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DIJBY DIAKAHTE, SOCIOLOGUE : « Le choix du vendredi pour s’immoler, c’est comme pour dénoncer le mutisme compromettant de certains hommes religieux»

Auteur: Oumou Sidya DRAME

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S'immoler par le feu est la nouvelle tendance au Sénégal depuis peu. Mais ces actes suicidaires qui consistent à se verser de l'essence sur le corps et s'allumer, sont vus par d’aucuns comme des signes de désespoir extrême. Le phénomène prend en tout cas de l’ampleur au Sénégal car après Bocar Bocoum, vendredi dernier, hier, c’était au tour de Cheikh Tidiane Bâ de s’immoler aussi par le feu et encore devant le Palais de la République. Des faits qui inquiètent le sociologue Djiby Diakhaté qui craint que le phénomène ne s’amplifie, si on n’y prend garde, et qui tente de cerner le pourquoi d’une telle situation. 

«Ce phénomène s'explique par plusieurs facteurs : des valeurs qui sont en train de s'effriter et qui cèdent la place aux matérialismes et à l'individualisme. Nous sommes en présence d'une société dont la cellule de base qu'est la famille se désagrège de plus en plus», dit-il non sans dire que l'influence occidentale y est pour beaucoup. «Il s'y ajoute la poussée de l'occidentalisation et le rayonnement de référence et des pratiques occidentales chez nous, et particulièrement chez les jeunes. Notre système éducatif aujourd'hui reste beaucoup marqué par l'influence de l'occident», ajoute M. Diakhaté. 

Mais le pire, d’après Djiby Diakhaté, c’est que la crise et le manque de travail dans lequel la jeunesse, qui ne sait plus à quel saint se vouer, ni comment s'en sortir, est plongée, la pousse a des solutions extrêmes. «Cette crise économique profonde vient assombrir un décor déjà triste. La pauvreté gagne du terrain et beaucoup de jeunes sont désorientés par la misère et le chômage. Et paradoxalement, certains vivent dans une opulence provocatrice et restent dans un silence coupable», affirme-t-il, faisant ainsi référence à ceux qu'on appelle les «nouveaux riches» de l'alternance. 

Selon le sociologue, avec tout cela, il est aisé de comprendre cette nouvelle tendance suicidaire dont le lieu et le jour choisi ont une signification. «Ce malaise s'exprime devant le Palais comme pour dire à l'autorité étatique, à travers ce lieu symbolique, qu'elle n'a pas répondu clairement et suffisamment à des attentes. Le choix du vendredi pour s’immoler, c’est comme pour dénoncer le mutisme compromettant de certains hommes religieux», argue le sociologue. 

Et pour parer à tout cela à l'avenir, d’après lui, «il faudra agir sur les leviers qui ont déjà été présentés pour éradiquer le phénomène ou du moins l'atténuer considérablement». En effet, pour Djiby Diakhaté, quelques solutions pour sortir de cette situation qui devient ingérable existent. «Il y a une nécessité de restaurer les valeurs, de déboucher les canaux de communication entre l'Etat et les populations, de lutter contre la pauvreté, de réduire le taux de chômage et de mettre en place un système éducatif performant», conseille-t-il, en soulignant que cela devra s'accompagner de «plus d'équité dans l'allocation, la répartition et la gestion des ressources publiques». 

Auteur: Oumou Sidya DRAME
Publié le: Lundi 28 Février 2011

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