, de partager son expérience et de faire un retour vers celles et ceux qui viennent des mêmes milieux. Leur montrer que oui, c’est possible, et qu’ils peuvent eux aussi croire en leurs ambitions », pense-t-il. L’un des qualificatifs qui sied le mieux à cet ingénieur est sans doute la résilience. Pour preuve, il insiste sur son parcours scolaire qui n’a, apparemment, rien de bien glorieux : « Comme beaucoup de personnes qui ont commencé leur carrière à la NASA, j’ai moi aussi connu des échecs et eu de mauvaises notes au cours de ma scolarité. J’étais un bon élève, certes, mais je n’étais pas non plus le premier de la classe ni celui qui obtenait 18 partout ». L’autre aspect, non moins important qu’il espère démystifier auprès de ses jeunes frères et sœurs, c’est la peur de faire des erreurs. Selon lui, bien que les prises d’initiative ne soldent pas toujours par un succès, les échecs peuvent parfois être un bon moyen d’apprendre. « Osez tenter votre chance et soyez audacieux, parce que les opportunités ne viennent pas toujours à nous : il faut parfois aller les chercher et se les créer soi-même. Essayez d’être pleinement acteurs de votre parcours et de vos choix. Et surtout, n’ayez pas peur de faire des erreurs. Les erreurs font partie du chemin, elles font partie de l’apprentissage et de la progression », indique-t-il.
La tête toujours plus loin dans l’espace
Aujourd’hui, Allan Petre prépare un doctorat en ingénierie spatiale. Parallèlement, il contribue à la vulgarisation du spatial à travers plusieurs initiatives. Il est, par ailleurs, présentateur de l’émission « Secrets de science » diffusée sur France 2 et qui vise à partager du contenu scientifique et à instruire le grand public sur de nombreux aspects scientifiques. Le 18 février 2026, il est devenu l’ambassadeur du projet « Sanctuary On The Moon » aux côtés de Jean-François Clervoy. Il vise à déposer sur le pôle sud lunaire une mémoire de l’humanité sous la forme de 24 disques de saphir. Sur ces disques seront gravés des informations encyclopédiques sur « qui nous sommes, sur ce que nous faisons, sur ce que nous savons, et ce depuis des milliers d’années ». Ce dépôt se fera dans le cadre du programme Artemis de la NASA. Et puisqu’il est question d’expédition dans l’espace, cela pourrait devenir le prochain défi du franco-sénégalais : devenir astronaute. « Ce serait potentiellement un nouveau rêve pour moi […] et contribuer aux plus grands programmes spatiaux africains, européens et mondiaux », ambitionne-t-il. Un autre défi que s’est fixé l’ingénieur aérospatial franco-sénégalais. Et le passé récent prouve que, lorsqu’il veut quelque chose, Allan Petre finit souvent par l’obtenir. Rendez-vous dans l’espace avec, qui sait, le drapeau du Sénégal planté sur la Lune par Allan Petre.
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